Et si notre péché était d’avoir pardonné aux mobutistes ?


Le siège de l'UDPS à Limete n'a pas été épargné

En 1992, au sortir de la Conférence Nationale Souveraine avec un gouvernement dirigé par Étienne Tshisekedi désigné le 15 août 1992, Mobutu n’avait plus de prise sur les événements pour conserver son pouvoir. Dans la configuration politique de 1990 à 1992, le Léopard était très affaibli face à une opposition dopée par la popularité incontestable de Wa Mulumba. La fin de la deuxième République paraissait inéluctable avec la mission confiée au gouvernement Tshisekedi d’organiser le référendum sur la nouvelle constitution et les élections générales.

Loin de désarmer, le Maréchal s’est évertué à gagner du temps avec l’espoir d’un pourrissement de la situation qui permettrait au trio Kengo-Vunduawe-Ngbanda d’affûter ses armes. En face, en effet, l’opposition était dans une dynamique aux allures d’un ouragan prêt à emporter sur son passage tout le système Mobutu ou ce qui en restait. L’affrontement fut rude et la popularité de Tshisekedi montra très vite, trop vite, ses limites : Nguz, Kibassa, Kyungu, Lihau, Birindwa et tant d’autres sont allés grossir les rangs du camp Mobutu. Tshisekedi esseulé, ce fut du pain bénit pour un entourage de Mobutu ragaillardi. Ces chers alliés vont alors entreprendre à couper le président de la République de la population et des réalités.

Retiré à Kawele, bon félin, Mobutu va multiplier des manœuvres pour faire durer la transition : les politiciens matés, les locaux de la presse de l’opposition plastiqués. Mobutu dispose pour cela des moyens de l’État à sa disposition contrairement à Étienne Tshisekedi impuissant malgré sa légitimité. Le temps et les choses semblaient figés jusqu’à l’avènement d’un certain Laurent Désiré Kabila, sorti de nulle part avec une rébellion symbolisée par des gamins chaussés des bottes de pluie mais ouvertement chaperonnés par des Rwandais dont James Kabarebe nommé, dans la foulée, chef d’état-major général. Une sorte de rébellion éclair qui n’a connu aucune résistance lors de sa marche vers et sur Kinshasa car les Forces armées zaïroises n’étaient plus motivées et leur organisation était minée par des conflits, des ambitions et la gestion des égos entre les généraux et les politiques notamment Kengo, Ngbanda, Atundu, Mokolo Wa Pombo, Vunduawe, Egbake, Kin Kiey Mulumba, Mokonda Bonza, Mboso, Mende Omalanga, Alexis Tambwe Mwamba, feu Banza Mukalayi…

La grande majorité de ces mobutistes se sont reconvertis en kabilistes zélés et sont parvenus à isoler de la même façon Kabila de la population et des réalités. Ils ont réussi à mobutiser Joseph Kabila. Faute d’avoir réussi à essorer la constitution, ils ont rendu impossible le respect du calendrier électoral pour prolonger indûment la présidence de Kabila. Une illustration ? Alors que le pays a frôlé une insurrection les 19 et le 20 septembre 2016 avec des dizaines de vies fauchées, Joseph Kabila s’est exprimé via un communiqué signé par son directeur de cabinet et lu à la télévision par un journaliste.

Quand un régime envoie l’armée pour réprimer une manifestation, c’est une sorte de permis de tuer qui est délivré aux militaires dont la mission est de faire la guerre et non assurer l’ordre public. De la même façon, à chaque fois que Mobutu organisait une concertation, il parvenait à fragiliser l’opposition. Cela avait occasionné une succession des gouvernements : Nguz, Birindwa, Mungul… Le dialogue qui se déroule aujourd’hui voit souffrir les représentants de l’opposition qui se heurtent à des positions énigmatiques de la majorité et son obsession à s’éterniser au pouvoir. L’histoire bégaye, en effet, avec à la manœuvre encore et toujours Kengo, Alexis Tambwe Mwamba, Vunduawe (à la Cour constitutionnelle), Mokolo Wa Pombo, Kin Kiey, Mende Omalanga, Egbake Omer, Mboso, Atundu André…Et ils sont restés les mêmes.

Comme Mobutu avant lui, malgré les menaces de sanctions des États Unis, de la Grande Bretagne et de l’Union Européenne, Kabila continue à s’empêtrer dans une situation qui s’annonce de plus en plus explosive. Dans la situation actuelle, le pays glisse assurément vers un régime totalitaire qui est en train de fournir un beau prétexte aux amateurs des rébellions. Et si tout s’expliquait par l’amnésie du peuple congolais qui a « oublié » et pardonné les crimes politiques, économiques et même de sang commis par ces mobutstes qui sont revenus sévir impunément.|Reddy Monunu, Journaliste, Nantes/France

 

  • Léon Kengo Wa Dondo, le président du Sénat © Radio Okapi