François-Médard Mayengo : « Tout Congolais doit visiter le musée de Tervuren dans une attitude de procès historique »


Poète, philosophe, médecin, critique d’art, peintre, François-Médard Mayengo, dans son dernier recueil de poèmes Tervuren’, publié en 2013, fait un sévère réquisitoire sur ce musée qui détient une grande partie du patrimoine culturel congolais.

AFRIQU’ÉCHOS MAGAZINE (AEM) : Y a-t-il un lien entre se souvenir, se ressourcer et créer que vous évoquiez dans votre mot introductif ?

FRANÇOIS MÉDARD MAYENGO (FMM) : Le lien, c’est l’attitude de l’Africain face à la situation sociohistorique du peuple congolais qui affronte les réalités de l’aliénation dans laquelle sont soumis les Africains en général (de l’Afrique et de la diaspora) et le peuple congolais en particulier. Le congolais est un Africain du Congo, tandis que le Noir américain est un Africain d’Amérique. Le musée de Tervuren de Belgique est d’abord un lieu qui abrite des œuvres d’art abritant à leur tour des souvenirs pathétiques pour tout Congolais qui le visite ! Car là sont entreposées les œuvres d’art produites au Congo par des Africains du Congo, pendant les périodes précoloniale et coloniale ! Un Congolais ne peut visiter ce musée avec naïveté, avec une attitude d’esthète ! Il doit le visiter dans une attitude de procès historique ! Il n’a pas le choix ! Il finira d’ailleurs par en sortir avec l’intention d’interjeter appel dans l’Histoire de l’humanité !

Dès qu’il y entre, les souvenirs des réalités socio historiques de la colonisation le prennent par la gorge au point de menacer de l’étouffer ! Car il doit y être confronté à sa propre histoire, à son identité violée et brouillée ! Car il doit y être interpellé par les exigences de l’esprit et de l’Histoire !

Se souvenir, c’est saisir (pour une meilleure prise en charge de soi-même et de son peuple) les réalités sociohistoriques de son passé, du passé de son peuple, et assumer ce saisissement pour une existence authentique !

Se ressourcer, c’est s’inspirer des expressions artistiques et du discours du passé de son peuple pour mieux se connaître et se reconnaître, et pour combattre l’aliénation culturelle qui vous a été imposée par le colonisateur belge !

Créer, c’est produire des œuvres d’art et des discours africains originaux pour bien assumer son destin, pour se réaffirmer au monde, et pour mieux faire l’histoire en tant qu’artistes et penseurs africains, et refuser d’agir par procuration culturelle sous aliénation socio historique !

AEM : Comment parler de nettoyage culturel alors que, pour certains, la colonisation est considérée comme une œuvre qui a apporté la civilisation aux peuples barbares ?

FMM : La colonisation doit être considérée comme une œuvre de violation des droits de l’homme, même si ce terme n’existait pas encore à l’époque où elle s’est produite ! Une œuvre d’asservissement d’un peuple par un autre n’a rien de civilisateur. C’est une rencontre malheureuse entre ces deux peuples. Qui a raison, entre l’oppresseur parlant de ‘’civiliser’’ (pour justifier l’occupation par la violence du territoire d’un autre peuple), et le colonisé (victime de cette agression et de cette occupation meurtrière) parlant d’ ‘’oppression’’, et ‘’d’exploitation de l’homme par l’homme’’ pour expliquer sa triste situation d’asservissement et de réification instaurant son aliénation totale ?

Le Belge, lui-même, n’a-t-il pas été colonisé par le Hollandais ? Une chosification de l’homme (par colonisation) ne peut être perçue comme œuvre de civilisation ! Il faut demander aux Belges si les Allemands conduits par Hitler les ont civilisés pendant l’occupation allemande de leur territoire entre 1940 et 1945 ! Le nettoyage culturel a eu lieu au Congo belge quand les cultures des peuples du Congo ont été remplacées de force, dans la violence (par des tueries organisées) par les cultures des Belges !

