Le druide Zola Tempo s’est penché sur le berceau du prochain album de Zaïko Langa Langa


Zola Tempo au studio de la Grande Armée à Paris pour le mixage de l'album de ZLL | septembre 2017

C’est un peu le druide : cet homme au pouvoir mystique, toujours solitaire quand il  va chercher des feuilles et des racines pour concocter une potion magique. La magie de ces chansons qui nous emballent et nous font danser comme des malades est quelquefois l’œuvre de Zola Tempo guitariste, arrangeur  qui s’occupe aussi de la réalisation des albums. En séjour à Paris pour réaliser le mixage du prochain album de Zaïko, Zola Tempo s’est prêté au jeu de questions réponses avec Afriqu’Échos Magazine (AEM) .

AFRIQU’ÉCHOS MAGAZINE(AEM) :Vous venez de terminer le mixage du prochain album de Zaïko Langa Langa, vous êtes confiant ?

ZOLA TEMPO : J’ai donné le meilleur de moi-même, j’ai mis en valeur les éléments qui ont été mis à ma disposition. Oui, le travail est satisfaisant et il revendra au public d’apprécier. Outre le mixage, je me suis occupé également des arrangements et de la réalisation

AEM : Après les albums Eurêka et Bande annonce, entre Zaïko et vous c’est manifestement une histoire qui dure…

( Rires ) Tout à fait. Jusque-là on se fait confiance. Yha Jossart (N’Yoka Longo) continue à me faire confiance, il y a une confiance mutuelle

AEM : Vous êtes un ingénieur de son reconnu et le patron du studio Sabab à Kinshasa, vous êtes très sollicité, mais vous êtes resté un personnage discret. Que peut-on savoir  de vous ?

Je suis artiste musicien au départ, je suis guitariste compositeur et j’ai commencé à faire des arrangements, puis la réalisation entre les années 1985 – 1997. J’avais commencé à travailler comme arrangeur et réalisateur mais aussi comme preneur de son au studio Bobongo. Après le départ de Coco, je suis devenu patron, puis je suis parti de Bobongo pour m’installer dans les locaux de la RTNC. Je travaille comme ça avec tous ceux qui me font confiance. J’ai déjà travaillé, comme vous le savez, avec beaucoup de grands artistes, mais je préfère être discret c’est vrai, parce que c’est un travail d’arrière-plan. Il ne faut parler que quand c’est utile. Quand j’ai fini de réaliser un travail, c’est à celui à qui appartient le produit de parler de moi ou pas.

AEM : Quelles sont ves expériences les plus marquantes dans ce métier que vous exercez ?

C’est très difficile de les citer car, pour moi, chaque projet est une nouvelle expérience. Quand vous êtes sur un projet, ce projet va appeler un autre projet s’il est bien réalisé ; Si vous passez à côté, vous gâchez des opportunités dans l’avenir. Évidemment, il y a, par moments, des projets qui vous marquent mais par respect pour ceux qui me font confiance je ne peux pas dire qu’il y a un projet X ou Y qui m’a marqué…Quand je travaille avec un artiste ou un autre, pour moi, c’est une nouvelle expérience, c’est un nouveau projet et ça me marque toujours.

AEM : Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans votre métier ?

Recevoir un produit, une chanson à l’état brut d’un artiste et commencer à chercher des éléments et les mettre en valeur ; avoir une chanson qui te parvient à l’état brut et voir, dans sa version finale, comment elle a été transformée, comment elle devenue à la consommation, ça me plaît beaucoup. C’est un travail d’esprit, donc vous faites un exercice différemment chaque fois que vous êtes devant un nouveau produit, ça c’est très intéressant. Travailler avec d’autres personnes, essayer de mettre en valeur les éléments qu’elles amènent, et surtout arriver à leur faire plaisir, à rencontrer leurs envies, leurs attentes, dans ce domaine, c’est très intéressant.

AEM : Quelles sont, selon vous, les qualités requises pour exercer ce métier ?

Il ne suffit pas d’être artiste musicien, il faut être capable de te projeter; quand tu écoutes un truc tu te projettes comment il peut, en finale, être transformé. Il ne suffit pas d’être un bon musicien, il faut être musicien bien sûr, mais en plus être attentif, être patient, aimer les gens, il faut les écouter … Comme je disais, notre travail consiste à mettre en valeur les éléments qu’on vous amène. Vous n’êtes pas performant de la même façon  dans un projet ou dans un autre, chaque projet est différent, s’il y a un projet qui vous arrive et qu’ il n’ y a pas vraiment grand-chose à mettre en valeur, vous commencez à vous poser des questions et malgré vous, vous vous rendez-compte qu’à un certain moment c’est déjà compliqué.

AEM : À quel rythme travaillez-vous ?

Pas très différent de quelqu’un qui doit casser la ferraille pendant toute une journée, ce n’est pas du tout facile … (rires)… De longues heures de studio,  mais ce n’est pas seulement ça… comme je l’ai dit tout à l’heure, c’est un travail d’esprit, donc vous allez chercher des éléments qui n’existent pas encore, quand vous allez chercher ceux qui existent déjà, vous faites dans la monotonie…. Vous avez une chanson devant vous par exemple, vous voulez que cette chanson soit une nouvelle chanson ce n’est pas facile dans un monde où tout a déjà été fait, tout a déjà été dit ou presque, ce n’est pas facile, donc ce n’est pas évident pour quelqu’un qui a cassé la ferraille pendant toute une journée, en plus vous êtes fatigué intellectuellement. On est aussi souvent confronté aux caprices des artistes, ce n’est pas du tout facile… Mais bon, c’est quand même un métier intéressant, très intéressant. J’ai commencé ce travail à Kinshasa, je suis venu à Paris pour mixer, ça me change un peu, je rencontre d’autres artistes, d’autres ingénieurs, dans d’autres studio … ça me change, ça m’instruit, donc c’est bien, c’est très intéressant.

AEM : Pouvez-vous nous donner les repères de votre carrière en tant que musicien ?

Ça fait quand même un bon bout de temps ; je suis vraiment musicien depuis 1981 ; j’ai joué chez Verkys Kiamwangana dans son groupe Vévé, c’est là d’ailleurs que j’ai pris goût à la technique, j’observais le PDG Verkys Kiamwangana qui était très expérimenté en la matière, ça m’a donné de la technique, c’est comme ça que j’ai commencé à m’intéresser à cela ; et puis je suis allé au Bobongo où je suis resté avec Alfred Nzimbi, Alain Makaba et d’ autres… Quand la plupart des membres du groupe sont partis pour Paris, nous on est restés, on a relancé le groupe, on a travaillé ; j’ai acquis beaucoup d’expérience là-bas, j’ai commencé à m’épanouir. Voilà, ça fait quand même des années … depuis 1981 comme guitariste professionnel à aujourd’hui… |Propos recueillis par Jossart Muanza (AEM)

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