Angola: le Secrétaire d’État à l’environnement Syanga Abílio détaille les avancées dans la protection de l’environnement


Le secrétaire d’État à l’environnement, Syanga Abílio, a appelé les jeunes à croire en leur pays et à considérer les 40 ans d’indépendance comme une occasion pour l’émergence d’une conscience nationale sur l’environnement. Dans le même temps, il a épinglé les nombreuses difficultés que le pays a connues et s’est félicité des succès récoltés tout au long de cette période, en matière de préservation de la biodiversité en Angola. Reprise d’une interview réalisée par l’agence de presse nationale Angop.

Angop – Quelles sont les stratégies du gouvernement angolais en ce qui concerne les technologies environnementales en Angola?

Syanga Abílio, (SA) – Le gouvernement angolais a approuvé, depuis 2013, un plan stratégique des technologies environnementales. Ce plan vise à mettre en œuvre des technologies de l’environnement au niveau national et on peut considérer que, depuis son approbation jusqu’à ce jour, nous assurons la promotion des principales lignes directrices de ce programme. Son application est palpable dans divers secteurs de l’économie réelle et dans le secteur privé. Les foires de technologies environnementales organisées chaque année constituent un «baromètre» pour mesurer le degré de la mise en œuvre des technologies environnementales en Angola. Certains cadres des entreprises de notre pays qui participent à ces foires sont porteurs d’initiatives et de projets dans des secteurs aussi divers que ceux de l’énergie et de l’eau, du pétrole, de la construction, de l’agriculture, de la géologie et des mines, de l’industrie et autres.

 Depuis la 1ère édition de la Foire des technologies de l’environnement, y a-t-il eu une augmentation des investissements connexes en Angola?

Depuis le début de cette manifestation, la présence d’entreprises étrangères enregistrée n’a cessé de croitre et certaines d’entre elles ont choisi de faire des affaires en Angola. Les entreprises qui ont décidé de s’installer en Angola contribuent au développement socio-économique de notre pays, en particulier à travers la création de nouveaux emplois pour les Angolais.

Quelles mesures incitatives sont prévues ou en voie d’exécution afin que le développement durable en Angola devienne une réalité?

Pour le développement durable, on ne doit pas attendre des mesures incitatives ; c’est une question de conscience. Nous devons tous créer une prise de conscience de l’environnement afin de mieux gérer les ressources naturelles pour que celles-ci servent aux générations présentes et futures. Il s’agit d’une responsabilité partagée et c’est ainsi que le ministère de l’environnement est fortement impliqué dans la promotion des campagnes d’éducation à l’environnement, non seulement auprès des populations mais aussi auprès des acteurs de l’économie réelle qui ont la responsabilité de  produire et de transformer nos ressources naturelles. Des mesures incitatives ont été mises en place comme le nouveau tarif douanier avec l’exonération des taxes pour l’équipement, des solutions et des produits environnementaux. Cette prise de conscience de l’environnement est extrêmement importante pour chacun de nous, dans nos familles, dans nos tâches quotidiennes, dans les décisions des entreprises, dans des projets publics et initiatives privées en vue d’assurer la durabilité.

 Quelles stratégies pour les cinq prochaines années dans le domaine des technologies de l’environnement?

Dans les cinq prochaines années, nous comptons  poursuivre, sans relâche, les campagnes d’éducation, la promotion des initiatives sectorielles pour la protection et la préservation de l’environnement ; ceci pour permettre une meilleure intégration des pratiques environnementales grâce à des solutions durables. Nous allons également continuer à promouvoir l’efficacité énergétique pour l’utilisation rationnelle de l’eau et de l’énergie, parce que notre économie est en pleine croissance, de même que la démographie comme le démontrent d’ailleurs les chiffres du dernier recensement de la population.

En effet, la planification dans l’environnement est essentielle pour assurer la durabilité. Nous voulons promouvoir des habitudes et des projets durables dans les transports, la gestion de l’eau  et de l’énergie, dans la construction de bâtiments intelligents, dans l’utilisation et le recyclage des déchets qui constituent l’un des plus grands problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui parce que le problème des déchets est lié à la croissance économique et aussi démographiques. Dès lors,  des politiques et des plans stratégiques pour la gestion des déchets ont été élaborés et notre gouvernement s’attèle à assurer le meilleur pour la gestion des déchets.

L’Agence nationale des déchets a été créée dans ce contexte, l’aspect réglementaire et de surveillance est fondamental. À une époque où le monde est soucieux de trouver un accord sur le changement climatique, l’Angola a également son rôle à jouer dans cet effort mondial de manière à ce que, dans les processus productifs et industriels, soient toujours pris en compte l’intégration des technologies de l’environnement et des solutions durables.

