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Evoquons à présent la compétition politique et électorale avec un sujet polémique et non moins important sur les origines controversées de Joseph Kabila. Quel jugement portez-vous sur cette question ?
On ne peut pas demander aux Congolais de ne pas exiger que celui ou celle qui sera élu ait des origines congolaises compte tenu de ce que nous voyons à travers le monde. Vous savez ce qui s’est passé en Amérique latine où un président japonais et un autre d’origine allemande ont abandonné leurs pays dans les conditions que tout le monde connaît. Et si nous voudrions, le problème ce n’est pas tellement d’être Congolais ou pas, le problème c’est d’avoir quelqu’un qui a l’amour du pays, quelqu’un qui veille sur les intérêts du pays, qui veille au développement du pays, au bien-être de la population.
Si je comprends bien, la question sur les origines de Joseph Kabila ne va pas faire partie de votre discours de campagne électorale ?
Ce n’est pas à mon sens une priorité. S’il s’estime Congolais, il n’y a pas de problème. S’il n’est pas Congolais, c’est là où se poserait un problème ! On pourra alors lui poser la question de prouver sa nationalité, car tout Congolais a le droit de prétendre à la magistrature suprême.
Les différentes enquêtes d’opinion donnent Kabila largement favori et la seule incertitude qui reste serait de savoir s’il gagnera au premier tour ou au second ? Dans ce cas de figure, seriez-vous prêt pour une alliance avec lui ?
Le problème de sondages c’est une question fort controversée partout. Il y a des hommes politiques qui manipulent les sondages. Il y a des gens qui organisent ces sondages là pour se positionner...
Vous voulez faire allusion notamment à Kin Kiey Mulumba responsable d’un journal et qui avait été ministre de l’information du dernier gouvernement de Mobutu dont vous étiez le premier ministre. Lequel Kin Kiey Mulumba était dans le RCD avant de se rapprocher ostensiblement de Kabila...
Effectivement c’est un ancien collaborateur qui a son journal et qui a écrit que Kabila réunissait 26 % des intentions de vote, ça c’est son point de vue ! On verra la réalité, on verra si les Congolais lui font confiance. Mais si jamais, il gagnait les élections, il faut reconstruire le pays et si on demande ma contribution, je verrais dans quelle mesure je pourrais apporter cette contribution pour le bien du pays.
Pourquoi ne faites-vous pas partie d’un parti politique ? pourquoi ne travaillez-vous pas avec les autres anciens collaborateurs de Mobutu ? Ils ne sont pas très fréquentables ?
Compte tenu des divisions et de ce qui se passe au pays, je ne voudrais pas créer un parti qui accentuerait encore les divisions qui existent dans le pays. Il y a plusieurs partis, des composantes chez nous... tout ça le pays est très divisé entre tendances entre partis, cela ne permet pas d’unifier le pays. Mon souci est d’unifier le peuple congolais, comment assurer l’unité du pays, comment mobiliser le peuple congolais. Tant que nous n’allons pas rassembler le peuple congolais, tant que nous n’allons pas mobiliser le peuple congolais, il n’y aura rien, le pays ne marchera pas.
Sur le déroulement des élections, pensez-vous qu’elles auront lieu dans le calme ?
Non je ne le pense pas dans la mesure où il y a beaucoup de contestations, beaucoup d’exclusions, beaucoup de fraudes, il y beaucoup de tricheries. Et ça, beaucoup de Congolais en sont conscients. Au Katanga, par exemple, on a découvert que 60.000 Angolais s’étaient enrôlés et c’est le consul angolais qui l’avait dénoncé. A Kinshasa 50.000, à Kisangani dans toute la province il y a de cas fraude. Vous vous rendez compte qu’aller aux élections avec de tels drames, je ne vois pas comment on peut espérer la paix. Nous risquons de verser le pays dans une crise très grave.
Le général Likulia aux côtés du Maréchal Mobutu en 1997 (photo d’archives)
Nous étions à l’époque onze candidats qui avions dénoncé le comportement de Malu Malu le président de la commission électorale parce qu’il y avait de nombreux cas de fraude. On a enregistré n’importe qui comme électeur. Nous avions dit tant que nous ne verrions pas la liste complète des électeurs, nous continuerons à contester la présidence de la commission par Malu Malu.
Evoquons à présent votre parcours. Vous êtes officier supérieur et l’opinion se moque de notre armée avec sa pléthore d’officiers qui n’ont jamais gagné une guerre, une bataille sans l’appui d’une armée amie.
Vous savez ceux qui disent cela ne connaissent pas la réalité militaire. Vous savez ici en Europe, dans les pays développés, on a été obligé de créer l’Otan. Pendant la deuxième guerre mondiale, il y a eu des alliances qui ont permis la victoire d’un camp. En Somalie, par exemple, en Corée, les Etats-unis n’ont pas réussi à gagner la guerre. Ce sont les alliances qui font qu’on puisse gagner la guerre. Notre armée est une armée efficace qui a formé beaucoup d’armées africaines, mais une armée qui vers la fin n’avait plus les moyens logistiques nécessaires parce que le pays n’avait plus d’argent. On avait, par exemple, une flotte des avions Mirage, mais il n’y avait plus moyen de les entretenir, de les maintenir. Il n’y avait plus de munitions. Alors dans ces conditions, l’échec était probable, était presque certain.
Notre armée, au point de vue organisationnel, était une armée efficace, une armée qui comportait des unités fortes, qui sont intervenues efficacement au Nigeria, au Tchad, un peu partout. Mais vers la fin compte tenu du fait qu’il n’y avait pas de suivi au niveau de la maintenance, au niveau de moyens, au niveau des équipements, ça s’est effrité. En plus la guerre, on ne l’a pas gagnée parce qu’il y a eu beaucoup de trahisons, même au plus haut niveau, beaucoup de gens ont trahi Mobutu, ils ont vendu des renseignements et même des équipements militaires à l’ennemi. En plus là , le contexte était national, beaucoup de pays ne voulaient plus de Mobutu, ils voulaient finir avec son régime, ce qui explique l’échec de notre armée.
Dernière question Général, que répondez-vous à ceux qui disent que les anciens collaborateurs de Mobutu sont entrain de s’offrir une virginité à peu de frais, sans un vrai repentir ?
Le général Likulia, sur cette photo d’archives avec Etienne Tshisekedi
Le repentir est quelque chose de normal. Moi-même le 22 avril à la Nsele et à la Fikin lors de ma déclaration politique, j’ai demandé pardon au peuple congolais, parce que dans ce monde il n’y a personne qui puisse se dire vierge et qui n’ait jamais commis de péché. Mobutu comme les anciens mobutistes ont certainement commis des erreurs, ils ne sont pas saints. Il y en a beaucoup qui demandent pardon, qui cherchent à redresser le pays. Ils ne sont pas revenus pour s’offrir une virginité, ils veulent tout simplement contribuer au développement de leur pays.
Merci d’avoir, Général. répondu à nos questions, bonne chance pour l’élection.
Merci à vous.
| Propos recueillis par Botowamungu Kalome (AEM /Jet FM)
* www.jetfm.asso.fr
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