Coup(é)e du monde 


À l’heure de faire mon bilan de la dernière coupe du monde, deux faits se sont imposés à mon analyse : le Colombien James Rodriguez, acheté 45 millions d’euros par l’AS Monaco, après une saison tout juste correcte en Ligue 1, est arrivé au Brésil sans sollicitation. À la fin de la coupe du monde, le Real Madrid l’achète 80 millions d’euros soit le budget de deux équipes du milieu de tableau du championnat français. Au même moment, après une coupe du monde décevante à tous égards, le Camerounais Samuel Eto’o a placardé, dans son pays, de grands panneaux publicitaires vantant son palmarès « afin de rafraîchir la mémoire à ceux qui oublient vite », dit-il.

Dans un réseau social, des amis m’avaient reproché d’avoir soutenu qu’il n’y avait rien à retenir de l’édition 2014 à part le fabuleux but de Van Persie face à Iker Casillas. J’aimerais aujourd’hui me dédire pour vous faire constater et acter que les performances des équipes africaines ont été à l’image de l’état de leurs nations. Et ça c’est une grande leçon à retenir, un enseignement qui va au-delà de l’excitation à voir 22 mecs tripoter un ballon.

Eto’o s’est voulu éternel aux commandes comme Paul Biya au pouvoir, le tout sur fond de polémique, dissensions et désorganisation. La Côte d’ivoire a affiché un semblant d’unité et de force avant que des fuites ne révèlent la rivalité Drogba-Yaya Touré à l’image de la guerre éternelle Gbagbo –Ouattara sur fond d’un clivage géographique, ethnique et religieux. L’Algérie, pour sa part, a glorifié sa « défaite avec brio » face à l’Allemagne comme le FLN qui affiche, à chaque fois, la fierté de l’Algérie face à la France pour occulter les échecs de la politique nationale. Que dire du Nigeria, ce géant incapable de relever les défis qui lui sont imposés alors qu’il a largement un potentiel pour ? Il reste le Ghana un pays qui va bien, avec une vie politique saine et une économie qui en épouse les courbes, et dont la sélection se caractérise par une régularité exemplaire et à qui, à chaque fois, il n’a manqué qu’un petit coup de chance. Dans une édition précédente si le mordant Luis Suarez avait été manchot, le Ghana aurait enthousiasmé l’Afrique. Et ce n’est pas un hasard si son joueur emblématique Gyan est devenu le meilleur buteur africain en coupe du monde dépassant d’une unité le Camerounais Roger Milla. Et lorsque certains joueurs ont joué de fausses notes, le collectif les a supplantés.

De quoi me souvenir de cet adage : « Comme on fait son lit, comme on se couche ». Et c’est ainsi qu’au Brésil, l’Afrique a semblé tellement à la marge, comme coupée du monde.|Botowamungu Kalome(AEM)