Angola : un millier d’églises évangéliques pourraient fermer


Sur les 1 116 églises recensées en Angola, 83 seulement sont pleinement légalisées. Ces églises  sont pour 50% d’entre elles dirigées par des missionnaires venus du Brésil, de la RDC, du Nigeria et du Sénégal. En 2013, une église brésilienne, en l’occurrence l’église Universelle du Royaume de Dieu (située dans le quartier Alvalade à Luanda) avait écopé de 60 jours de suspension après un tragique accident survenu au stade Cidadela Desportiva, en raison d’une trop forte affluence lors d’une veillée de prière le 31 décembre, faisant 16 morts.

Depuis, le gouvernement angolais a publié, en 2018, une loi réglementant l’activité religieuse dans le pays. Cette législation  interdit, notamment, aux dirigeants des églises de facturer des objets, des services ou de se faire payer en nature en échange de « promesses et de bénédictions divines ».

Aux yeux des autorités angolaises, « certaines sectes religieuses faussent la doctrine biblique, violent les principes de la coexistence saine au sein des communautés, modifient les us et coutumes des peuples, mettent en danger la vie d’autrui ainsi que la sécurité du pays ». Le directeur national des affaires religieuses, Francisco de Castro Maria, avait estimé à 4 000 le nombre d’églises illégales dans le pays. « Toutes les églises illégales ont jusqu’au mois prochain pour se mettre en règle » avait-il-averti. Selon des sources gouvernementales, plus de 2 000 églises en situation irrégulières ont été fermées et plus de 1 000 églises devaient l’être en novembre 2018.

Le gouvernement angolais avait lancé un ultimatum de 30 jours pour permettre aux églises concernées de  « régulariser » leur situation sous peine de fermeture. Les églises évangéliques  voient, dans ces dispositions, une menace et une grave atteinte à la liberté religieuse. Désormais, pour qu’une dénomination évangélique continue d’exister, elle doit recueillir 100 000 signatures. Avec cela, des dizaines de petites églises devraient se coaliser.  La loi pécise également que les pasteurs ne pourraient prêcher que s’ils ont un diplôme en théologie.

Cette opération nommée « resgate » (de sauvetage)  a également abouti à la fermeture de certaines mosquées.

ENCADRE

Que dit le nouveau décret mis en vigueur ?

  • Les évêques, les prêtres, les pasteurs et les diacres seront tenus de déclarer leurs biens au moment de leur prise de fonction et du processus de reconnaissance de leur confession religieuse. (…)
  • Aux ministres de culte étrangers, la loi les oblige, à remplir les conditions requises pour leur accréditation, notamment une formation en théologie, une expérience académique et missionnaire et un statut d’immigrant régulier avant de pénétrer sur le territoire national.
  • Pour exercer cette activité, les « serviteurs de Dieu sur la terre » devront être reconnus et accrédités non seulement par les organes de leurs confessions respectives ou de leur communauté religieuse, mais également par une entité publique compétente. (…)
  • « L’exercice du ministère est considéré comme une activité professionnelle du ministre du culte (évêque, pasteur, prêtre et diacre) lorsque cette dernière constitue sa source de revenus et son activité principale », lit-on dans le projet de loi qui abroge la proposition de révision de la loi n ° 2/04 du 21 mai. (…)
  • Il leur est interdit « d’invoquer la liberté de religion pour faire de la publicité mensongère à la radio, audiovisuelle ou écrite, ainsi que pour la pratique d’actes qui incitent l’intolérance religieuse ». (…)
  • Pour écarter tous soupçons d’ingérence de l’État dans la gestion interne des églises, il y a lieu de réaffirmer que le pays est laïc et que le droit est régi par des principes de laïcité, d’égalité, de légalité et de coopération. (…)
  • Pour que les églises puissent s’autofinancer, la loi leur permet de solliciter et de recevoir des contributions volontaires des fidèles, ainsi que des dons de sociétés publiques ou privées nationales ou étrangères, en vertu de la loi sur le mécénat.
  • À l’instar de leurs «chasseurs d’âmes», les églises sont tenues de déclarer également les dons qui leur sont alloués, lesquels devront être enregistrés conformément à la loi. (…)
  • Bien qu’il leur soit interdit de se livrer à des activités commerciales, les églises peuvent, dans des cas exceptionnels, développer des projets générateurs de revenus à des fins sociales, sans but lucratif et pour la fourniture de services complémentaires, dans le cadre de l’aide humanitaire apportée à des tiers vulnérables. Elles seront également exemptées du paiement de la taxe foncière urbaine sur certains de leurs biens immobiliers, ainsi que de la taxe SISA. (…)
  • Gardant à l’esprit que les églises agissent également, dans de nombreux cas, en tant que partenaires sociaux de l’État, elles sont autorisées de mener, en dehors de leurs actions principales, des activités non religieuses qui leur sont complémentaires, parmi lesquelles :


1 La construction des écoles pour l’éducation et l’enseignement ;

2 La création des établissements de santé et des centres d’accueil ;

3 La création des centres destinés à la promotion des expressions culturelles et de la culture en général ;

4 La mise en place ou la participation à des projets sociaux.

Cependant, pour pouvoir mener à bien de telles actions, les églises doivent au préalable obtenir les licences et autorisations nécessaires auprès des entités publiques compétentes.

Le contrôle de la légalité sera du ressort des magistrats du Ministère public, conformément à la loi. Tandis qu’il incombe au Procureur général de la République de demander au tribunal compétent de suspendre les activités des églises chaque fois qu’il est clairement établi que des actes illicites ont été commis, portant atteinte à l’ordre public et  aux bonnes mœurs ainsi qu’à la souveraineté et à l’intégrité du pays.|Jossart Muanza (AEM)