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Pour quelle raison le président d’une grande entreprise d’Etat peut-il faire un transfert de plusieurs millions de dollars sur un compte bancaire, simplement en réponse à un appel téléphonique dont le correspondant, à l’autre bout du fil, lui est totalement inconnu ?
Pour quelle raison un honnête citoyen d’un pays du tiers-monde n’hésite-t-il pas à corrompre un policier dans la rue, alors qu’il n’a commis aucune infraction ?
Au fond, dans les deux cas, c’est pour la même raison.
Quand, dans une société, les règles ne sont pas très bien définies, les citoyens se sentent coupables et leur attitude s’apparente à celle d’un homme obligé, malgré lui, d’exécuter l’ordre qu’on lui enjoint.
Dans cet univers, le mensonge et la conspiration ont force de lois. On assiste alors à l’apparition des aventuriers en tout genre. Celle-ci s’accompagne toujours de l’audace et de la peur. Deux vecteurs qui, par la force des choses, orientent tant le citoyen ordinaire que l’homme politique. L’audace pousse à l’abus, et la peur pousse à la paranoïa, la manie de la conspiration.
A la fin du dernier millénaire, l’Angola a connu un cas très insolite d’arnaque. Rassurez-vous, il y en a eu d’autres. Mais celui qui nous intéresse est une escroquerie qui illustre dans les moindres détails le comportement, durant ces trente dernières années, d’un pouvoir complaisant, défaillant et irresponsable. La duperie a coûté à l’Etat angolais, plus de cinq millions de dollars américains.
Le coup du Chinois : Un ministre dans le panier
Un Chinois, se faisant passer pour un homme d’affaires, lié à de hautes sphères de la finance internationale, téléphone un matin au ministère angolais des finances. Le dialogue, entre le prétendu homme d’affaires, bien qu’il soit un parfait inconnu pour le ministre, est empreint de cordialité et, est considéré du côté angolais d’assez opportun et presque d’une grâce divine. Un coup de téléphone qui tombe à point puisque les coffres de l’Etat, à cette époque là , sont vides. Le ministre des finances éprouve des difficultés à honorer plusieurs engagements de l’Etat. Pour cette raison, diverses opérations courantes sont mises en veilleuse et la possibilité d’une entrée des capitaux frais est une aubaine qui endort la vigilance du ministre. Un milliard de dollars américains frais. C’est inespéré. Le ministre n’a pas le temps de réfléchir ni d’évaluer les risques d’une telle opération. Il oublie toutes les précautions nécessaires pour une telle transaction. Dans l’illusion de montrer son efficacité et de présenter des résultats impressionnants au gouvernement et au Président de la République, s’il arrivait à apporter de l’argent frais dans les coffres de l’Etat, il fonce, la tête baissée, dans le panier. La proposition de « l’homme d’affaires » est alléchante. « Un milliard de dollars américains cash à prêter au gouvernement de l’Angola contre le dépôt, en cash de 5 millions de dollars américains ». Intéressant répond le ministre. L’opération doit avoir lieu à Hong Kong.
Le ministre sort de son cabinet, traverse la place Mutamba et se rend à la Banque Nationale de l’Angola (BNA), pour retirer le montant sollicité par le prétendu homme d’affaires et banquier. Le lendemain, le ministre embarque pour Hong-Kong avec les millions dans son attaché-case. « L’homme d’affaires » qui est au courant de son arrivée est venu l’accueillir à l’aéroport. Le premier contact est très chaleureux. A l’abri des regards, dans une luxueuse chambre d’hôtel, le ministre remet les millions à son « ami » inconnu. Résultat : en possession de l’argent, « l’homme d’affaires » chinois disparaît sans laisser des traces. Après quelques jours d’attente, le ministre se rend à l’évidence :le Chinois est un arnaqueur. N’est-ce pas incroyable ?
A son retour, le ministre n’ose pas informer sa hiérarchie. Un économiste angolais, qui s’était tu à l’époque pour des raisons de sécurité, avait eu vent de l’arnaque et affirme aujourd’hui que les dirigeants angolais, au sommet, étaient au parfum de la « burla ». « Tous savent, même le Président de la République, mais la vérité est que le ministre est un imminent membre du parti au pouvoir ». Quelques jours ont suffi pour effacer la faute. Et le ministre est de retour sur la scène politique comme si sa négligence n’avait rien coûté à l’Etat. Il n’y a eu aucune justification sur cette perte des deniers publics. Aujourd’hui encore, cette scandaleuse arnaque est étouffée dans l’Å“uf par le pouvoir. Le concerné n’est plus ministre, mais il continue d’occuper d’importantes fonctions au sein de l’appareil. Celle-là , on ne vous la racontera jamais.
