Témoignage : À 80 ans, le Père Jean Le Gall m’avait écrit


Lecteur du bihebdomadaire La Semaine Africaine, le directeur de publication, Monsieur Joachim Mbanza m’appelle toujours par le « grand lecteur » à chaque fois que nous nous rencontrons à l’immeuble Louis Badila, siège dudit journal. Une façon de nous saluer que j’apprécie beaucoup, et qui me donne l’opportunité de faire des recherches dans son service d’archives.

C’est prétentieux de parler du Père Jean Le Gall, dans  les colonnes de La Semaine Africaine. À la création de ce journal, je n’étais pas encore né. La Semaine Africaine a 63 années d’existence. Il est difficile de témoigner de l’immense service que ce prêtre spiritain a rendu à la sous-région Afrique centrale par ce (canal) journal. En Afrique, disait Hampaté Bâ, « Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ».La richesse que Jean Le Gall a léguée par le truchement de ce journal est immense.

Le jeudi 30 novembre 2000, j’avais reçu du Père Jean Le Gall, la réponse à une correspondance que je lui avais adressée. Il m’avait écrit sur du papier à en-tête griffé Revue Saint-Joseph d’Allex, mais sa lettre était rédigée à la main. J’étais ébloui de voir son écriture, une véritable calligraphie, respectant les accords et les ponctuations, pour un vieillard de plus 80 ans, admis à la retraite, à Lyon. Rien à voir avec ce que je vois dans mon environnement et dans les réseaux sociaux ou encore dans les milieux scolaires : des phrases bourrées de fautes !

Voici quelques paragraphes de sa lettre : « Cher Ami, J’ai bien reçu votre lettre. Le fait que vous soyez l’un des fils de mon ami Bernard Mackiza nous donne encore envie du titre à être écouté… »

Il vivait à 600 km de Paris, et nous avions gardé contact. J’avais suggère à Mgr Ernest Kombo, président de la Commission des moyens de communication sociale, et à Mgr Louis Portella Mbuyu, Président de la Conférence Épiscopale du Congo, l’importance d’avoir un site web pour l’Église et pour La Semaine Africaine, sous la direction de l’Abbé Jean-Michel Tchitembo Porte-parole de l’Église, devant les mutations technologiques qui pointaient à l’horizon (…).

Père Le Gall, sentit mes préoccupations. Il m’avait orienté vers son collègue spiritain : « … Le Père Tabard a des entrées à l’ambassade de France au cas où tu aurais envie de poursuivre ta formation, » écrivait-il.

L’espoir de le voir physiquement lors de la commémoration des 50 ans de La Semaine Africaine, en septembre 2002, était permis. Mais hélas! Il ne fit pas le déplacement des festivités des 50 ans du journal. Il y avait une autre opportunité, pour les 60 ans de La Semaine Africaine en septembre 2012. Le Père Le Gall serait-il là ? « Nous ne pensons pas, vu son âge avancé. Il serait difficile, encore que sa paroisse de Kibouendé était détruite, ça serait difficile qu’il vienne », me confiait un journaliste du milieu, et finalement il n’est jamais venu.

Décédé le vendredi 13 mars 2015 en France, ses obsèques ont eu lieu le lundi 16 mars 2015, à Langonnet son village natal.

Pour l’anecdote, Le Père Jean Le Gall, a créée un petit journal du Moyen-Congo, le 4 septembre 1952, La Semaine de l’A.E.F., « hebdomadaire chrétien d’information et d’action sociale ». Premier journal de l’A.E.F, lu par de nombreux Africains, rédigé en partie par eux, il a été au carrefour des courants intellectuels et sociaux, parmi les plus importants de cette période, face à une presse coloniale figée et à une presse africaine quasi inexistante. La Semaine de l’A.E.F. aujourd’hui « La Semaine Africaine » a joué un rôle important dans la décolonisation… (1).

J’ai donc garde soigneusement sa lettre dans mes archives, en souvenir, du Père Jean Le Gall. Il concluait d’ailleurs : « Dites mes amitiés à votre père. Bien amicalement. Jean Le Gall.| Aimé Makiza , Brazzaville, Congo

(1) Bernault-Boswell Florence. Revue française d’histoire d’outre-mer, tome 74, n°274, 1er trimestre 1987. pp. 5-25.

  • Le père Jean Le Gall en 2005 pour le 60e anniversaire de son ordination. Il avait dit sa première messe à Landudec le jour du pardon en 1945.© Le Télégramme