Il faut lire à ce sujet, le percutant livre d’Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, qui détaille avec passion cette situation de colonisation et de civilisation ! Césaire a tout dit, et de la manière superbe qui est la sienne, pour dénoncer ce qu’il y a à dénoncer sur le colonialisme ! Ce n’est pas par hasard, ni pour rien que Lumumba – rendu loque humaine par des sévices organisés -, au bord de la mort, devant la mort imminente, a refusé de faire – à la demande d’un bourreau belge – sa dernière prière, selon la religion de ses bourreaux ! Que pouvait-il penser, à son heure dernière, de la religion de ses bourreaux ? Il y a eu, dans la colonisation, à la place de la civilisation, mystification, et prolétarisation d’un peuple par un autre !

AEM : Dans leur entreprise dite de « civilisation », les colons, à travers l’œuvre d’évangélisation, ont dépouillé les peuples colonisés de leurs fétiches pour les remplacer par la Bible. Peut-on qualifier ces fétiches, aujourd’hui, comme de véritables œuvres d’art ?

FMM : Qu’est-ce qu’une œuvre d’art ? Ce ne sont pas les Belges qui ont appris ou qui peuvent apprendre aux Congolais ce qu’est une œuvre d’art ! Quand les Noirs ont commencé à produire les œuvres d’art à partir de l’Egypte pharaonique, la Belgique n’existait pas encore ! Les œuvres d’art des Congolais ont été qualifiées de ‘’fétiches’’ par des gens qui voulaient justifier une attitude de racisme, la supériorité de la race blanche par rapport à la race noire, à travers le colonialisme, et par tous les moyens. Il s’agissait d’instaurer l’aliénation totale chez le colonisé en disant que les œuvres culturelles nègres ne valaient rien, n’avaient rien d’art, et qu’il fallait les remplacer par les véritables œuvres d’art qui ne pouvaient être que des œuvres produites par l’homme blanc, le colonisateur belge ! Si on reconnaît en ces statues nègres des qualités d’œuvres d’art, on doit implicitement reconnaître que les Nègres sont des hommes au même titre que les Européens Belges. Alors comme on ne veut pas penser ainsi, il faut renier une humanité aux Noirs, ou penser que les Noirs sont des hommes inférieurs. Alors il faut dire que leurs sculptures ne sont pas des œuvres d’art, mais des fétiches ! Mais comment expliquer que le cubisme (courant artistique d’Europe) doit à la statuaire nègre ses belles expressions que seuls des hommes honnêtes d’Europe ont pu reconnaître ? Selon la logique des colonisateurs, les sculptures des Gaulois ‘’barbares’’ (ancêtres des Belges) devaient être considérées comme des fétiches par les Romains à l’époque de l’Empire romain !

François-Médard Mayengo © AEM
François-Médard Mayengo © AEM

AEM : Quelle est la fonction de la statuaire nègre traditionnelle ?

