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Nana Lukezo ennoblit la musique chrétienne, pourvu que…
lundi 18 juin 2007 Botowamungu Kalome (AEM)
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Jésus-Christ a intérêt, avant de revenir sur terre pour chercher ses fidèles le jour de l’enlèvement, à bien apprendre le lingala. Sinon, il pourrait confondre des concerts de louanges avec ceux de Wenge Musica ou de Quartier Latin. Des millions de chrétiens congolais pourraient ainsi rater l’ultime voyage pour la vie éternelle. En même temps c’est un peu sa faute à Jésus : quand il entrait à Jérusalem sur un âne, qu’est ce qui lui avait pris de dire aux Juifs : « Si vous empêchez le peuple de chanter pour moi, mon père fera chanter les pierres » ! Voilà que c’est fait maintenant en RDC. Nous voilà donc dans un sale pétrin, incapables de distinguer Pesa munu passage de Swede Swede, L’Or Mbongo de Tshala Mwana, ou encore le Carlyto qui avait chanté « Maya » de celui qui a interprété « Azali nzambe ».


Bon je reconnais que j’exagère un peu, juste un tout petit peu. Je force un peu le trait, mais c’est la faute à Nana. Ce n’est pas le petit nom d’une copine, d’une petite amie, mais d’une chanteuse qui s’appelle Nana Lukezo que je viens de découvrir à travers un album empli d’une fraîcheur et d’une cohérence qui rassurent. Il resterait, apparemment, encore à Dieu des chantres, des vrais qui ne vont pas chercher des « atalaku » pour le glorifier dans des chansons pleines d’inepties ou vides de tout sens. Comme si la seule évocation de Jésus dispensait ces musiciens d’un minimum de cohérence, de lucidité et de maturité. Quand j’entends, Micheline Shabani chanter que Dieu donne des enfants même aux femmes dépourvues d’utérus ou encore Frère Patrice, excellent dans ses chansons ; mais tellement nul et hors sujet dans ses commentaires, j’ai envie de nous prescrire tous une cure des chansons de Nana Lukezo. Peut-être pas toutes les chansons.

Nana Lukezo chante si bien son Dieu…

Dans son dernier album « Le chant de mon cÅ“ur », Nana Lukezo conserve au chant religieux sa gravité, sa solennité et ne chante pas Dieu ou Jésus comme Djo Nolo chanterait « Mansanga » ou « Fatuma Bineta », ou comme quand Luambo célébrait Mobutu dans ses chansons. Ses textes ne sont pas des emprunts abusifs des versets bibliques accolés les uns aux autres sans lien logique. Avec ses mots, simples, justes et bien pesés, avec des accents d’authenticité qui dégagent un sentiment de pureté dans l’expression de sa foi et de son talent, Nana Lukezo chante tellement bien son Dieu… Du talent cette fille, je veux dire cette jeune maman, en a et en use intelligemment. Dans ses chansons « Elikya na ngai », « La joie dans mon cÅ“ur », « Yesu na ngai » et « Mushlaluji ya myanda », Nana Lukezo fait la démonstration qu’on peut faire une musique religieuse avec entrain sans emprunter au ndombolo ou recourir aux atalaku. Bien plus, dans les titres « Libre » et « Un soir de printemps », elle fait étalage d’une capacité étonnante à chanter merveilleusement bien dans plusieurs registres.

Nana Lukezo gagnerait cependant à ne pas s’éparpiller dans moult styles, elle ne perdra pas les mélomanes mais s’y perdra elle-même. La chanson « Yahwé azali mokonzi » qui ouvre son CD est décevante. On a l’impression d’écouter une préadolescente qui s’essaye au R’nB. « Le rocher des âges », « Natieli motema » et « Na beleli yo nkolo » semblent du même tonneau. Mettre alors « Yahwé azali mokonzi » en premier n’est même pas une mauvaise stratégie commerciale, parce que ce n’est pas une chanteuse qui cherche obstinément à vendre, mais ça a l’air d’une faute de goût. Mais au delà de cette erreur largement excusable qui ne diminue en rien la grosse valeur de l’album, j’ose affirmer que Nana Lukezo avec Angèle Miezi sont deux chanteuses qui essayent avec simplicité, humilité et surtout talent de redonner à la musique chrétienne ses authentiques lettres de noblesse. Botowamungu Kalome (AEM)

Le Blog de Nana Lukezo : http://www.wat.tv/lakaza


 
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