RDC : l’Udps décide de tuer politiquement Félix Tshisekedi


Le corps de Tshisekedi a été exposé au palais 2 du Heysel

C’est décidé : le corps d’Étienne Tshisekedi wa Mulumba, décédé le 1er février 2017, restera à l’air libre tant que Joseph Kabila ne mettra pas en place un gouvernement dit « de large union nationale ». Cette surprenante conditionnalité, une première au monde, émane du parti du défunt dont le fils Félix a été proposé comme premier ministre de ce « gouvernement de large union nationale ». Si la dépouille mortelle du Sphinx de Limete ne court aucun risque de putréfaction, ce moyen de pression dégage, cependant, un relent nauséabond illustré par un étonnement général : « Comment peut-on échanger un cadavre contre un ministère ? », « Comment la famille peut-elle accepter un tel sacrilège », « Félix voudrait tellement le poste de premier ministre qu’il ne reculerait devant rien ? ». Sauf à réaliser un rétropédalage rapide et vigoureux, si, en effet, elle ne revient pas sur ce chantage, l’Udps signerait la mort politique de Félix Tshisekedi qui traînerait à vie cette affaire.

Ses détracteurs, souvent de mauvaise foi, ont toujours présenté sa filiation comme sa seule source de légitimité. Et pourtant, alors que le père était en long séjour médical en Belgique, Félix Tshisekedi a fait ses preuves sur le terrain et sur le front diplomatique. Alors que la mort de son père devrait le libérer d’une ombre tutélaire, alors qu’une promesse d’émancipation lui tendait les bras, la prise en otage de la dépouille mortelle du Lider maximo donne l’image d’un fils perdu sans son père, au point de brandir son corps sans vie comme une menace.

Cette position de l’Udps laisse également craindre une gestion erratique du parti, car avant ce chantage repris dans un communiqué le mercredi 8 février 2017, son secrétaire général Jean-Marc Kabund avait déclaré la veille sur RFI : « Nous ne pouvons pas conditionner son enterrement à quoi que ce soit (…) nous devons l’enterrer avec dignité et honneur. ». Le revirement opéré, en 24 heures seulement, libère le chœur des réprobations focalisées sur Félix Tshisekedi et fait se demander si l’Udps peut peser sur l’échiquier politique sans menaces ni chantage.

En analysant froidement les faits, on pourrait estimer que la disparition d’Étienne Tshisekedi est survenue dans un timing parfait pour lui et… pour Félix. Après avoir fait chanceler Mobutu, , sans le faire tomber, Ya Tshitshi, comme on l’appelle aussi, a ferraillé avec Laurent-Désiré Kabila sans, là aussi, parvenir à ses fins. Mais, au soir de sa vie, dans un ultime combat, le « Vieux » a réussi à mettre un carcan aux deux poignets de la dictature naissante de Joseph Kabila. Ce dernier a dû prendre, non sans mal, trois engagements majeurs par écrit : il ne sera pas candidat à la prochaine présidentielle, il ne fera pas modifier la constitution et il n’organisera point de référendum qui lui permettrait de contourner les deux premiers engagements. Rarement, un opposant a réussi à faire plier à ce point un pouvoir par des moyens pacifiques. Hormis le fait d’avoir débarrassé les Congolais de la peur de défier la dictature de Mobutu, cet accord imposé à Joseph Kabila peut être considéré comme la consécration d’une lutte interminable pour la démocratie. Étienne Tshisekedi est donc parti à un moment idéal. Sinon… sinon la probable nomination, de son vivant, de Félix comme premier ministre aurait entaché cette « victoire » de l’accusation de favoritisme paternel. Certains commentaires allaient déjà dans ce sens : « Il avait promis un carton rouge au président congolais le 19 décembre 2016 dernier jour de son mandat, au final il lui accorde un an de rallonge en contrepartie de la nomination de son fils comme premier ministre ».

L’heure de l’émancipation a sonné pour Félix Tshisekedi qui ne manque pas d’atouts pour cela, mais ça ne le serait qu’en repensant la philosophie et la méthode de son action car l’Udps est désormais privée du charisme de son père qu’il conviendrait de conduire à sa dernière demeure avec dignité, guidés par le bon sens.|Botowamungu Kalome (AEM)