La nouvelle Direction des routes et de la circulation envisage l’introduction de l’inspection obligatoire de véhicules pour contrôler les émissions de dioxyde de carbone (CO2), quelle est l’importance de cette mesure pour l’environnement?

On peut constater que les questions environnementales ne se limitent pas au seul ministère de l’Environnement, elles nous concernent tous, le secteur public et le secteur privé. Le dioxyde de carbone est considéré comme gaz à effet de serre, et ce gaz est –parmi d’autres- à l’origine de ce qui est connu aujourd’hui comme le phénomène du réchauffement climatique. Il est important de penser globalement et agir localement et c’est ce que nos autorités de la circulation automobile sont en train de faire. Lorsque nous disons localement, nous nous référons à notre pays, et toute initiative visant à contrôler les émissions de gaz est la bienvenue, c’est une mesure que nous saluons et encourageons. Elle a sa raison d’être, afin que nous puissions effectivement contrôler les émissions de gaz, car comme cela a déjà été prouvé, ces émissions sont à l’origine non seulement du réchauffement climatique mais elles nuisent aussi à la santé.

Les compagnies pétrolières opérant dans le pays  respectent-elles les normes de protection et de sécurité de l’environnement, en particulier pour les écosystèmes marins?

Il y a une prise de conscience de l’environnement dans l’industrie pétrolière; quoiqu’étant une industrie avec un degré élevé de risque de pollution, elle veille toujours à introduire des politiques et des procédures environnementales pour une meilleure gestion des opérations. Cependant, nous devons renforcer notre capacité de contrôle et d’intervention en cas de déversement de pétrole et disposer de l’équipement nécessaire dans le pays pour parer à une telle éventualité au lieu de recourir à des dispositifs extérieurs lors de la survenue de ces accidents, ce qui engendre des coûts assez élevés inutilement. Le ministère de l’Environnement a élaboré un plan de surveillance de l’environnement du secteur pétrolier. Ce plan comporte les lignes directrices pour l’amélioration de la performance des opérations non seulement en cas d’éventuelles pollutions, mais aussi pour le contrôle des rejets opérationnels lors des perforations des puits, de même lors de la mise en production des champs, ceci  pour éviter la contamination des écosystèmes marins.

Certes, ce contrôle existe au niveau exécutif, mais il faut travailler davantage pour mieux contrôler parce que la plupart de ces opérations sont effectuées en mer où il n’y a pas forcément des conditions logistiques pour la mobilisation fréquente des inspecteurs. Nous devons améliorer et accroître nos capacités en matière de surveillance et ne pas seulement attendre la survenue d’une marrée noire en mer ou sur terre pour agir.

Comment évaluez-vous la mise en œuvre des technologies environnementales dans le secteur de la construction, qui d’ailleurs, est le plus dévastateur?

Ici, il s’avère nécessaire de trouver un équilibre. La construction est importante car on a besoin de logements, de ponts et d’autres infrastructures, mais il est aussi nécessaire d’introduire des plans de développement de l’environnement au niveau des projets au sein des entreprises de construction. Le plan de développement aussi bien que les systèmes de gestion de l’environnement permettent d’améliorer la qualité de l’environnement. Ce sont des outils qui sont disponibles sur le marché et dont les entreprises doivent absolument se doter, car aujourd’hui la certification environnementale est toujours un avantage concurrentiel. Cela y va de leur crédibilité dans la marche de leurs affaires et représente un des avantages commerciaux.

Il est important d’améliorer la performance environnementale dans le domaine de la construction. Il n’y a pas d’autre moyen pour une entreprise qui se veut sérieuse et responsable. Le processus de certification est réalisé aujourd’hui par des sociétés spécialisées étrangères, mais des efforts sont menés  en vue d’établir des partenariats entre ces entreprises et leurs semblables angolaises ; avec comme objectif, à long terme, de faciliter l’entrée effective des entreprises angolaises dans ce marché. En effet, la certification est un processus d’une grande responsabilité et ne doit être exercée que par des institutions spécialisées et accréditées.

Le règlement sur la certification environnementale est entré récemment en vigueur, quels avantages ce règlement apporte-il concrètement ?

L’entrée en vigueur du processus de certification environnementale devrait changer la qualité de l’environnement, car une entreprise certifiée est une société qui nous donne l’assurance que, dans l’exercice de ses activités, la qualité de l’environnement sera améliorée. Que c’est une entreprise qui sait bien gérer et acheminer les déchets en évitant de contaminer l’eau, le sol et l’air. Le processus de certification, l’intégration de systèmes de gestion de l’environnement, ainsi que les plans de développement de l’environnement apportent des avantages et une garantie de l’amélioration de la qualité de l’environnement.

