Angola : la chasse aux sans-papiers vivement critiquée à l’étranger


Une opération d’identification à grande échelle menée à Luanda et dans 17 autres villes angolaises entre le 19 et le 20 décembre derniers, s’est soldée par l’interpellation de 3’45 personnes de 35 nationalités différentes. 884 étrangers en situation irrégulière ont ensuite été gardés en détention. Les autorités angolaises affirment que le contrôle de l’immigration constitue une des priorités pour 2015 ainsi que la lutte contre la fabrication de faux dollars par des réseaux organisés, le trafic de drogues et de diamants. 

La police nationale angolaise, par la voix de son commandant en second Paulo de Almeida a évoqué récemment à Luanda la présence de plus d’un demi-million d’immigrants illégaux sur le sol angolais considérant la situation comme une « invasion silencieuse ».

«Pour appréhender les étrangers en situation irrégulière, les maisons ont été fouillées, des personnes arrêtées dans la rue ou sur leur lieu de travail. Et même des imams ont été arrêtés dans les mosquées», affirment des témoins cités par la presse locale. Chaque semaine, selon les chiffres pour 2014 du Service de Migration et des Étrangers (SME ), ce sont plus de 1’000 immigrants illégaux qui sont expulsés de ce pays .

Parmi les personnes interpellées, de nombreux ressortissants guinéens. À ce propos, Sanoussy Bantama Sow, le ministre délégué aux Guinéens de l’étranger, qui a annoncé que le gouvernement de son pays envisagerait de porter le « débat sur l’immigration (de ses compatriotes vers l’Angola) au plus haut niveau ». « À ce jour, ils ont libéré 2’161 personnes sur les 3’045 interpellées… » rappelle Sanoussy Bantama Sow qui s’appuie sur des chiffres fournis par la représentation diplomatique de son pays à Luanda. Après les Congolais, les Guinéens constituent la seconde communauté étrangère en Angola, essentiellement active dans le petit commerce.

Vives critiques à travers le continent

Premier pays à réagir : la Chine qui compte une forte communauté d’immigrés en Angola et qui a demandé aux autorités angolaises de « garantir effectivement les droits et intérêts légitimes des ressortissants chinois et de traiter adéquatement et rapidement cette affaire selon la loi. » Plusieurs organisations africaines et la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) ont, pour leur part, dénoncé le sort réservé à des milliers d’immigrés ouest-africains raflés dans les rues et rassemblés dans un centre de détention. « Les autorités angolaises se sont engagées dans une nouvelle opération de lutte contre l’immigration clandestine qui s’apparente à une véritable traque aux migrants », ont dénoncé huit organisations guinéenne, maliennes, mauritanienne et sénégalaise de défense des droits humains. Outre ces interpellations, ces organisations de défense des droits humains ont jugé « cruelles, inhumaines, humiliantes et dégradantes » les conditions de détention des immigrés clandestins, dénonçant également « des pratiques d’extorsion et de racket. » L’organe de presse Mali Actu est allé même jusqu’à titrer « Massacres de Ouest-africains en Angola, Ça suffit !!! »

Amnesty International, tout comme, la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) a également réagi en demandant aux autorités angolaises « de mettre immédiatement un terme aux pratiques d’arrestation et de détention arbitraire perpétrées par les forces de sécurité ».|Jossart Muanza(AEM)