|
Complices, complémentaires, rigoureux et inspirés, ils auront été les métronomes d’ un spectacle de qualité dont ils ont régulé le tempo avec le toucher du pinceau d’ un Picasso sur la toile, une justesse de mélodies que n’ aurait pas reniée Mozart et surtout une faculté inouïe à rythmer la chorégraphie des chanteurs avec un effet démultiplicateur dans le public. Jamais, sur un seul concert, des "atalaku" ne m’ avaient fait aussi forte impression à part celui de Koffi lors du concert de ce dernier à l’ Olympia, il avait survolé le spectacle de son boss.
Réputés pour crier à tue-tête et à nous saouler avec des litanies des "libanga" (dédicaces) au motif qu’ il leur revient divinement de créer l ’ ambiance et incidemment de faire bouillir la marmite chez eux, la plupart des "atalaku" verse dans la cacophonie avec des animations qui tranchent avec le chant et la musique jouée. Dimanche dernier, Bidjana et Papy Cocson ont anobli leur métier. Appelez-les désormais "Picasso" et "Mozart !"
Immaculé Jossart
Après une superbe entrée en matière signée par les « Lasers » (jeunes chanteurs de Zaïko) avec l’ interprétation des titres de l’ album "Eurêka", Jossart Nyoka Longo est apparu tout de blanc vêtu, avec juste de discrets motifs en jaune orangé sur sa chemise en lin et casquette blanche vissée sur la tête. Il commença, avec des mots soigneusement choisis, par remercier tous ceux qui l’ ont soutenu durant l’ épreuve judiciaire qu’ il avait affrontée. Une grande émotion traversa la salle amplifiée ensuite par les mots touchants du couplet de la chanson "PA Oki" avec laquelle il démarra son tour de chant planté là au milieu de la scène, dans la position qu’ on lui connaît depuis toujours : le pied gauche légèrement devant le droit, les doigts de la main droite tenant délicatement le micro, le pouce de la main gauche recroquevillé dans la paume de la main gauche trahissant son caractère introverti. Mais dans les instants qui ont suivit, c’ est une bête de scène que le duo Bidjana - Papy Cocson révéla avec ses cris d’ animation pleins d’ entrain et savamment enchaînés.
En somme, ce concert a été un voyage à travers le volumineux répertoire trentenaire de Zaïko Langa Langa avec l’ interprétation des titres des illustres anciens comme Bimi Ombale, Likinga Redo... Les "Lasers" avaient eu quelque mal à être parfaits, mais globalement ils ont été à la hauteur aux côtés d’ un irrésistible Adamo Ekula et d’ une arrière garde sûre constituée de Petit Poisson, Gégé Mangaya et du chef Jimmy Yaba. Les mélomanes avaient noté également le progrès sensible du batteur Alonzo qui s’ imprègne de plus en plus du style Zaïko. Le violoniste Leta, pour sa part, a subjugué le public et donné des gages de qualité pour "Empreinte" le disque à venir
Le show affligeant de Doudou
On retiendra malheureusement aussi de ce concert, la triste image que l’ atalaku
Doudou Adoula Monga a donné de lui : paupières lourdes, chancelant, incapable d’ articuler trois mots de suite, il n’ a pas cessé de contrarier le superbe travail de Bidjana et de Papy Cocson. Des animations à contretemps, des propos risibles, Doudou a fait la mouche du coche de la fable de La Fontaine.
Personne dans le public ne comprenait pourquoi Jossart et Jimmy Yaba n’ avaient pas cherché à mettre un terme à ce comportement qui cassait l’ ambiance, qui brisait à n’ en point finir l’ élan de ses jeunes collègues qui ne pouvaient cacher leur agacement et leur dépit.. Pire, cela semblait même amuser Jossart Nyoka Longo, mais en tout cas pas le public qui avait le sentiment qu’ on lui manquait de considération.
Dommage que Doudou ait montré ce visage qui ne lui correspond pas. Dommage pour cet artiste que je n’ avais pas hésité à présenter au public nantais comme « l’ atalaku le plus élégant de la musique congolaise », je ne faisais bien sûr pas référence à sa tenue vestimentaire, mais à sa façon de se tenir et de se conduire sur scène et en dehors. A sa décharge, il aura perdu sa lucidité et sa sérénité dans une stupide altercation qu’ il avait eue avant le concert avec les services de sécurité de l’ organisateur qui l’ avaient refoulé à l’ entrée parce que ne le connaissant pas !
Une organisation indigne de Zaïko
Il paraît que Zaïko veut se professionnaliser, mais au regard de ce qu’ on a vécu ce dimanche, ça n’ en prend pas le chemin. En plus d’ une publicité sommaire, le concert a commencé avec plus de quatre heures de retard, les cafouillages à l’ entrée n’ en finissaient pas, la presse invitée a dû patienter plus d’ une heure dehors, les musiciens pour accéder à la salle devaient être identifiés sur une liste écrite à la main au verso d’ un tract.
Certes, cela n’ est pas de la responsabilité de Zaïko, mais Jossart Nyoka Longo ne devrait plus accepter que son groupe soit produit n’ importe comment, car au final c’ est son image qui en pâtit en en faisant un orchestre de ghetto !
On retiendra enfin que LSC est en passe de devenir la place forte de la musique congolaise qui semble y installer ses pénates : le week-end dernier, elle y a drainé environ 1.200 personnes, soit 300 pour Koffi Olomide le samedi 24 juillet et plus de de 900 (pour une salle de 850 places) pour Zaïko Langa Langa.
(Pour voir d’autres images du concert CLIQUEZ ICI)
Article repris sur DigitalCongo
|