Encore un Chinois
La Banque nationale de l’Angola, curieusement, sera victime ( ?) deux ans après le coup du ministère des finances, d’une autre arnaque montée par un autre Chinois venu de Hong-Kong. Cette fois l’escroquerie se chiffre à 3 millions de dollars américains selon le journal indépendant Folha 8. La technique est différente, mais l’objectif est le même. Pour donner plus de crédit à l’arnaque, la transaction se passe à Luanda. Le Chinois arrive à la Bna avec une mallette pleine de lingots d’or suffisamment vraisemblables pour convaincre le directeur de la banque à ouvrir son coffre et à lui remettre le montant exigé pour la « marchandise ». L’opération ne laisse aucune trace. Le directeur espère faire un gros bénéfice en vendant cet or. Quelle ne fut sa surprise quand il apprit que ces lingots étaient des faux. Triste constat. Encore un responsable en charge de la gestion des fonds publics arnaqués. La liste est longue. Le cas appelé : « le cas des 3 milliards », l’arnaque de la Taag charter, l’escroquerie de Enana et autres.
« Il se passe des choses incroyables à la Banque nationale », confie un fonctionnaire de la banque à un journaliste à Luanda. On ne croirait pas qu’il s’agit une Banque centrale. Parfois des millions de dollars sortent d’ici sans aucune explication. D’importants transferts sont effectués chaque mois pour l’achat des maisons à l’étranger. Tout cela sans aucune justification ». Les langues se délient.
Deux histoires vraies. Dans les deux cas, il s’agit d’une grossière dilapidation des fonds publics. Un crime prévu et puni par les lois en vigueur dans le pays. Aujourd’hui, le rappeler peut paraître dérangeant pour beaucoup. Ils préfèrent reconnaître, en privé, qu’il y a, depuis plusieurs années, de grosses défaillances dans la gestion de la chose publique. Le problème est que ce modèle de gestion est celui que les Angolais au pouvoir ont choisi. C’est celui qu’ils ont mis en place et c’est certainement celui qu’ils comptent utiliser après les élections. Ils ne se rendent pas compte combien les institutions sont viciées et corrompues. Ca, c’est une évidence. Il est donc urgent de repenser les méthodes car, il est plus facile d’écarter quelques gestionnaires que de trouver, dans le système, une volonté de discipline et de sacrifice. Une volonté capable d’enrichir l’Angola dans son ensemble et, avec un gouvernement populaire, capable de gouverner d’une manière transparente malgré la difficulté.
Si au plus haut niveau, il n’y avait pas cette complaisance que nous ne cessons de dénoncer, alimentée toutes ces années, comme s’il s’agissait d’un mérite, comment les gouvernants expliqueraient-ils l’impunité dont bénéficient les escrocs et les arnaques dont l’Etat est victime depuis l’accession de l’Angola à l’indépendance ?
L’artiste Sam Mangwana dans de mauvais draps
Aujourd’hui des Angolais ont pris la place des Chinois dans le domaine de l’escroquerie. La pratique s’est trop vite vulgarisée. L’implication de l’artiste musicien de renommée internationale, Sam Mangwana, dans une affaire d’arnaque aux voitures de marque Toyota-Prado, est très significative. Les informations, en provenance de Luanda, rapportées entre autres par l’hebdomadaire Angolense font état des sérieux griefs contre l’artiste musicien. L’intéressé, avec la complicité de son ami Juli, un Congolais de la RD Congo, se serait fait livrer, moyennant des chèques sans provision, quatre voitures de marque Toyota-Prado au vu et au su de tout le monde. Des voitures d’une valeur de 50.000 chacune qu’ils ont revendu, précise-t-on de même source, à 35.000 $. L’enquête en cours établira le degré de responsabilité de l’artiste dans cette odieuse arnaque. Mais, durant plusieurs jours, la presse écrite angolaise, à l’in star de tous les autres médias, ne s’est pas privée de faire écho du scoop. Elle s’est régalée au point d’attribuer à l’escroquerie un caractère politique. Mais ça, c’est une autre histoire !
La personnalité de l’auteur supposé a apporté du grain au moulin à la presse angolaise. Libéré sous caution, il reste à la disposition de la justice. Pour une fois que la presse a eu sous la main des arnaqueurs qui ne sont pas du parti au pouvoir, elle a stigmatisé le mal et appelé de toutes ses forces que justice soit faite pour servir d’exemple. L’impunité dont bénéficient ceux qui sont censés garder l’argent de l’Etat se transforme souvent en un vrai appel d’air. À l’image des deux Chinois, tout Angolais un peu dégourdi tente sa chance. Pourquoi pas ? ...On peut s’attendre à tout dans un pays quand les règles ne sont pas très bien définies....|
M’futila-na-Wembo / Veto.Muisi Nsi
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