Bwanga Tshimen : « Ballon d’or, Ballon d’argent, est-ce que je les avais mérités ? »


Un Ballon d'or de substitution remis à Bwanga Tshimen après la perte du Ballon d'or original qui était couleur or

Si ç’avait été le journaliste congolais Didier Mbuy (Didi Mitovelli sur Facebook), excellentissime en story telling, prompt à l’émerveillement frénétique mais toujours très inspirant, il aurait posé le crayon et arrêté l’interview. Alors que j’avais consacré son Ballon d’or comme le point culminant de mon  interview, Bwanga Tshimen avait tout de suite douché mon enthousiasme une fois le sujet abordé : « Ballon d’or, Ballon d’argent, est-ce que je les avais vraiment mérités ? Est-ce que j’étais plus  fort que tout le monde ? Je ne dirais jamais ça ». Impensable d’en rester là. Je convoque alors une autre distinction non moins flatteuse : le surnom de « Beckenbauer noir » repris notamment par la presse étrangère : « Personnellement, je n’ai jamais lu un journal français, belge ou allemand qui m’a appelé ainsi. Est-ce que je méritais ce surnom ? Il faut peut-être demander aux supporters qui m’avaient comparé à cette référence mondiale dans la catégorie des défenseurs. Je pense que c’était exagéré »

Déçu de ce contre-pied froid et désarçonnant ? Assurément, mais aussi excité de devoir rapporter cette façon de voir les choses empreinte d’humilité et de sagesse de la part de cet immense champion. Et le seul Ballon d’or congolais d’expliquer avec force détails, la voix monocorde, à des moments morne, alternant des gestes lents et mesurés de ses avant-bras, les méthodes qui servaient pour désigner le Ballon d’or : « La course au Ballon d’or était transparente grâce à une notation continuelle des joueurs qui participaient aux compétitions internationales. À chaque match, on engrangeait des points et la presse publiait régulièrement le classement. Moi j’ai eu la chance d’évoluer dans un club et dans une sélection qui avaient des parcours extraordinaires et c’est ça qui m’a permis de faire partie des favoris. Ces distinctions symboliseront toujours, à mes yeux, la réussite collective avec Mazembe et Les Léopards »

« Souleymane du FC Hafia me bat sur le fil et, par ailleurs, envoie notre milieu de terrain Saïdi à la retraite »

Méthodique, Bwanga raconte sa désignation comme Ballon d’argent en 1972 ou plutôt le Ballon d’or qu’il loupe de justesse : « Je faisais la  course en tête pour le  Ballon d’or avec une poignée de points devant Souleymane du FC Hafia (Guinée Conakry), un club contre lequel nous allions jouer la finale de la coupe d’Afrique des clubs champions. À Lubumbashi, lors du match aller, Souleymane est monstrueux, il fait un match énorme. Le Guinéen a baladé Saïdi, il l’a fait courir de part et d’autre du terrain au point de l’épuiser (Rires). Saïdi était éreinté et ce match avait sonné quasiment la fin de sa carrière. Score final : 2 buts partout. Logiquement, le Guinéen passe devant moi en attendant le match retour, le combat ultime avec en jeu la coupe d’Afrique et le Ballon d’or »

« Un forfait étrange avec  un Blagoje Vidinic impuissant »

Dès la fin du match-aller, Bwanga montre sa détermination : « Je parle à mes coéquipiers et leur dis que nous devrions coûte que coûte aller gagner à Conakry. L’équipe est gonflée à  bloc et nous ne voyions pas comment la coupe pouvait nous échapper. Finalement, de nos chambres d’hôtel  à  Conakry, peu de temps avant l’heure fixée pour le coup d’envoi, nous apprenons par la radio que nous avons perdu  par forfait ».

Une situation rocambolesque dont Bwanga n’a toujours pas saisi les vrais tenants : « Le Yougoslave Blagoje  Vidinic qui venait d’arriver entraînait la sélection nationale mais aussi le club représentant le pays à la coupe d’Afrique des clubs champions. Alors que j’écoutais la radio, j’apprends que Mazembe est sur le point de perdre le match par forfait parce qu’il ne s’est toujours pas déplacé au stade. Intrigué et énervé, je vais voir Vidinic, l’entraîneur ne me fournit aucune explication et me demande juste de me calmer en  attendant d’en savoir plus. À priori, les dirigeants de la Fédération avaient récusé l’arbitre désigné et décidé que Mazembe ne se présenterait pas sur le terrain si la CAF ne changeait pas d’arbitre. Défaits par forfait, Souleymane remporte le Ballon d’or. »

Finalement, ce n’était qu’une partie remise : «  L’année suivante j’ai été désigné Ballon d’or et mon dauphin était tout simplement mon grand-frère, le gardien Robert Kazadi nommé Ballon d’argent. N’oublions pas Lobilo, le libéro de Vita Club et des Léopards qui avait été également Ballon d’argent».

Depuis ce plébiscite qui date de 1973, la République Démocratique du Congo attend toujours le successeur congolais de Bwanga Tshimen sur le palmarès de Ballon d’or.|Botowamungu Kalome (AEM)

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