Le marché de la sécurité en République démocratique du Congo


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Creusement des inégalités sociales, chômage, pauvreté, conflits et groupes armés… la liste des ingrédients qui favorisent l’insécurité, est étendue. Du coup, que ce soit pour faire de la prévention ou faire face aux délits, le marché de la sécurité suit une courbe ascendante en République démocratique du Congo.

L’insécurité  n’y est pas seulement le fait des milices armées,  présentes notamment dans la province du Nord-Kivu et au Katanga, mais également de gangs, souvent alliés à des forces de sécurité.  Pour preuve, le phénomène Kuluna, qui s’est développé à Kinshasa, la capitale congolaise, mais aussi dans d’autres zones du pays dont le Bas-Congo. «  Les Kuluna sont des jeunes désoeuvrés  dont les parents ont des difficultés financières. Ils agissent de concert avec des policiers et des militaires mal payés », explique Charles, un agent d’une société de sécurité. Malgré l’opération « Likofi » (coup de poing  en lingala) lancée en novembre 2013 par la police congolaise, le phénomène, bien qu’en baisse, n’a toutefois pas disparu.

La gamme des forfaits est assez étendue. Et bien souvent ces derniers s’accompagnent de violence  – agressions, braquages, meurtres, enlèvements, viols –, avec recours aux armes, en ville, comme sur les routes. À fortiori dans les zones où sévissent des groupes armés.  Outre les cambriolages et autres larcins, les vols à répétition de matériels divers et de pièces détachées, dans les entreprises, qui, à la longue, peuvent porter sur des milliers de dollars, ne manquent pas. La raison ? La pénurie et le prix élevé de ces matériels. Autres délits, les occupations de sites miniers ou pétroliers,  par des milices ou des creuseurs.

Pour l’heure, aucun acte terroriste n’a encore été signalé. Néanmoins le terrorisme reste un risque que ne négligent pas certaines ambassades et entreprises privées. D’où un début de prévention en la matière. Ainsi, la plupart des compagnies aériennes ont mis en place leur propre système de détection dans les aéroports. Une société de sécurité devrait être mise sur pied à l’aéroport international de N’Djili.

Difficile de chiffrer les effectifs et le nombre de sociétés de sécurité intervenant sur le terrain, dont certaines ont été fondées par des cadres des forces de sécurité. À côté des compagnies, locales ou internationales, qui ont pignon sur rue,  opère  une foule de petites sociétés. Le leader est G4S (Group 4 Security), qui a racheté Armorgroup et Saftec. La société qui a pris pied en RD Congo à partir de la filiale sud-africaine du groupe anglo-danois G4S, avec la compagnie de téléphone Vodacom, emploierait quelque 20’000 personnes dont 8’000 à Kinshasa. Le marché compte également Bras Security, qui intervient surtout au Katanga, Guarding and Services for Africa (GSA), KK Security, très implanté dans l’Est du pays et présent au Kenya, en Tanzanie, au Burundi et au Rwanda, Delta Protection, Top-Sig (Nord-Kivu), First Security, également implanté au Congo-Brazzaville, Magenya Protection et Tango Protection. Citons aussi Oversea Security Service, Mamba Sécurité, Likonzi Protège, New Escokin, Lion Service, New Protect, MCC Protection.  Et bien d’autres…

Outre les « VIP »,  des particuliers aisés,  le gros de la clientèle est composé d’ambassades, d’organisations internationales, d’ONG et d’entreprises privées (hôtels, banques, agences de transfert d’argent, stations service, supermarchés, sociétés de BTP pour leurs chantiers et bases de vie, miniers, forestiers et pétroliers, usines, etc.). Au fil des ans,  sous l’effet de la demande et des évolutions technologiques, les services se sont étendus et diversifiés.  À l’origine, ils se limitaient au gardiennage et au transport de fonds (devises et quelques matières premières),  sans fourgon blindé et avec juste une escorte de policiers. À partir des années 2000, la  sécurité électronique – télésurveillance, capteurs anti-intrusion, déclencheurs d’alarmes, systèmes de contrôle d’accès associés parfois à une vidéosurveillance  et à des systèmes de gestion du temps  ou équipés d’une fonction de reconnaissance des données biométriques – a gagné du terrain. Dans le même temps, l’usage de fourgons blindés et de mallettes sécurisées pour le transport de fonds  en tous genres, s’est généralisé. Autres nouveautés, la mise à disposition de gardes du corps, d’équipes d’intervention rapide et la sécurité cynophile (chiens), qui renforce l’action des agents de prévention et de sécurité.  Les services incluent des enquêtes judiciaires,  réalisées par des officiers de police judiciaire, la conception de plans d’évacuation d’expatriés ou le placement de détectives en civil pour surveiller les entreprises.

Si la législation interdit le port d’armes aux agents de sécurité, elle autorise les sociétés à recourir à des éléments armés. « On signe des contrats avec la police, qui nous donne un détachement de policiers armés pour les interventions, les escortes et le transport de fonds. Nous gérons et payons ces policiers », informe Jean-Jacques N’Salanga, le directeur général de First Security.

La formation des agents est assurée par les entreprises. « À l’embauche, on demande à nos futurs agents de savoir lire, écrire et parler français.  Nous les formons ensuite au contrôle d’accès, à la fouille, et on leur donne une formation paramilitaire de base ainsi que des notions juridiques et sur les droits de l’homme. », indique N’Salanga. Pour faciliter les contacts avec les populations environnantes et avoir des informations, l’embauche de personnel local est privilégiée.

Depuis 2014, la formation des agents de sécurité est soumise à de nouvelles règles et rendue obligatoire. Un Centre professionnel de sécurité (CPS) a été créé  en partenariat avec le ministère de l’Intérieur. Sa mission ?  Uniformiser la formation et la mettre aux standards internationaux. Une décision saluée par les professionnels du secteur. « Le CPS délivrera un diplôme qui sera obligatoire à l’embauche. Chaque agent aura un certificat biométrique, contenant des informations sur son parcours professionnel. », se réjouit N’Salanga.

Autant dire que le marché est prometteur et juteux, un agent de sécurité étant facturé entre 230 et 350 dollars par mois. Sans compter le matériel et autres prestations.  Le business le plus rentable, mais qui exige de gros investissements, reste toutefois le transport de fonds et la sécurité électronique.|Muriel Devey Malu-Malu (AEM), Kinshasa, RDC