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En Afrique, l’élection d’Ellen Johnson Sirleaf à la présidence du Liberia est une avancée significative comme elle l’a déclaré elle-même devant ses partisans en liesse : « Nous avons brisé le plafond de verre, j’espère désormais que les femmes saisiront cette occasion pour participer activement aux affaires civiles et politiques ». Mais cette élection ne devrait pas être l’arbre qui cache la forêt comme le souligne Annie Carmen Nsimba, une jeune enseignante, de Kindounga : « C’est une nécessité pour les femmes de réclamer leurs droits. Nous devons changer la conception que les hommes du village ont sur les femmes, mais elles-mêmes doivent en premier connaître leurs droits et les revendiquer ».
La jeune institutrice sait de quoi elle parle puisqu’elle a été, comme l’ensemble de la population du village de Kindounga, situé au sud-ouest du Congo, témoin d’une scène de machisme édifiante. Un quinquagénaire, appelé respectueusement Vieux Tawou, criait à tue tête à un médecin : « C’est ma femme. C’est ma vie. C’est le moteur de ma vie. Je vous en prie guérissez-la, car je ne pourrais pas vivre sans elle… ». Propos très touchants et pleins de tendresse sauf que le vieux Tawou est réputé pour sa violence à l’égard de sa femme et répète à l’envi que la femme ne vaut que par sa fonction de procréation, qu’elle ne doit jamais hausser le ton devant un homme et que la sienne était sa propriété.
Mais ce jour là , désemparé, il se laissa aller à cette confession : « La femme est une ouvrière silencieuse dans la vie. Ce que je suis, c’est elle qui en est l’artisane… ». Cette réalité n’est hélas pas un cas isolé à Kindounga où l’on peut observer que quand un couple va au champ, c’est la femme qui travaille plus. Au retour c’est elle qui transporte dans son panier des aubergines, des tubercules, des arachides et un fagot de bois sur la tête. Le mari très souvent ne soulève qu’un bidon vide accroché à un long bois.
Une fois à la maison, elle ne s’accorde pas de répit, prend une cuvette et s’en va puiser de l’eau. Pendant ce temps, le mari est généralement devant un feu assis sur une chaise, en train de guetter avec intérêt les ignames qu’il avait enfoncées sous les charbons. Le travail de la femme va continuer avec la préparation des mets du soir pour toute la famille. Et ce n’est sans doute pas au lit qu’elle va se remettre de ce dur labeur. En ville, la mentalité n’est guère meilleure, quand la femme s’adonne aux travaux ménagers, le mari est assis confortablement dans son fauteuil entrain de zapper sur plusieurs chaînes de télévision ou parfois en train de lire un journal. Et dire qu’il se trouve encore des hommes pour penser que c’est dans l’ordre des choses comme cet ami, Eugène, qui osa cet argument : « C’est normal qu’elle travaille ainsi… Dieu l’a faite ainsi »| Fresnel Bongol Tsimba, Correspondant permanent ( AEM ), Congo-Brazzaville
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