Attentat de l’autocar de la sélection togolaise à Cabinda : 6 ans de prison et 3.600.000 euros d’amende requis contre Rui Mingas


Rodrigues Mingas | photo d'archives AFP

Le 8 Janvier 2010, à Cabinda, un autocar en provenance de Pointe Noire au Congo avec à son bord les joueurs de l’équipe nationale de football du Togo avait été victime d’un attentat qui s’était soldé par 2 morts et 13 blessés. Cette équipe qui participait à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) et qui était escortée par la police angolaise, avait été prise pour cible par des hommes armés pendant 20 minutes. Parmi les blessés graves, le gardien de l’équipe togolaise, Kodjovi Obilalé. Cette attaque avait été revendiquée par le FLEC – branche militaire (Flec-PM), par la voix de son porte-parole Rodrigues Mingas, depuis la région parisienne, à travers plusieurs interviews à la presse. Dans ses déclarations Rodrigues Mingas présentait cette action terroriste comme la première d’une série d’opérations programmées par son mouvement sur tout le territoire de Cabinda.

Sept années après les faits, et après sa détention préventive et son audition par un juge d’instruction, Rodrigues Mingas a comparu le 3 et 4 mai 2017 devant le tribunal de première instance de Paris pour « actes préparatoires au terrorisme », « participation à une organisation criminelle » et « revendication d’attentat » suite à une plainte déposée par le ministère public français, mais aussi Kodjovi Obilale et l’Angola. Le procureur a requis une peine de 6 ans de prison, une indemnisation de 3.600.000 euros à l’encontre de Rui Mingas et l’inscription du FLEC-PM sur la liste des organisations terroristes. Le verdict sera rendu le 6 juin prochain.

Lors de la première audience, la juge a rappelé à Rodrigues Mingas qui est un citoyen de nationalité française que les tribunaux français sont compétents pour juger tout citoyen qui a commis des crimes ou qui en a été complice, partout dans le monde.

Dans sa plaidoirie, l’avocat de Kodjovi Obilalé, a mis en évidence les dommages physiques et moraux que l’attaque a provoqués sur l’ancien gardien de but de la sélection togolaise et qui ont contraint ce dernier de mettre définitivement une croix sur sa carrière de footballeur.

Pour leur part, les trois témoins de la partie civile constituée par l’ambassade d’Angola à Paris, parmi lesquels deux professeurs, ont évoqué l’ « illégalité juridique » et l’absence de fondement historique des revendications des nationalistes de Cabinda, ainsi que la  légitimité  de l’Angola dans l’enclave.

Au cours du procès, Rodrigues Mingas n’a pas pu expliquer son rôle réel dans le FLEC-PM, ni justifier la raison de son voyage en octobre et novembre 2009 au Congo-Brazzaville, peu de temps avant l’attaque à Cabinda, où, selon la partie civile et le procureur, il aurait rencontré des éléments de la guérilla du FLEC.

Rodrigues Mingas a également eu du mal à justifier le contenu des écoutes téléphoniques et des SMS compromettants interceptés, des conversations et des messages relatifs à la préparation de nouvelles attaques ainsi que l’acquisition d’armes dont des fusils AK47, des grenades offensives et défensives, entre autres. Le prévenu, qui se considère toujours comme un «nationaliste cabindais», a expliqué que ses déclarations et sa revendication ont été faites à la demande de la guérilla à Cabinda, résultant par ailleurs de la « communication tourbillon » générée après l’attaque.

Les avocats de la partie civile et le procureur français ont décrit Rodrigues Mingas comme un « mythomane » ayant une « double vie » et « un clown », faisant allusion aux vidéos diffusées le montrant vêtu d’un uniforme de général d’armée à 4 étoiles et muni d’une arme à feu. Ils l’ont cependant accusé de faire « l’apologie du terrorisme » d’avoir un rôle réel dans la préparation de l’attaque et d’occuper une position importante dans la hiérarchie du Flec-PM.

Lors de la deuxième et dernière audience le 4 mai, l’avocat de Rodrigues Mingas, Solenn Le Tutour a indiqué que son client était un « mythomane » victime de « s’être pris pour ce qu’il n’est pas. » Il a d’autre part relevé le fait qu’il n’y avait aucun lien concret entre ce dernier et les éléments du FLEC détenus en Angola à la suite de cet attentat, et qu’ aucune preuve irréfutable ne démontrait l’implication de Rodrigues Mingas dans la préparation de l’attaque. « Une revendication n’est pas une preuve d’une attaque, a-t-il précisé avant de rappeler que l’existence du FLEC-PM n’a jamais été prouvée et que la partie civile et les enquêteurs angolais ont eux-mêmes considéré celui-ci comme une « coquille vide ». Solenn Le Tutour a par conséquent demandé l’acquittement de Rodrigues Mingas. Les avocats de la partie angolaise ont, de leur côté, demandé la condamnation de Rodrigues Mingas, pour « apologie de terrorisme » ainsi que le paiement symbolique d’ 1 euro d’amende, et à ce que l’Angola soit considérée comme une victime.

Quant à l’avocat de Kodjovi Obilalé, il a requis une indemnité de 3,5 millions d’euros, en tenant compte de la situation d’invalidité physique de son client et le fait que l’attaque a mis un terme à sa carrière professionnelle et le versement de 100.000 euros de dommages et intérêts à l’ex-femme de son client, pour préjudice moral.|Jossart Muanza (AEM)