France-Croatie : cet élément important qui distingue l’une de l’autre


Kolinda Grabar-Kitarović, la présidente croate habillée aux couleurs de son pays

La Croatie et la France vont s’affronter en finale de la Coupe du monde 2018 de football. La Croatie fait petit poucet avec ses modestes 56.594 km² et ses 4 millions d’habitants, alors que la France affiche ses gargantuesques 670.000 km² et ses 68 millions d’habitants. Mieux encore, la France est certainement le seul pays au monde dont le territoire s’étire –déborde ou s’étend si vous voulez- jusqu’aux océans Indien, Atlantique et Pacifique ainsi que sur le continent sud-américain. Pays de l’Europe de l’ouest, la France partage ainsi des frontières terrestres avec le Brésil, le Surinam et les Pays-Bas… Si la France, en tant que nation existe depuis l’antiquité (quasiment) et en tant que république depuis 1879, la Croatie est née, en tant que nation et république, en 1991. Un paramètre historique distingue également, d’une manière significative, ces deux pays : en 1945, la France a été libérée des forces nazies par des forces alliées dominées par les Américains alors que la Croatie avait bouté hors de son territoire les forces de l’Axe (Rome-Berlin-Tokyo) sans aucune aide étrangère…

Le raisonnement peut ressembler à un raccourci mais les faits ont démontré que la mentalité et l’état d‘esprit d’une sélection nationale comportent l’héritage des grands épisodes de l’histoire d’un pays, d’un peuple. C’est vérifiable : la sélection allemande illustre le côté travailleur acharné, déterminé et organisé des Allemands ainsi qu’une grande confiance en soi, la sélection brésilienne c’est le carnaval de Rio sur pelouse, les Uruguayens c’est la vista nourrie par la situation du pays, les Japonais représentent l’esprit de groupe avec aucune tête qui dépasse, le Cameroun ce sont le Kongosa (zizanie, calomnie) et la frime qui en font une auberge espagnole qui tient parfois et la RDC reste le pays de la danse et de la musique à n’en point finir avec son « Fimbu » et son sélectionneur Ibenge qui se déhanche d’une manière sensuelle à l’intérieur d’un cercle formé par ses joueurs hilares…

Tiens, j’ai oublié la France ! C’est le royaume des prétentieux avec une presse cocorico et des joueurs comme Ribéry et Pogba qui se déclarent Ballon d’or sans ciller des yeux, mais aussi une fédération qui avait refusé le poste de sélectionneur à Jean Tigana parce qu’il était Noir. Un héritage colonial qui resurgit régulièrement dans des polémiques autour des Bleus comme le fait de ne pas chanter, à gorge déployée, la Marseillaise alors que la plupart des Bleus nés des parents issus de l’immigration ou arrivés très jeune en France ne sont juste que des ventriloques qui ne s’assument pas. Dommage qu’on ne puisse pas mettre Lol dans un article de presse.

Même les hymnes nationaux témoignent

Les mots ont leur sens, la Marseillaise hymne national français qui date, bien entendu, d’il y a très longtemps comporte des propos très parlants. On pourrait nous arguer qu’il correspond à un contexte très ancien mais aucune velléité de la changer n’est envisagée, ni envisageable. Certaines idées n’ont d’ailleurs pas pris une ride : combien de fois n’a-t-on pas entendu des politiques français reprendre cet extrait de la Marseillaise pour évoquer l’immigration et l’islam :

«Quoi ! des cohortes étrangères
Feraient la loi dans nos foyers ! »

Appréciez aussi ces autres déclarations enflammées que comporte l’hymne français :

« Que veut cette horde d’esclaves »

« Tremblez ! vos projets parricides »
Vont enfin recevoir leurs prix ! »

« Français, en guerriers magnanimes,
Portez ou retenez vos coups !
Épargnez ces tristes victimes »

« Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n’y seront plus,

Nous y trouverons leur poussière
(…)
Que de partager leur cercueil,
Nous aurons le sublime orgueil
De les venger ou de les suivre. »

 

Face à ce chant martial qui loue « l’orgueil français » et qui du début à la fin promet l’enfer aux ennemis, je propose, sans intention avouée de les opposer, la remarquable sobriété d’un extrait de l’hymne croate et l’amour de la patrie qui est déclamé sans allusion à des « hordes étrangères barbares » ou à « des méprisables ennemis » :

« Coule Save, Drave coule
Toi non plus Danube, ne perd pas ta vigueur !
Mer azure, va annoncer au monde
Qu’un Croate aime sa nation ! »

Pour rappel, la Marseillaise a été écrite en 1792 et « Notre Belle Patrie » l’hymne croate en 1835.

Dans cette finale incertaine, même si la France part avec la faveur des pronostics, la force mentale pourrait être l’élément déterminant tout comme la forte ou relative identification à une nation, à un peuple. Je ne donne pas nécessairement la Croatie victorieuse, mais sa sélection a montré un supplément d’âme qui lui a permis d’atteindre cette finale. J’aimerais citer, avec une effervescence et une affection particulières, le journaliste congolais Didier M’Buy (Didi Mitovelli) qui répète souvent qu’une performance sportive permet de situer un pays sur une carte géographique. En regardant la prestation des deux équipes et en analysant les prestations médiatiques des uns et des autres, la France donne le sentiment d‘un groupe de joueurs qui visent à briller sportivement alors que les Croates semblent jouer pour une nation, pour un peuple.

Cet article n’est pas un pronostic, il s’est évertué à se préserver de la tentation du parti pris et propose simplement une lecture à partir des matériaux que la presse sportive utilise de moins en moins.| Botowamungu Kalome (AEM)