FMM : Il faut parler des fonctions – et non de la fonction – de la statuaire nègre traditionnelle ! L’art traditionnel nègre est ‘’fonctionnel’’, ce qui veut dire que l’œuvre d’art chez les Nègres n’est pas seulement produite pour la contemplation de la beauté; elle est toujours liée à une fonction donnée, c’est-à-dire à une utilisation sociale. Ce qui est valable pour la statuaire, l’est aussi pour les autres arts : musique, danse, poésie orale, arts graphiques, arts dramatiques, poterie, vannerie, arts vestimentaires, joaillerie, coiffure, etc. Un couteau (taillé à partir du bois, et fondu à partir du bronze) en prenant et recevant (par souci du forgeron) une forme élégante dans son ensemble structurel, et étant décoré avec souci de beauté, aux motifs harmonieux, géométriques, tout en étant un instrument, un outil (qui sert à couper un aliment, et qui sert aussi d’arme) acquiert aussi titre d’œuvre d’art par des qualités de beauté qu’il possède ! Ses autres fonctions apparaîtront quand il sera aussi utilisé pour diverses manifestations culturelles, pour diverses cérémonies rituelles ! Les fonctions des œuvres d’art sont alors multiples : fonctions de commémoration, d’initiation (d’éducation), de célébration aux rites de mariage, aux festivités de joie ; fonction de réalisation et d’expression des rites funéraires, religieux, d’investiture d’un chef, de culte aux ancêtres, des rites d’identité culturelle, de promotion, de défense,  de maintien de traditions culturelles, etc. Mais depuis toujours, et partout dans le monde (dans les cultures et civilisations de toutes les races), dans l’Histoire de l’humanité, pour tous les ‘’Terriens’’, l’architecture a toujours été un art fonctionnel ! Actuellement les expressions du design, c’est-à-dire de l’esthétique moderne en Occident, rejoignent curieusement les exigences fonctionnelles des arts nègres ! Les villes, les cités, les maisons, les avions, les voitures, les bateaux, les ponts construits avec souci de beauté et pour utilisations et fonctions diverses, rejoignent curieusement, comme par enchantement, comme par mémoire ravivée, les arts nègres !

AEM : Pouvez-vous nous démontrer quelques exemples d’intrusion de l’art fonctionnel noir dans les canons de beauté des Occidentaux et comment cet art a enrichi l’art occidental ?

FMM : Le cubisme est un des exemples à citer dans les arts plastiques. Les exploits du cubisme ont révolutionné les expressions des arts plastiques en Occident, tout en provoquant une révolution dans la sensibilité artistique moderne des peuples de l’Occident! Les Occidentaux ont revu de fond en comble leurs canons de beauté sous les influences des cubistes, et des surréalistes qui, eux, avaient avoué publiquement avoir beaucoup appris des exigences des arts nègres. Je pense ici à Guillaume Apollinaire, à Braque, à Picasso, à André Breton, à Arp, et à tant d’autres venus secouer les traditions artistiques de l’Occident ! Il faut aussi citer le jazz, dans la musique !

AEM : La problématique de votre réflexion s’articule autour de la restitution du discours négro-africain et de la vocation historique des peuples noirs. Que cela veut-il dire ?

FMM : J’ai déjà dit dans l’introduction à mon livre Tervuren que le souci des créateurs de ce musée n’était pas le dévoilement du discours nègre ou de la spiritualité des Nègres ! Ils voulaient seulement exposer au musée de Tervuren, des statues des Congolais qui avaient des formes singulières pouvant faire allusion aux préoccupations artistiques, mais sans être pour autant des œuvres d’art. Ils se sont trompés, c’est tout ! Ils ne voulaient y montrer ni l’existence, ni la pertinence du discours nègre, ni la vision du monde des Congolais, ni leurs exigences culturelles, spirituelles en général, ou artistiques en particulier ! Tout le reste n’est que fumisterie, et mystification du colonialisme !

Mais ce sont les penseurs nègres qui doivent maintenant produire des discours dignes de servir la vie, les exigences de l’esprit, et de promouvoir la dignité de l’homme au sein de nos nations modernes ! Ces penseurs existent dans différents pays d’Afrique (où l’on trouve Towa, Outondji), et au sein de la diaspora nègre (où se trouve Mudimbe) ! Chez nous au Congo, Le professeur Kâ Mana est de ceux-là !

La vocation historique des peuples noirs n’est plus à démontrer. Que ne doit-on pas apprendre de ces peuples qui n’ont jamais utilisé la violence (par des guerres saintes) pour répandre parmi d’autres hommes, leurs croyances religieuses typiquement africaines ?
Il faut qu’on leur demande encore pourquoi chez eux, le beau est toujours lié au bien, et au vrai ! Il faut qu’on leur demande aussi pourquoi chez eux, pour qu’un outil (fabriqué des mains de l’homme) soit utilisé, il faut qu’il soit, nécessairement aussi, et d’abord, beau ! On a répété à satiété que l’art nègre est fonctionnel, mais on n’a jamais dit pourquoi il ne doit pas l’être !