Le nouveau tarif douanier n’est-il pas de nature à compromettre ou à décourager l’investissement privé dans ce domaine des technologies de l’environnement?

Comme je l’ai déjà indiqué précédemment, le nouveau tarif douanier ne compromet en aucun cas l’investissement dans le domaine des technologies de l’environnement ; bien au contraire, il prévoit des exonérations sur l’importation de produits, de solutions et de l’équipement durable, intégrant les technologies environnementales. En bref, le nouveau tarif douanier est plutôt incitatif pour les entreprises qui veulent importer des marchandises et de l’équipement propre et vert, pour les entreprises intéressées à investir dans de nouvelles technologies environnementales.

En cette 40ème année de l’indépendance, quel bilan feriez-vous sur la question environnementale ?

Notre pays célèbre ses 40 ans d’indépendance, une grande partie de cette période a été marquée par la guerre (qui a duré 24 ans ndlr.) et en temps de guerre il n’a pas été possible de protéger notre biodiversité comme nous l’aurions  souhaité. Comme vous le savez, notre pays est doté d’une riche biodiversité, mais pendant la guerre, il était difficile de la protéger. Fuyant les armes, plusieurs espèces d’animaux sauvages se sont refugiées dans des pays voisins, nous avons ainsi perdu des éléphants, des antilopes noires géantes et des lions qui ont quitté l’Angola. Heureusement, avec la paix restaurée depuis 2002, nos Palancas negras (antilopes noires géantes) sont en train de revenir, de même que nos éléphants et lions.

Par ailleurs, pendant la guerre, nous ne pouvions pas mieux gérer les sols, les rivières ; il n’a pas été possible non plus d’éviter l’urbanisation informelle. Nous avons assisté à l’exode massif de nos compatriotes contraints de quitter les zones rurales pour gagner les centres urbains. Ce phénomène a également été lourd de conséquences sur le plan environnemental ; heureusement que notre gouvernement est résolument engagé dans la recherche des solutions appropriées en ce qui concerne le problème de logement par la construction de nouvelles cités.

Cette situation a-t-elle entraîné d’autres problèmes?

Bien sûr, de manière involontaire, cette situation a causé de sérieux problèmes environnementaux. Non seulement dans les zones rurales mais aussi dans les grandes villes, car à l’époque, les conditions psychologiques de la prise de conscience environnementale n’étaient pas réunies.

Dans le domaine de l’environnement, nous pouvons dire qu’en ce laps de temps – 40 années d’indépendance- le gouvernement a beaucoup fait. Aujourd’hui, on peut considérer qu’il existe déjà une prise de conscience de l’environnement dans notre pays. Des projets d’éducation environnementale ont été mis sur pied, nous disposons d’une législation en faveur de la protection de l’environnement, des plans stratégiques de technologies environnementales, de la gestion des déchets, de la récupération de la biodiversité, des parcs et des réserves naturelles. Pour citer un seul exemple, le pourcentage des zones protégées est passé de 6,5 pour cent à 12% voire15%, il y a eu beaucoup d’évolution dans ce domaine. Déjà, il existe des universités où l’on dispense des formations en ingénierie de l’environnement, il y a déjà des cadres en formation dans ce domaine et c’est, encore une fois, un acquis de la paix, un travail positif des 40 ans d’indépendance. Nous avons donné notre contribution, en tant que pays, aux efforts de sensibilisation et de mouvement environnemental dans le monde

Quel message pouvez-vous transmettre à la jeunesse afin qu’elle puisse continuer à croire en l’indépendance, faire preuve de patriotisme, en dehors de toute considération partisane ou religieuse ?

Les jeunes doivent croire aux efforts de l’Exécutif et aux capacités de tous les Angolais. Ils doivent croire en leur pays ; nous sommes maîtres de notre destin, ce qui revient à dire que nous devons miser sur l’éducation et investir dans l’homme, dans la préservation de la paix, dans la valorisation de l’homme et dans la santé. Cette mission est collective et participative, parce que si nous ne sommes pas en bonne santé nous ne pouvons pas être productifs, et si nous n’avons  pas une bonne éducation nous n’aurons pas la connaissance à mettre au service du développement de notre pays, ce qui signifie qu’il est extrêmement important que les jeunes continuent à croire en l’indépendance du pays et en son développement.

Interview réalisée en marge de la 5e édition de la foire internationale des technologies de l’environnement à Luanda|

Traduite du portugais par JM(AEM)

 

 

 

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