|
Cela ne lui a pas été facile cependant. La vie de comédien n’a point de répit. C’est une vie faite d’abnégation, de privations, de confiance en soi et en son partenaire, de courage et de sens d’improvisation...De son vrai nom André Luzubu Matafadi, Doudou Ngafura a eu la chance de se laisser forger entre les mains de grands artistes de la scène. Il a ainsi travaillé et retravaillé ses divers personnages. Notamment au sein du Théâtre National où il a joué dans "La secrétaire particulière", avec Kalend Yahw a Luil, Anna Kayembe, Nzundu Kikanda Bawi, Massambia, dans "On joue la comédie", "Muzang", "Le Cid", "La fille du forgeron"...puis au "Théâtre de chez Nous" aux cotés de Kwedy, Lipati, Ebale Mondial, Bebe, Mopepe Sukaina, Bomengo, Zeke, Monoko,
Mabele, Inga, Kokodioko...et finalement dans divers dramatiques télévisés tels que "33 ans na mikili", "lolango" et autres qui l’ont propulsé et qui ont fait sa forte renomée surtout à l’extérieur du pays.
Doudou Ngafura a travaillé avec
des grands metteurs en scène du théâtre dont Mobyem
Mikanza, Maitre Konzi Wa Tudu, Alain Moens, Balibuno Basengezi, Tshitenge
Nsana comme réalisateur de télévision... Voilà une étoile qui vient
de s’éteindre. Une étoile qui a fait la fierté du métier et qui
certainement a suscité beaucoup de vocations chez les jeunes.
Cependant, la mort de Doudou ( le 22 février à la Clinique Ngaliema, des suites d’une insuffisance rénale, ndlr.) nous ouvre sur une
problématique. Quel est l’avenir de l’artiste de théâtre congolais ?
Même si Doudou a été enterré avec pompe, cela n’est qu’une mascarade
car en général l’artiste de théâtre mène une vie paradoxale. Ayant
travaillé toute sa vie à faire rire, le voilà qui se prête à dormir
sur un grabat, avec quelquefois un morceau de pain dans la panse. Floué
par les nombreuses chaînes de télévision où il a fait la pluie et le
beau temps. Oeuvres piratées et vendues à l’étranger et souvent Ã
son insu. Il meurt pauvre, clochard, dans le dénouement et l’oubli le
plus total. Loin de ceux qui l’ont applaudi et aimé.
Il est temps donc qu’aujourd’hui les choses
changent. L’artiste de théâtre doit crier haut et fort pour se faire
entendre. Il doit aujourd’hui revendiquer ses droits au sein
d’une association sérieuse qu’il crée lui-même et dont il prend seul
la destinée. Le ministère de la culture et des arts doit cesser d’être
piloté par des inconnus, des paralytiques, des canards boiteux qui
confondent agriculture et culture. Il doit devenir un ministère qui
génère des recettes, qui doit permettre la visibilité du Congo culturel
et profond. Fini le temps où l’homme de théâtre croupissait dans la
misère la plus criarde sous la table du riche, se contentant des miettes
comme un chien. Il doit maintenant prendre conscience de son rôle,
revendiquer ses droits, s’asseoir sur la table du riche et traiter avec
lui en tête à tête. Le ministère de la culture et des arts doit
devenir une banque d’investissement pour les hommes de théâtre. Et
l’artiste, gérant de ses propres mises.
Doudou Ngafura est parti, une étoile s’est éteinte, mais une espérance
est allumée.|Jean Pierre Mukoko Kizubanata, Metteur en scène congolais /Nantes, France
A LIRE AUSSI SUR
Digitalcongo.net>>>
DOCUMENT VIDEO
L’ Hommage à Doudou Ngafura
|