Les peuples noirs (de l’Afrique et de la diaspora) sont de ces peuples qui ont longtemps montré aux autres peuples le caractère sacré de la vie, et comment l’adhésion de l’homme au monde doit être maintenue et promue au sein de toute société, et de toute civilisation ! Depuis l’Egypte pharaonique, ils n’ont jamais cessé de montrer quels types de liens l’homme doit entretenir entre lui et les choses ;  quelle place occupent les arts dans la vie des sociétés, des personnes humaines, et dans les cultures ; et quelle place occupe la beauté parmi les valeurs – pour l’épanouissement et la dignité de l’homme -, et au sein des civilisations que les hommes créent, et perpétuent – par vocation historique – au monde !

François-Médard Mayengo dans son cabinet à la clinique de la SNEL © AEM
François-Médard Mayengo dans son cabinet à la clinique de la SNEL © AEM

AEM : Quelles sont les réalités capitales que vous n’avez pas trouvées en visitant Tervuren?

FMM : Ce qui manque à Tervuren, c’est la portée de la spiritualité des Congolais, à travers leurs œuvres artistiques ! Il y a silence sur la signification humaine des œuvres exposées à Tervuren ! Il y a dans ces œuvres des exigences ontologiques et axiologiques dont ont fait preuve les hommes indivis du Congo, mais dont on ne parle pas dans les objectifs, et les ambitions du musée ! On n’y expose pas non plus les destructions des civilisations que les Belges ont opérées au Congo ! Il y a silence sur les violations des droits de l’homme opérées par Léopold II et par les colonisateurs belges !

AEM : Pourquoi qualifiez-vous Tervuren de « tombe de tout ce que l’Afrique a de sublime » alors qu’il a permis la conservation de ce patrimoine culturel, lequel a été sauvé de la décrépitude ?

FMM : On y a enterré le discours nègre, et les exigences ontologiques et axiologiques des Nègres congolais ! On y a conservé des statues (perçues comme fétiches) sans dire ce que voulaient exprimer les artistes nègres à travers ces statues, sans dire que les Congolais avaient eu quelque chose à dire au monde, et sans dire que ces Congolais disaient et avaient dit quelque chose au monde, sur le monde, sur l’homme, sur eux-mêmes, pour eux-mêmes, concernant leur situation au monde, sur la destinée humaine, sur la condition humaine, sur la vie, sur la société, et sur les divinités !

AEM : Vous avez utilisé des termes forts en comparant Tervuren à l’Holocauste, la Shoah, Auschwitz et enfin à un lac. Quels sont les liens communs entre ces concepts et Tervuren ?

FMM : Lisez les livres d’histoire du Congo (de l’E.I.C au Congo belge). Vous y verrez des scènes dignes de ces lieux cités, des villages brûlés avec corps et biens, des mains coupées, des civilisations et cultures reniées, détruites et incendiées, des relégations, et des violations des droits de l’homme dans plusieurs formes abjectes (réification et chosification des nègres) ! Il y a eu dans ces violations des droits de l’homme ‘’plusieurs saisons au Congo’’ ! Malheureusement après les colonialistes belges, il y a eu aussi parmi des dirigeants politiques congolais, leurs avatars, formatés par eux, et placés par eux au pouvoir au Congo. Lumumba et ses épigones ont payé lourdement des frais à ce sujet ; des frais qu’on ne peut actuellement évaluer ! Pourquoi donc des ‘’Césars nègres’’ du genre Mobutu ont-ils pris le relais des Belges dans ces violations des droits de l’homme ? Les réponses sont dans les expressions des luttes des classes sociales au Congo d’avant et d’après l’indépendance ! La ‘’raison dialectique’’ doit être ici consultée pour bien comprendre et bien expliquer la ‘’prolétarisation’’ – assez longtemps organisée et maintenue – du peuple congolais ! Les intentions (spirituelles, culturelles, et socio historiques) des créateurs de ce musée ne mènent nulle part ! D’où son aspect de lac !

