Mama Thérèse Ndemu, que ta mort ne soit vaine


Ce mardi 16 mai 2017, à Ngandu wa Mpata à Tshikapa, Mama Thérèse Ndemu a vu la mort arriver à vive allure, assoiffée, débridée, prise de frénésie et de folie. Elle a essayé d’y échapper. Pas lâchement. En cheffe de clan, elle a rassemblé enfants et adultes de la famille, tous tapis dans un abri qui ne les a abrités finalement de rien. La barbarie les y a retrouvés et, à 3 heures du matin, avec des fusils dits de « calibre 12 », des présumés miliciens Chokwe (une tribu de la RDC) les ont assassinés. Froidement. Mama Thérèse Ndemu, la mère de notre confrère Joël Cadet Ndanga était abattue avec 12 de ses petits-enfants et belles-filles comme 150 autres personnes de leur village.

Sur les réseaux sociaux où son fils journaliste est l’une des plumes les plus pertinentes, les plus sensées, les  plus  pondérées, les milliers de morts du drame des provinces du Kasaï ont, du coup, cessé d’être des simples chiffres  à plusieurs zéros, ils ont désormais un visage : coiffée d’un mouchoir qui arbore une coulée d’étoiles, le cou ceint d’un collier de perles, l’expression du visage grave, d’où se dégage un regard droit et perçant, l’air grave, presque martial, Mama Thérèse Ndemu rompt la banalisation de ce génocide, car c’en est bien un. Dans cette partie de la RDC, on ne sait plus finalement qui massacre qui et pourquoi. Alors qu’on attendait du pouvoir qu’il protégeât ces populations, il y a envoyé plutôt une horde plus barbare encore.

Les  mots des maux de l’orphelin Joël Cadet Ndanga sont concis et… bouleversants :

Te voir partir                                                                                                                                                                                

Non de la maladie                                                                                                                                                                           

Mais poussée dans la tombe                                                                                                                                                           

Par des gens sans cœur

L’instant de la lecture des vers, j’ai été pris d’émoi, Mama Thérèse est devenue mienne, j’ai eu le cœur brisé, l’esprit chamboulé, l’estomac noué, la rage débordante

Et comme on n’est jamais grand que pendant un drame, le fils éploré est resté droit, digne et légaliste comme toujours :

Je promets de me battre pour venger ton sang par des moyens légaux     

J’y arriverai tôt ou tard.

Où un homme peut-il puiser autant de force pour privilégier les moyens légaux alors que l’État se liquéfie chaque jour davantage ? Comment peut-il espérer cela alors qu’aucun de ce genre de crimes n’a été réprimé depuis l’accession du pays à l’indépendance ? Certains y verront candeur et naïveté comme chez un certain… Patrice Lumumba qui prédisait un avenir radieux à son pays alors qu’il voyait son rêve, son combat sur le point d’être anéanti et alors qu’il rédigeait sa mémorable lettre d’adieu à  sa très chère Pauline.

Mama Thérèse Ndemu, ces salauds t’ont pris la vie et arrachée à l’affection des tiens,  ils ont fauché de très  jeunes enfants et des femmes sans défense, mais ils n’ont point réussi à tuer la foi en la justice que tu as semée en ton fils, une foi restée intacte et agissante. Les commanditaires de ce  génocide se trouveraient à  Kinshasa, mais si grande soit cette mégalopole, ils vont y errer comme des âmes en peine jusqu’au pied de l’échafaud de l’histoire.

Mama, ta mort ne sera vaine…

C’est d’un sacrifice qu’on dit qu’il ne sera jamais vain, c’est d’un acte posé mais pas d’un acte subi qu’on dit qu’il n’est ou ne sera vain. Mais, je m’autorise cette torsion de la langue française pour donner à cette phrase la force d’une prière.

J’emprunte également aux prêtres et fidèles catholiques cette formule à souhait sentencieuse : « Ainsi soit-il » | Botowamungu Kalome(AEM)