Félix Tshisekedi – Michée Mulumba : un bien curieux tandem


Le duo s’est constitué en 2010 en prévision des élections législatives de 2011 : Félix Tshisekedi, candidat député, avait décidé de propulser Michée Mulumba directeur de sa campagne électorale. Le jeune étudiant en 1er cycle de journalisme panique et repousse l’offre en confessant son inexpérience. « Il faut bien une première fois, tu as ma confiance », lui rétorque l’homme politique qui va se présenter à Mbuji-Mayi, une ville où est né Michée Mulumba mais qu’il a quittée très jeune. Depuis, ils cheminent ensemble dans un fonctionnement inédit et plein d’enseignements.

Les deux ont décidé d’avancer, de grandir ensemble. Cela au prix d’humanité, d’humilité, de hardiesse et d’un grand sens politique sous des airs des taiseux. Quand Michée Mulumba débarque avec le candidat Félix Tshisekedi à Mbuji Mayi, la tâche s’avère effectivement une gageure pour le tout frais directeur de campagne qui redécouvre une ville dont la sociologie a changé. Lucide et réaliste, l’encore étudiant à l’Ifasic (Institut facultaire des sciences de l’information et de la communication) va lâcher la direction de la campagne pour s’occuper de la communication. La nouvelle tâche est ardue mais le jeune communicant s’épanouit et s’aguerrit plus vite qu’il ne le pensait.

Un rapprochement renforcé

Élu presque triomphalement, Félix Tshisekedi refuse de siéger à l’assemblée nationale en signe de protestation contre l’élection de Joseph Kabila qu’il juge, comme son parti l’Udps, frauduleuse. Mais pas question de se séparer de Michée Mulumba qu’il garde à ses côtés comme assistant. À Kinshasa, cela sous-entend porter l’attaché-case, ouvrir la portière de la voiture au boss, mais ce n’est pas, ici, le style de la maison. Bien avant de formaliser leur collaboration, simple militant de l’Udps, ce dernier assurait une sorte de veille médiatique pour son futur boss qui était plus souvent en Belgique qu’au pays. Il passait la presse en revue, écumait les réseaux sociaux, en tirait le substrat et le soumettait, avec ses annotations et son analyse, à Félix Tshisekedi. Lorsque ce dernier décide de briguer un siège de député, il choisit une circonscription à Kinshasa au grand étonnement de Michée Mulumba qui pensa que Mbuji Mayi serait le bon choix. Il n’eut pas tort.

Le tout frais député ne siège pas mais son activité n’est pas moins dense d’autant plus qu’il détient le portefeuille des relations extérieures au sein de son parti. La crise post-électorale va l’amener à se multiplier sur plusieurs fronts diplomatiques mais aussi sur la vie interne du parti. Les réunions s’enchaînent et s’éternisent augmentant la charge de travail de son assistant. Un relogement de ce dernier va être opté par les deux parties pour être au plus près l’un de l’autre mais aussi des lieux où les choses se passent.

Une antithèse de Mende

En schématisant un peu, on dirait que la communication politique en RDC est réduite à nier les évidences pour le pouvoir et à déverser les procès d’intention en tous genres pour l’opposition. Redoutable en rhétorique, le ministre Mende en a tellement usée et abusée qu’il est devenu la caricature de lui-même sans parler de Lushima et Makolo Kotambola qui incarnent ce qu’il y a de plus avilissant en communication.

Pour sa part, chargé également de communiquer sur l’action politique de Félix Tshisekedi, Michée Mulumba a la parole rare, précieuse. Même quand, parmi ses amis, son boss est accusé de corruption par Kabila ou sa famille biologique mise en cause dans les réseaux sociaux, l’intéressé garde invariablement la maîtrise de sa parole : « C’est quand je considère que tout le fiel a été déversé que je me permets d’apporter avec sobriété des précisions utiles. Je ne vais pas me laisser entraîner dans des polémiques vaines, je ne pense pas qu’il faille tout démentir, le silence est une forme de communication et j’essaye d’apprendre l’art de faire du temps et des circonstances nos alliés ».

À part un reportage sur une descente de Félix Tshisekedi à Mbuji Mayi, Mimul avait pris sa plume, une seule fois, pour promouvoir son champion. Il y a évoqué son ascension en énumérant des faits, rien que des faits.

Un grand-frère, un mentor et… un égal

Le recrutement de Michée Mulumba, Mimul pour les familiers, aurait pu handicaper la poursuite de ses études, mais son boss y a veillé d’une manière active et concrète. Quand on lui demande de décrire Félix Tshisekedi, Mimul ressasse avec émotion cette anecdote qui date pourtant de quelques années : « Un soir, nous devrions nous rendre à une invitation. Quand Fatshi apparaît, il porte la même chemise (marque, modèle et coloris) que moi, cela m’embarrasse et je pars pour me changer. Fatshi me dit ceci : ‘Pourquoi tu veux aller te changer ? Qu’y a-t-il de gênant à ce qu’on porte les mêmes habits ? Nous sommes tous pareils, égaux’ ».

Pour ceux qui les voient à l’œuvre, leurs rapports sont respectueux et cordiaux sans tomber dans la familiarité ostentatoire.  Heureusement la nature fait souvent bien les choses, on arrive à distinguer leurs fonctions par leur physique : Félix Tshisekedi est plutôt costaud, un peu rondouillard, quand il ne fait pas attention et Michée Mulumba est menu et très élégant dans ses chemises et pantalons à même le corps.|Botowamungu Kalome (AEM)