RDC : la vérité sur la polémique Mushobekwa – Rachel Kitsita


La ministre des droits humains Marie-Ange Mushobekwa n’a pas fait dans la dentelle pour s’en prendre à la journaliste Rachel Kitsita Ndongo : « Je ne peux pas accepter que l’on exploite la souffrance d’une jeune fille pour régler des comptes politiques » avant d’ajouter plus loin : « Rachel Ndongo Kitsita a tronqué la vérité pour me NUIRE. Elle a manipulé l’opinion pour NUIRE et DÉTRUIRE… je ne sais pour quelle raison ». La raison de l’ire de la ministre : la diffusion par la journaliste des images de la jeune Dorcas blessée par balle lors de la répression par la police de la marche du comité laïc des catholiques le 31 décembre 2017. La photo avait été prise lors de la  visite rendue à la jeune fille par la ministre qui affirme que la journaliste avait juré qu’elle ne publierait pas les images prises dans la chambre de l’hôpital. Un serment que la journaliste n’aurait pas respecté. Faux, car les mêmes images ont été remises pour diffusion, 24 heures plus tôt, à la chaîne de télévision Antenne A par le cabinet de la ministre.   

Cette polémique illustre l’échec d’une communication gouvernementale qui a plié face à l’interactivité des réseaux sociaux. Dans un premier temps, la ministre remet les images tournées par Rachel Kitsita à  la télévision Antenne A pour diffusion. Le choix de cette télé n’est pas un hasard : un attaché de presse de la ministre est membre de la rédaction de cette chaîne de télévision. Sur l’élément diffusé on voit Dorcas. Dans un deuxième  temps, le lendemain, dans le journal  télévisé de Numérica TV, Rachel Kitista diffuse les mêmes images. Aucune réaction de la ministre qui doit savourer ce coup médiatique qui donne un visage humain au régime de Kabila qui décide d’envoyer la jeune se faire soigner en Afrique du Sud.

L’ouragan qui ébranle la ministre

Tout va basculer, lorsque, dans un troisième temps, la journaliste vedette de Numérica TV tweete une photo de Dorcas intubée. La tweetosphère va alors se déchaîner pour dénoncer le « cynisme du bourreau qui met en scène l’aide apportée à  la victime sans la réponse judiciaire ». Les mots sont durs, insultants et même diffamants : Joseph Kabila et Marie-Ange Mushobekwa sont arrosés d’insultes. Dépassée par l’interactivité de Tweeter et de Facebook, la ministre choisit de se défausser sur Rachel  Kitsita et évoque une « parole donnée qui n’a pas été respectée ». Incompréhensible, car en remettant à Antenne A les images pour diffusion, la ministre a ouvert, elle-même, la digue.

La virulence des critiques n’a pas manifestement plu au pouvoir de Kinshasa, il est reproché à la ministre cette communication ratée. La pression est forte, trop forte pour Marie-Ange Mushobekwa, venue de l’opposition, qui découvre de l’intérieur un pouvoir dur. La seule réponse qu’elle trouve est de mettre tout sur le dos de Rachel Ndongo. Les mots de la lettre ouverte qu’elle publie montrent une personne aux abois, apeurée : « Je prends à témoin(…) l’eau et les arbres (…) Si je mens, que (…) DIEU me punisse et me frappe. Et si c’est toi qui mens (parce que tu MENS), je demande la même sentence ».

La journaliste n’est pas épargnée par les pressions et, dans le désarroi,  accepte une multitude  de médiations;  elle s’apprête même à signer une déclaration pour calmer le jeu alors qu’elle soutient face à tous les médiateurs qu’elle n’a  jamais juré de ne rien publier. À défaut de réconcilier la ministre et la journaliste, les différentes bonnes volontés obtiennent juste de Rachel Kitsita de ne pas répondre à la ministre afin de ne pas l’enfoncer.

La ministre n’a pas respecté sa parole

Dans sa lettre ouverte, la ministre souligne : « Je JURE sur l’HONNEUR devant tout le personnel médical présent, mon équipe et Kitsita Ndongo Rachel que ces images ne seront pas publiées (par respect de l’INTIMITÉ de DORCAS et de la DOULEUR de sa famille) et que je ne les montrerai qu’à ma hiérarchie. », la ministre n’a donc pas tenu parole car elle a remis à Antenne A, où travaille son attaché de presse, des images pour diffusion. La vérité sur le serment évoqué de Rachel Kitsita relève de parole contre parole à la différence de la promesse faite aux médecins par Marie-Ange Mushobekwa qui ne l’a pas respectée.|Botowamungu Kalome (AEM)