AEM : C’est bien de faire ce constat mais c’est mieux d’apporter des pistes de solutions. Comment réactiver la mémoire des Africains pour construire un avenir d’humanité entre les peuples ?

FMM : Il faut une révolution culturelle ! Une révolution dans laquelle il faut rééduquer, comme le dit le philosophe et poète Kä Mana, l’imaginaire du peuple congolais ! À la suite de ses réflexions, il faut promouvoir, selon les mots du grand philosophe congolais, le ‘’nouvel homme congolais’’, dans une ‘’société intelligente, du savoir, de la recherche et du savoir-faire’’, et dans un effort d’éducation ‘’à l’émergence et à la promotion des énergies créatrices’’.

De gauche à droite, Herman Bangi Bayo, Dicky Baroza, le poète Nsangi et le docteur Mayengo|Photo d'archives : © AEM
De gauche à droite, Herman Bangi Bayo, Dicky Baroza, le poète Nsangi et le docteur Mayengo|Photo d’archives : © AEM

AEM : Que doivent faire les artistes négro-africains contemporains pour se ressourcer afin de jouer parfaitement leur rôle dans un environnement concurrentiel ?

FMM : D’abord, ils doivent penser – après leurs prédécesseurs traditionnels – que les peuples noirs ont eu, dans le passé, quelque chose à dire au monde, et qu’ils ont encore et toujours quelque chose encore à dire au monde, à d’autres peuples de la terre, à d’autres cultures, et à d’autres civilisations ! Puisque ces peuples sont encore parmi les autres peuples de la terre, leurs discours ne peuvent finir; ils ne peuvent qu’avancer ! La persistance des peuples noirs au monde, sur terre, signifie pour moi, et pour tous les hommes, que ces peuples ont encore quelque chose à dire au monde !
Ensuite, ces artistes doivent continuer à créer, sans copier leurs prédécesseurs, et sans copier les artistes des autres peuples ! Ils doivent créer selon la sensibilité de leurs peuples, selon la spiritualité, et le discours ontologique et axiologique de leurs peuples !
Ils doivent réinventer la cité nègre, et la ville nègre ! Ils doivent inventer la cité nègre moderne ! On connaît et reconnaît les villes européennes, asiatiques par leurs styles d’architecture ! Il faut maintenant qu’on reconnaisse aussi les villes africaines par leurs styles originaux ! Car l’architecture nègre moderne n’existe pas encore. Après la disparition de l’architecture nègre de l’Egypte pharaonique (que les Grecs ont copiée), et après la disparition de Djenné, il faut réinventer maintenant l’architecture nègre moderne, en s’inspirant (et non en copiant) des exploits des artistes nègres du passé ! Actuellement, une lueur de créativité apparaît déjà dans les décorations de l’architecture d’intérieur des églises. Il faut sortir maintenant à l’extérieur de ces églises, et construire les structures d’ensemble de celles-ci, selon les canons de beauté et les sensibilités des peuples nègres modernes !

