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Paul Biya a consacré le tiers de son discours rituel de fin d’année à justifier une éventuelle révision de la constitution. Pour lever toute équivoque sur ses intentions, il a déclaré : « Nous allons donc, dans cet esprit, réexaminer les dispositions de notre constitution qui mériteraient d’être harmonisées avec les avancées récentes de notre système démocratique afin de répondre aux attentes de la grande majorité de notre population. » Du coup, des réactions ont fusé de toutes parts. John Fru Ndi, le leader du principal parti de l’opposition a invité les Camerounais à se lever comme un seul homme pour s’opposer à ce projet. Hilaire Kamga, secrétaire Général du Réseau Francophone des Droits de l’Homme, dans sa lettre ouverte au président Biya écrit : « Je me demande, à la vérité, comment le citoyen peut-il accepter des vÅ“ux prononcés pour conclure un discours entaché de contrevérités, d’incongruités et même de défi au Peuple souverain ». Pour Maître Bernard Muna, Président de l’Alliance des forces progressistes (AFP) « La pire des choses, c’est quand un dictateur pense qu’il est indispensable »
Quand Biya avance masqué
Cette déclaration semble être une légitimation médiatique de la démarche entreprise par Grégoire Owona, Françoise Foning et Ferdinand Ndinda, cadres du parti au pouvoir qui réclament une révision de la constitution afin de permettre au président Biya de briguer un troisième mandat en 2011. Lors de son passage sur France 24, Paul Biya est resté énigmatique en déclarant : « Le Cameroun a vraiment d’autres problèmes à résoudre que celui-là mais je laisse ceux qui veulent ouvrir ce débat. Parce qu’il y a aussi des gens qui disent que, pour assurer la continuité, il faut que le président se représente. Je laisse le débat se dérouler mais pour le moment, la constitution ne me permet pas un troisième mandat et je sais aussi que les constitutions ne sont pas faites ne varietur, le peuple lui-même détermine ce qui est bon pour lui, alors nous sommes à l’écoute, mais je somme mes compatriotes de s’atteler à des tâches plus urgentes. »
Le 31 décembre 2007, le président camerounais précisait un peu plus sa position : « De toutes nos provinces, de nombreux appels favorables à une révision me parviennent. Je n’y suis évidemment pas insensible. »
Une révision sur mesure ?
Les pressions pour la révision de ce fameux article fait débat car plusieurs autres dispositions de la constitution ne sont toujours pas appliquées tel l’article 66 qui exige que : « Tous les gestionnaires de crédits et des biens publics, doivent faire une déclaration de leurs biens et avoirs au début et à la fin de leur mandat ou de leur fonction… ». En outre, les institutions comme le conseil constitutionnel et le sénat ne sont toujours pas opérationnelles.
Pour faire face aux critiques qui fusent de partout, les éminences grises du pouvoir évoquent désormais « un toilettage global » de la constitution. S’il venait à décider effectivement la révision de la constitution, Paul Biya pourra choisir entre l’option référendaire et l’option parlementaire. L’option parlementaire devrait emporter son choix car son parti y est largement majoritaire avec 153 députés sur 180. Le secrétaire général du RDPC a d’ailleurs annoncé la couleur en réunissant il y a quelques semaines des députés de son parti à qui il a déclaré : « Il est vrai qu’en vous accordant leur suffrage, c’est au RDPC et particulièrement à son Président National, Son Excellence Paul Biya, que vos électeurs ont témoigné leur soutien et leur confiance ».
Le débat autour d’une éventuelle révision pourrait déborder l’opposition entre partis politiques et gagner la rue où comptent s’exprimer, avec véhémence, différents mouvements sociaux et politiques opposés à cette éventualité. L’on parle même d’une invasion du Parlement le jour du débat sur cette révision. L’échéance est relativement lointaine mais l’opposition semble déjà lancée pour un tour de chauffe.|
Mohamadou Houmfa (AEM), Yaoundé, Cameroun
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