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Tant que les images des 12 militaires de la bande du major Eric Lengearrêtés ne seront pas diffusées à la télévision, la rumeur d’un montage du scénario de coup d’Etat sera toujours entretenue dans les rues et salons huppés de Kinshasa. Les nouvelles des événéments de la nuit du 10 au 11 juin dernier ont été diffusées en boucle toute la journée de vendredi (11 juin)après une rumeur folle qui faisait état de l’assassinat du président Joseph Kabila. Ce dernier est apparu revêtu de sa tenue de militaire peu avant 12 heures pour donner la version « officielle » des faits et rassurer une population « désemparée » qui n’a plus le contrôle de son destin.
Pour la première fois, le numéro 1 de l’exécutif de la transition conglaise s’est exprimé en lingala, en plus du français et du swahili, sa langue maternelle pour apparemment être en communion avec une bonne frange de la population kinoise qui n’a cessé, lors des émeutes de la semaine précédente, de lui reprocher "sa passivité et sa complicité avec le régime rwandais". En substance, le message du chef de l’Etat congolais a consisté à retracer les circonstances de la tentative de coup d’Etat de la nuit du 10 au 11 juin derniers, à rassurer la population sur son état de santé, alors qu’il était annoncé mort, et surtout à démontrer qu’il est encore maître de la situation.
L’Amiral Liwanga qui l’a précédé dans la matinée a annoncé l’arrêstation de quelques-uns de vingt auteurs du putsch avorté dont la tête d’affiche, le major Eric Lenge en cavale, demeure introuvable. Il en est ainsi jusqu’à l’heure où nous faisons état de la situation trouble à Kinshasa qui s’interroge et perçoit le phénomène de coup d’Etat vécu comme un fait banal.
Les circonstances de l’événément
Jusqu’au 10 juin, Kinshasa débattait encore sur les événéments de l’est et ses retombées : la reprise, grâce à la diplomatie et à la réaction populaire, de la ville du Kivu par les troupes du général Mbunza Mabe, commandant de la 10ème brigade des Forces armées congolaises et les troubles survenus sur les campus universitaires et dans les instituts supérieurs du fait du partage de 10.000 dollars reçus sur ordre du président Kabila des mains du gouverneur de la vile de Kinshasa lundi au Palais de la Nation.
Depuis plusieurs jours, des coupures sporadiques de courant ont été constatées. Notamment entre 2 et 3 heures du matin avant le coup de force de vendredi à l’aube. C’est ce qui s’est également produit dans la nuit du 10 au 11 juin dernier, comme si l’on préparait la population à l’évidence.
A 2 heures 5 minutes du matin, le major Eric Lenge s’empare de la Radio télévision nationale congolaise (RTNC), lit son message qui remet en cause les institutions de la transition qui selon lui « ont échoué ». Il se retranchera avec sa bande au camp Tshatshi, à environ trois kilomètres du lieu du "crime" où il se fait encercler par les troupes loyalistes et d’où proviennent des tirs d’armes légères et automatiques. Il réussira à s’en tirer par la volonté des troupes loyalistes désireuses, raconte-t-on, d’éviter un bain de sang et de cueillir vifs les putschistes. Ces derniers ordonneront sur leur parcours la coupure généralisée de courant, feront le tour du rond-point SOCIMAT, du Palais de la Nation situé non loin du fleuve qui sépare Kinshasa et Brazzaville et par où ils pouvaient facilement s’évader vers Brazzaville. La bande se dirige vers l’aéroport international de N’djili, situé à 30 kilomètres du centre-ville et censé protégé par les troupes du camp CETA. A la tête de cinq ou sept jeeps - c’est selon - Eric Lenge ordonne que sa suite vire vers N’djili CECOMAF. Douze de ses hommes de mains sont signalés aux arrêts, lui-même porté disparu.
A Kinshasa, on attend voir ces insurgés de visu, l’évidence c’est que Kinshasa est, une fois de plus, dans la psychose des coups de force chroniques dont celui du 28 mars 2004 où des gens qui n’avaient rien à voir avec une tentative de coup d’Etat avaient été comme tels montrés à la télévion accréditant ainsi la thèse d’un montage grossier.
Selon certains analystes, parmi lesquels les « parlementaires débout » - ces leaders d’opinion dits « sentinelles de la démocratie » qui filtrent et répandent le message des acteurs politiques à travers les réseaux de leurs contacts sociaux - le coup d’Etat manqué serait "un montage maladroit du régime de Kinshasa qui se fragilise en voulant attirer la compassion de la population et l’attention de la communauté internationale après les événéments de Bukavu".
D’autres voix émettent dans l’optique d’une stratégie d’anticiper sur ce que l’entourage du Chef de l’Etat croit pouvoir potentiellement se réaliser après le coup du général Kunda.
En tout état de cause, loin d’envisager un tel scénario, c’est plus un pouvoir de Kinshasa qui perd petit à petit de sa capacité à gérer la transition en prêtant le flanc à toute sorte d’appétit de pouvoir nourri par les seigneurs de la guerre.
A qui profite le crime alors ? Aux caciques du Mobutisme ? Cela paraît non évident quand on sait que le major Eric Lenge, un des éléments des troupes d’élite commises à la sécurité rapprochée de Joseph Kabila au sein de la GSSP, l’équivalent de la DSP sous Mobutu, est un illustre inconnu. Les souvenirs de ses apparitions publiques remontent au 17 mai 2002 - lors du 5ème anniversaire de la prise de Kinshasa par feu Laurent Désiré Kabila - où il a été vu aux côtés du président Kabila en pleine parade militaire. C’est un swahiliphone qui a tout l’air d’un jeune homme sans ambitions.
Les ex-amis de feu Laurent Kabila autour du chef n’ont que faire d’une éviction de Joseph Kabila d’autant plus qu’ avoir le fils au pouvoir c’est un peu avoir le père assassiné.
On est encore loin d’envisager un coup monté par le téméraire régime rwandais qui réussit toujours à infiltrer les siens parmi les Congolais pour s’assurer du contrôle de la RDC sous des prétextes sécuritaires et génocidaires. Qui donc aurait pu inspirer ce coup ? C’est peut-être ce qui se dira au Palais du peuple dès 13 heures, à l’occasion d’une session extraordinaire qui entendra le ministre de l’intérieur, le chef d’état major des Forces armées congolaises, le vice-président chargé de la commission défense et sécurité et le ministre de la défense.
Serge Makobo, en direct de Kinshasa
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