AEM : En guise de conclusion, quels sont les rites qui ont fondé l’apparition des œuvres d’art africaines et comment ces œuvres d’art peuvent-elles retrouver leur langage perdu à Tervuren ?
FMM: On ne peut citer ici de façon exhaustive ces rites ! Ils sont nombreux dans la pratique sociale des modes d’existence ! Il faut seulement retenir que chaque mode d’existence se traduit et se vit par des rites dans toutes les sociétés. Toute la vie collective, sociale est exprimée de manière rituelle : de la simple formule et geste de salutations jusqu’aux cérémonies des enterrements, en passant par les cérémonies du mariage et des cultes religieux !
Si les rites religieux – dictés par nos croyances religieuses, et exprimés dans nos arts sacrés – occupent une grande place parmi les rites à citer, il faut toutefois accorder une place importante, après les rites des arts sacrés, aux rites d’initiation qui avaient pour fonction ou pour rôle d’éduquer les membres d’une société (hommes et femmes adultes, jeunes, adolescents). Pour les jeunes gens qui devaient sortir de l’âge d’adolescence pour entrer dans l’âge adulte, ces rites d’initiation devaient formater leur mentalité pour en faire des types d’hommes et de femmes possédant un esprit hautement créatif, et aptes à créer et à maintenir des cultures et civilisations viables, fertiles et fortes. Les garçons étaient orientés vers des rites différents des rites voués aux filles. Celles-ci devaient devenir – grâce aux rites d’initiations spécifiques – femmes, épouses, mères et régnantes exerçant des pouvoirs sociaux, politiques, et devant défendre et perpétuer, la vie, la famille, leurs cultures et civilisations. Les garçons devaient devenir des hommes devant défendre leurs sociétés, leurs civilisations et cultures, et des époux, des pères de famille, et des acteurs sociaux et politiques. Les hommes adultes devaient être des fabricants d’outils, mais aussi des opérateurs sociaux et politiques efficaces qui devaient servir les intérêts de la communauté en apprenant et en exerçant un métier, et diverses fonctions sociales. Les œuvres d’art sont expressions du vouloir socio historique de nos peuples.

Mais les rites d’initiation ne se limitaient pas seulement aux adolescents qui devaient devenir adultes;  ils concernaient aussi les adultes ! Les rites d’initiation des adultes étaient destinés aux cérémonies d’éducation et de formation des hommes et femmes qui devaient devenir régnants, officiants, prêtres, scarificateurs, exorcistes, voyants, mages, prophètes, devins, sages, scribes, hérauts, bardes, messagers, mystiques, guerriers, décrypteurs des messages des ancêtres, et des messages divins, etc. !
Pour reprendre ici des expressions de Nietzsche, nous dirons que ces rites nous montrent qu’ ‘’initiation’’ est surtout dressage et formatage de l’esprit du candidat à l’initiation, et sélection de types d’hommes à former, à produire, à installer et à promouvoir dans la société, pour la réalisation d’un vouloir et pour l’accomplissement d’un dessein socioculturel et historique ! Nos habitudes des villages, et des villes, s’ils sont toujours exprimées par des rites, ne sont que des icebergs des expressions de nos vouloirs sociohistoriques, de nos croyances, de nos visions du monde, et des types de rapports que nous établissons avec le monde, avec les choses de la terre, avec d’autres hommes, avec d’autres peuples !

Nos œuvres d’art nègres modernes sont actuellement fonctionnelles et non fonctionnelles. Mais il ne s’agit pas de refaire tous nos rites anciens dont certains ne sont plus nécessaires à nos modes d’existence des sociétés africaines modernes ! Il faut toutefois garder ceux qui sont encore nécessaires pour le maintien et la sauvegarde de nos identités culturelles. Car iI est des rites à maintenir pour défendre et perpétuer la spécificité de nos cultures et civilisations ! Quelques exemples : les rites du mariage sanctionné par la dot  et les rites de circoncision venus de l’Egypte pharaonique et récupérés par le peuple hébreux – qui en a fait même un rite ou signe ‘’ d’alliance entre Dieu et son peuple’’ – !
Seront toujours gardés pour notre mémoire collective, comme patrimoine culturel du passé, les anciens rites, qui ont été dictés par des modes d’existence de nos sociétés du passé, mais qui ne sont plus adaptés aux modes d’existence des sociétés africaines modernes ; sociétés ayant subi plusieurs brassages de cultures sans pour autant s’aliéner dans des cultures étrangères !

En conclusion, il faut créer maintenant des œuvres d’art qui expriment nos modes d’existence nègres des temps modernes, des sociétés industrielles africaines. C’est cela le réalisme historique ! Nos actuels rites (réalités culturelles formant nos identités) surgissent pour exprimer, accompagner, et défendre ces modes d’existence !
|Propos recueillis par Herman Bangi Bayo

  • François-Médard Mayengo dans son cabinet à la clinique de la SNEL © AEM

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