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C’est ici que les " Mikouris *( les vieux), surtout ceux du « Tango ya ba Wendo » ( de la première génération des musiciens congolais) renouent avec le sens de la vie. Ils y trouvent la raison d’espérer, se réconcilient avec leur ville ; cette ville devenue Kinshasa, cité d’ordre et de désordre, foyer sans maître, cadre du laisser-aller où seule la musique paie de la sueur de son front pour projeter l’image symbole d’un pays. Ici comme ailleurs se tisse la « musicsociability », le lien par la musique. Celle-là même que viennent chercher chaque mercredi, ici au centre ville, hommes et femmes d’un certain âge et de certaines générations. Celles des années 50, 60,70 et 80.
Ici "chez Ntemba ", un homme a réfléchi pour récréer le lien par la musique. Il est plutôt de la génération Franco, pas trop loin des "wendovieux". Face au vent du changement, celui apporté par le clan Wenge, qui efface tout sur son passage si l’on y prend pas garde, celui qu’on a surnommé Vieux Mobe, fils du pays, Kinois de Kinshasa, a trouvé mieux et pour longtemps. Il programme par rotation, chaque mercredi, des membres des mutuels pour un pré enregistrement de l’émission
« Lipopo ya banganga » diffusée chaque samedi soir sur la TKM(Télé Kin Mlebo). L’audimat atteint par cette émission dépasse tout entendement, car un jeune de 20 ans qui voit son grand-père retrouver sa voix et sa joie de vivre à travers l’écran est tout ce qu’il y a de plus fascinant en ces temps où des jeunes porte-parole des orchestres entretiennent, à dessein, la confusion à la télévision pour promouvoir leurs stars et s’approprier l’histoire de la ville. Comme si rien n’a existé avant.
Ici chez Ntemba, on danse, on boit, on retrempe chacun dans ses souvenirs les intimes. Ceux qui vous collent à la peau. Plus qu’une fonction de divertissement, le lien qui se tisse ainsi entre un passé mémorable et un présent d’incertitudes a valeur de psychothérapie pour ces vieux qui ont accompagné la naissance d’une ville par la musique. Aujourd’hui, plus que jamais, l’émission "Lipopo ya banganga" ne ressemble à rien d’autre qu’à une école de l’éducation par le chant, la guitare et les paroles. Les récits de vie de ceux qui ont façonné la ville de Kinshasa par leur petite pierre apportée aux mÅ“urs réorientent les ardeurs jeunes et restaurent la vérité. Mais au fond, qui nie que nous leur devons tout, à ces "vieux", des dislocations aux polémiques. Mais aussi cette musique qui fait la fierté de la RD CONGO.
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