Léopards : Ibenge ou l’art de faire déjouer ses propres joueurs


Le sélectionneur congolais Florent Ibenge

C’est dans le flanc gauche de leur défense que les Léopards ont encaissé un penalty qui avait ouvert la voie à leur défaite face aux Aigles du Carthage le vendredi 1er septembre dernier, à Tunis. C’est encore dans le même flanc gauche de leur défense que les Black Stars du Ghana, lors de la  dernière  CAN, avaient provoqué un penalty fatal aux Léopards. Un carton rouge avait été récolté dans le même secteur à la CAN. Un hasard ? Certainement pas, la semaine dernière les deux latéraux étaient livrés à  eux-mêmes face à  des adversaires qui les ont soumis au supplice d’un jeu  en triangle guère contrarié. Une situation inévitable consécutive à une tactique défensive basée sur une occupation de terrain incohérente.

Rarement un entraîneur réussit à mettre ses joueurs dans un tel inconfort tactique. Sur le front de l’attaque, le coach Ibenge avait aligné trois attaquants puissants et rapides dont deux ailiers à l’ancienne qui collaient la  ligne de touche. Entre ces ailiers et l’avant-centre, il y avait au moins une quinzaine de mètres, d’où l’impossibilité de jouer ensemble. Quasiment aucune combinaison durant tout le match entre les trois. Outre la distance abyssale entre Bakambu, Kabananga et Mubele, les trois attaquants, balle aux pieds, n’avaient pas de soutien car les trois milieux de terrain jouaient tellement bas que le temps de se rapprocher du porteur du ballon, la  nasse tunisienne a déjà happé l’attaquant congolais. Et lorsque les milieux de terrain sollicitaient les attaquants, ils balançaient de grands ballons à des coéquipiers arrêtés. Pas de jeu en mouvement, pas plus de trois passes d’affilée dans le camp adverse. Quand ils avaient un peu de champ, les attaquants se lançaient dans des courses solitaires et aveugles.

Ibenge frileux comme  jamais !

Dès les dix premières minutes à Tunis, il  est apparu clairement que le sélectionneur congolais avait reconduit la même tactique qu’à la dernière phase finale de la coupe d’Afrique des Nations. Constant, Florent Ibenge n’envoie jamais ses joueurs sur le terrain pour dominer leurs adversaires, ni  leur sujet. Sa stratégie est immuable : laisser le ballon à l’adversaire, résister et espérer un coup de sort comme à Tunis où c’est un adversaire qui avait fait la  passe décisive à Bakambu.

Il n’est pas interdit au sélectionneur congolais de ne concevoir  le foot que par la peur des forces adverses, cependant la logique voudrait alors que le  technicien détienne une science du quadrillage du terrain infaillible. Alors que tous les spécialistes savent que sa philosophie de jeu irait plutôt avec un 4-4-2, un 3-5-2 ou un étanche 4-4-1-1, les Léopards jouent en 4-3-3. Les trois milieux sont toujours trop bas et se marchent souvent sur les pieds avec les deux défenseurs centraux. Pendant ce temps, les deux ailiers sont à 25 mètres des latéraux livrés à  eux-mêmes.

Usés dans un système si irrationnel, l’expression technique des joueurs devient brouillonne alors que les défenseurs, trop sollicités, deviennent fébriles et multiplient des fautes dans des zones dangereuses. À Tunis, l’arbitre aurait même dû siffler un second penalty pour la sélection tunisienne. Sevrés des ballons exploitables et esseulés, les attaquants congolais sont obsédés par l’exploit individuel sur les maigres ballons qui leur parviennent.

Dans 24 heures, les Léopards pourraient dire Adieu à la coupe du monde. À défaut d’un sélectionneur qui finisse enfin par se réinventer, la ferveur populaire deviendrait leur alliée décisive pour renverser la vapeur ou alors, en devenant une pression négative, une chape de plomb sur le rêve du football congolais.|Botowamungu Kalome (AEM)