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Avec un faible taux de croissance, des salaires à la fonction publique réduits à près de 75%, un endettement qui s’est amplifié au fil des années, une inflation rampante, le tableau économique du Cameroun est encore trop sombre pour qu’on puisse exalter les relations entre ce pays et les institutions de Bretton Wood. Et pourtant, la visite du Directeur Général du FMI à Yaoundé et Douala n’a pas laissé les Camerounais indifférents.
Les raisons de la venue de Rodrigo de Rato se situaient à deux niveaux : Il s’agissait pour lui d’inaugurer le centre régional d’assistance technique pour l’Afrique (Afritac) à Libreville devant desservir outre, les 6 pays de la CEMAC (le Cameroun, le Gabon, la Centrafrique, le Congo, le Guinée Equatoriale, le Tchad), le Burundi et la République Démocratique du Congo. Le Cameroun et le Gabon étant les deux pays les plus importants de l’Afrique centrale et se disputant le leadership dans la sous région, on peut comprendre pourquoi Rodrigo de Rato a choisi de visiter les deux pays pour un objectif principal. Ce centre régional est le troisième en Afrique subsaharienne après celui de Dar es Salaam et de Bamako.
Dans une tribune signée par Rodrigo Rato et publiée dans le quotidien gouvernemental Cameroon tribune , celui-ci explique , en ces termes, le rôle de Afritac : « Afritac interviendra principalement sous la forme d’appuis d’experts-résidents ainsi que de spécialistes en mission de courte durée dans les domaines qui relèvent de la compétence du FMI. Il s’agira notamment de la supervision bancaire, de la gestion de la dette publique, des dépenses et des recettes publiques ainsi que des statistiques macroéconomiques »
Il s’agissait aussi, pour lui, de passer en revue, en compagnie des différents acteurs de la vie économique du Cameroun, la situation économique du pays et d’explorer les champs dans lesquels devront désormais évoluer les relations entre son institution et son pays hôte. Même si Babissakana, expert financier et consultant dans plusieurs médias camerounais sur les questions économiques et financières ; dans une lettre ouverte adressée au Directeur Général du FMI ; estime que l’inauguration de Afritac est le réel motif de sa visite, on ne peut pas dire que le séjour de Rodrigo Rato ait été une sinécure. Dès sa descente d’avion, il a donné une conférence de presse où il n’a pas manqué de saluer l’atteinte par le Cameroun du point d’achèvement de l’initiative PPTE ( pays pauvre très endetté), atteinte du point d’achèvement ayant classé le Cameroun parmi les bons élèves des grands argentiers de Bretton Wood.
Mercredi, il a été reçu par le chef de l’Etat Paul Biya. L’échange entre les deux hommes était tant brodé de l’exigence protocolaire et de la prudence diplomatique qu’on a eu du mal à entrevoir les vérités de la coopération Cameroun-FMI. Le Directeur Général du FMI a ensuite échangé avec les hauts cadres de l’administration camerounaise, les membres de la société civile, du secteur privé, les représentants des institutions internationales et des organisations syndicales . Une occasion de mettre l’accent sur les défis qui interpellent le Cameroun après l’allègement de la dette multilatérale (l’atteinte du point d’achèvement a permis d’effacer 1400 milliards de francs CFA de dette). Pour finir, Rodrigo de Rato s’est rendu à Douala, la capitale économique, où il s’est entretenu au pas de course au salon d’honneur de l’aéroport de Douala avec le Gouverneur de la province du littoral et certaines hautes personnalités de la ville.
Il était 1 heure et 30 minutes quand le patron du FMI a quitté le Cameroun, laissant derrière lui un pays divisé entre ceux qui pensent, comme Paul Biya, que le Cameroun a besoin du FMI pour « asseoir les bases d’un développement économique vigoureux et durable » et ceux, comme Babissakana, pour qui le Cameroun est plutôt victime de l’ « impérialisme financier » du FMI qui impose aux pays pauvres « des financements sans portée d’efficience financière vérifiable ». |Mohamadou Houmfa (AEM)Yaoundé, Cameroun
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