Angola : opération « Transparência », entre légitimité et zones d’ombre


Lancée le 25 septembre, l’opération Transparência, menée par les forces de sécurité angolaises, s’est soldée par le départ volontaire de 416 302 ressortissants de la RD Congo parmi les  14636 étrangers rapatriés, ainsi que la fermeture de 280 comptoirs de diamants et de 122 coopératives. Ces chiffres ont été avancés par le commissaire de police Antonio Bernardo. Ce bilan fait également état de la saisie de 12742.22 carats de diamants, 4910 pierres de diamant brut, 102 retro-excavatrices, 18 chargeuses pelleteuses, 28 bulldozers, 18 nivelatrices, 9 tracteurs agricoles, 224 véhicules légers et lourds, 310 motos et 31 vélos. La police nationale angolaise a également saisi 98 dragues, 63 laveuses, 253 motos, 16 radeaux, 65 bouées pneumatiques, trois détecteurs de diamants, une machine à tester les diamants, 214 balances, 97 loupes, 79 générateurs électriques, 38 coffre – forts et 153 conteneurs contenant divers moyens matériels, ainsi que 108 armes à feu. Près de 23 millions de kwanzas, 335 euros et 944.000 rands sud-africains ont également été saisis.

Parmi les rapatriés, plus de 80 000 sont des enfants

La plupart des Congolais expulsés d’Angola sont un mélange d’immigrants de longue date travaillant dans le garimpo et de réfugiés qui ont quitté la RDC pendant le conflit régional qui a frappé le Kasaï entre la mi-2016 et 2017. «L’UNICEF estime que parmi les rapatriés, plus de 80 000 sont des enfants et que ces enfants ont besoin d’une aide humanitaire immédiate », a déclaré de son côté  Christophe Boulierac, porte-parole de l’agence de l’ONU. «La plupart de ces enfants sont même nés en Angola et ne parlent que le portugais. En outre,  beaucoup d’entre eux ont été forcés de traverser la frontière seuls ».

Cette opération a suscité de nombreuses critiques notamment de la part des Nations Unies qui, le 16 octobre, ont exprimé leur préoccupation devant le renvoi massif et forcé d’environ 200 000 ressortissants de la République démocratique du Congo voisine par l’Angola, « une situation qui pourrait conduire à une crise humanitaire ». Rappelant que les expulsions massives sont contraires à la Charte africaine, l’ONU a appelé les gouvernements des deux pays, dont la frontière s’étend sur environ 2 500 km, à œuvrer de concert pour garantir une «circulation  sécurisée des populations ». De passage aux Nations Unies à Genève, le mardi 14 novembre dernier, le ministre angolais des Affaires étrangères Manuel Augusto a déploré « la publication des fausses informations, caractérisées par le non-respect des pratiques d’impartialité, d’exemption et d’objectivité qui devraient régir les principes et les règles de procédure aux termes desquels l’État mis en cause a le droit de présenter sa version des faits».

 Certaines exploitations seraient gérées par des réseaux du crime organisé» qui transforment les zones concernées en un État autonome 

Et le ministre de préciser que l’opération Transparencia, qui a débuté le 25 septembre dans les provinces de Malanje, Lunda Norte, Lunda Sul et Bengo avant de s’étendre dans les villes et provinces de Luanda, Cuanza Sul, Cuanza Norte, Cuando Cubango, Bié, Moxico, Zaïre et Uíge, « vise à combattre l’exploitation illégale des diamants et d’autres ressources naturelles dans tout le pays». Les autorités veulent également enrayer d’éventuelles sources de financement des groupes armés susceptibles de déstabiliser les pays de la région des Grands Lacs. Certaines exploitations seraient gérées par « des réseaux du crime organisé» qui transforment les zones concernées en un État autonome : « Il y a des régions où la population est composée d’immigrés et où une structure a été mise en place, avec un chef et des éléments armés. C’est un grave problème de sécurité nationale ». De plus, indiquent les autorités angolaises , «les excavations et l’utilisation d’explosifs entraînent des changements environnementaux et des effets négatifs irréparables sur l’écosystème».

L’Angola s’est, néanmoins, engagé à poursuivre sa collaboration avec la Commission des droits de l’homme des Nations unies et le HCR afin de garantir le respect des principes de respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale.

Si tout le monde s’accorde sur la légitimité de cette opération, l’opinion considère que les personnes expulsées des régions diamantifères, ne seraient que des victimes collatérales du fait que les garimpeiros opéraient pour le compte de certains hauts gradés et hautes personnalités, depuis des années, sans jamais avoir été inquiétés.|Jossart Muanza (AEM)