Fayulu : le missionné et ses deux manitous


Cela pourrait paraître réducteur mais c’est diablement éclairant : une discrète clause conclue à Genève consacre Martin Fayulu comme garçon de course de Moïse Katumbi et de Jean-Pierre Bemba, comme le relève une dépêche d’Actualite.cd : « Si le candidat commun de l’opposition est élu, les sept leaders de l’opposition, réunis à Genève, avaient pris l’engagement que ce dernier devrait limiter la durée de la législature à vingt-quatre mois ». Quand on sait le temps et les moyens que nécessiterait l’organisation de nouvelles élections dans deux ans et en faisant table rase de l’héritage de Corneille Naanga, s’il est élu et s’il dispose d’une majorité parlementaire, Martin Fayulu ne travaillerait que pour remettre en selle Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba.

Le régime de Kabila a tellement habitué les Congolais à des mises en cause farfelues, qu’à priori, il procéderait du bon sens de ne pas prendre au sérieux son accusation d’insurrection formulée contre la plateforme Lamuka, et pourtant… Suite au passage de Martin Fayulu à Lubumbashi pour un meeting, un confrère (JCN), réputé pour son intégrité, corrobore ce grave soupçon : « Fayulu désoriente toutes ces foules qui ont besoin du changement par un langage ambigu (…) Plus grave, à l’étape de Lubumbashi, ils voulaient créer une insurrection ». Si on ajoute à cette confirmation les contorsions langagières sur la machine à voter, la thèse du chaos qui remettrait Katumbi et Bemba sur orbite prend de l’épaisseur. Nous l’aurions souhaité, à tort…

Devenu égocentrique sous l’hypnose des courtisans de tous poils et hyper allergique à la perspective d’une RDC dont il n’aurait plus la main sur l’appareil sécuritaire et la mainmise sur l’État, Joseph Kabila s’est arrogé le droit de décider qui ne devraient jamais lui succéder : Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba. Le premier, pour s’être émancipé sur le tard en dénonçant « les deux élections truquées de 2006 et de 2011 » qui ont porté et gardé Kabila au pouvoir ; le second, pour prévenir une vengeance inévitable suite au contentieux électoral de 2006 et pire encore pour son embastillement à La Haye. La justice avilie et instrumentalisée, la territoriale émiettée et inopérante, l’armée réduite à agréer l’insolente invincibilité des ADF, avec une Ceni aux ordres, le dauphin désigné par Kabila a déjà l’élection gagnée. Manifestement. Cela même si, à chaque fois que le pantin Emmanuel  Ramazani Shadary l’ouvre, il fait regretter aux Congolais les silences du taiseux Kabila.

Ainsi Kabila n’a pas organisé sa succession mais préparé son retour, dans cinq ans, après un intérim par un des cadres les plus insignifiants de son parti. Perspective qui vient en rajouter à l’impatience de Moïse Katumbi et de Jean-Pierre Bemba qui refusent de trépigner au-delà de deux ans comme si la présidence de la République devrait leur revenir naturellement ou d’office. Cette impatience réduit ainsi la campagne de Fayulu à la situation d’un missionné surpris par une popularité qui pourrait le pousser à couper la laisse…

N’y voyez aucun jeu de mots du genre : « Le toutou et ses manitous ».|Botowamungu Kalome (AEM)