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Etats-Unis d’Afrique : Mettons nos tares et nos faiblesses ensemble, ça ira mieux !
lundi 9 juillet 2007 Botowamungu Kalome (AEM)

Les 53 États africains souhaitent se doter d’un exécutif, un gouvernement commun dont la mise en place illustrerait leur détermination à se constituer en un bloc politique, culturel et économique qui ne serait plus sous le diktat des puissances occidentales. Le sommet de l’Union africaine qui s’est tenu du 1er au 3 juillet derniers à Accra (Ghana) devait, en effet, décider de la mise en place de ce gouvernement supranational. La Libye et le Sénégal en ont demandé la mise en place immédiate, tandis que l’Afrique du Sud, l’Egypte et la RDC ont défendu une approche graduelle dont l’exécutif serait une sorte d’aboutissement logique, naturel.


Le sommet « fondateur » d’Accra a naturellement accouché d’un des ces désaccords familiers à l’organisation ou si vous voulez, d’une non décision qui est devenue quasiment la marque de fabrique de l’Union africaine. Face à cet échec, certaines interrogations s’imposent : S’agit-il d’une initiative réfléchie, patiemment conçue et élaborée ou une sorte de mimétisme fruit d’illumination de certains chefs d’États en mal de légitimité internationale ? Quant aux présidents pressés de ne pas concrétiser ce projet, seraient-ils génétiquement frileux ? jaloux de leurs prérogatives ? ou simplement échaudés par leurs pairs au verbe fécond, parfois brouillon ou friands d’effets de manches qui n’ébranlent personne au delà du périmètre de leurs palais ?

La politique, je la conçois comme l’art de rentrer les utopies dans le champ des possibles, comme catalyseur des intelligences et des énergies nécessaires pour donner corps à un rêve, à un idéal. Objectivement, pour évaluer un projet politique, on doit analyser sa pertinence, le contexte dans lequel il est appelé à se réaliser, les moyens d’actions de ses initiateurs et sa capacité à surmonter ou à se jouer des réticences et des résistances. Autrement, ce n’est pas inintéressant de compléter son analyse en se penchant sur la qualité et la crédibilité de ceux qui portent l’idée.

La constitution d’un gouvernement africain est nécessaire, car cela voudrait dire que l’Afrique a compris qu’elle ne survivrait dans une économie mondialisée qu’en se présentant en un bloc impossible à diviser. Mais, l’approche adoptée par Mouammar El Kadhafi et Abdoulaye Wade a la faiblesse de présenter incidemment ce futur exécutif comme un moyen. Ce n’est pas un gouvernement africain mis en place qui accroîtrait l’influence du continent africain, mais la conscience d’une communauté de destin et la volonté de faire converger les intérêts nationaux vers des ambitions régionales, continentales. L’Afrique sera écoutée, respectée quand elle sera en mesure au minimum de résoudre souverainement ses conflits ethniques, nationaux et régionaux. Comment l’Union africaine pèserait-elle sur les négociations de l’OMC, comment bousculerait-elle l’ordre établi au Conseil de sécurité de l’ONU si elle est incapable de résoudre seule les conflits des grands lacs ? la crise du Darfour ? le conflit centrafricain ? la crise tchadienne ?

Et Quid de l’exemplarité ? Comment adhérer à une idée portée par Kadhafi et Wade qui ne sont pas des modèles de démocratie ? Kadhafi aurait été plus crédible si ses pétrodollars étaient injectés d’une manière massive et intelligente dans une économie africaine anémiée. Aussi, connaissez-vous une seule guerre civile en Afrique où les pétrodollars libyens n’aient été présents ? Et que penser du fait que le président libyen se soit rendu à Accra avec une délégation de 1.500 personnes et qu’il n’ait même pas daigné participer à la cérémonie d’ouverture bien qu’étant déjà présent à Accra ?

Quant à Wade, prions pour que sa conception de la démocratie et du pluralisme politique ne déteignent pas sur d’autres dirigeants africains. Et ce n’est pas parce qu’il a été réélu faute d’une opposition crédible qu’il va nous faire oublier que « son » Nepad reste juste une vue d’esprit intéressante. Et comme l’arrogance est une maladie contagieuse en politique, son ministre des affaires étrangères a cru bon vanter une prétendue puissance sénégalaise en déclarant : « Si le Sénégal veut construire cette union avec deux, trois ou quatre autres nations, il n’y a pas un seul pays dans cette salle qui soit assez puissant pour l’en empêcher ». Ils peuvent donc y aller et ça donnera des Etats-Unis d’Afrique qui iraient de la Casamance à Rufisque et de Touba à Dakar.

De l’autre côté on ne peut se rallier au défaitisme de ces dirigeants qui voient dans le projet des Etats-Unis d’Afrique « un rêve noble mais irréaliste » même s’ils se réfèrent à « des décennies de guerres, de coups d’État et de massacres perpétrés sur le sol africain depuis le tracé artificiel des frontières pendant et après la colonisation du continent ». Nous serions plus enclin à adhérer au bon sens et à la pondération du ministre congolais des affaires étrangères Antipas Mbusa qui estime que les États d’Afrique doivent d’abord relever le défi de leur existence en tant que nations pour que l’idéal des Etats-Unis d’Afrique soit atteint. Autrement dit, ce n’est pas en additionnant leurs faiblesses et en s’accommodant de leurs crises récurrentes que les États d’Afrique deviendraient plus forts.|Botowamungu Kalome(AEM)

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