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L’Appel de Londres : Ma réponse à Nicolas Sarkozy (suite et fin)
lundi 10 mars 2008 Mamadou Ly*

PACTE DANS LA DIALECTIQUE DU FAUX

Chères Élites Africaines, Cher monde,

Le fauve qui sommeille dans le faux a faussé les règles à la base. Le faux qui émane du fauve a parachevé les schémas scélérats des fossoyeurs du sort des millions. Privatisations bâclées, concédées aux amis sans appel d’offres, sans libéralisation préalable des secteurs privatisés, sans transparence pourtant vitale à la norme basique de la bonne gouvernance.

La rescousse africaine est venue conforter les grandes stratégies de mise à terre des schémas détournés au profit des « initiés » et en défaveur du privé local. Encore, l’on a écarté cet embryonnaire semblant de dynamisme des affaires du privé local au profit du rapatriement des profits sub-normaux réalisés pourtant avec très peu d’investissements, voire sans investissements conséquents du tout.

Monnaie et pacotille. Schéma affairiste des rescapés du pire. Fanfares ronchonneuses et ronflantes pour si peu. Tentatives de mystification sans pour autant avoir conçu ou créé la moindre norme pour sortir du marasme perpétuel des populations laissées aux orties. Tout ça, pour encore venir vendre des illusions aux populations fatiguées, exsangues, sur fond de pacte avec autrui, entrepris dans son dos, parce qu’on s’est érigé au dessus du mandat d’un peuple qui ne vous a justement pas mandaté pour parler en son nom. Mais, messieurs, pour qui vous prenez-vous pour aller signer des pactes du diable en notre nom sans notre mandat exclusif à cet effet ?

Qui vous donne le droit d’aller promettre monts et merveilles aux partenaires « privilégiés » de nos pays avant même que nos peuples ne vous élisent ? Voici le drame de l’Afrique. Le pacte colonial d’hier, si besoin en est, a déformé la trajectoire de notre parcours, parce que faussant à la base les fondamentaux de tout partenariat qui vaille. Les réflexes d’hier doivent cesser parce que les Africains n’y ont pas trouvé leur compte.

Le survol des futilités pour expliquer le sort du continent n’a que trop duré : parlons maintenant du panorama des subtilités. Qu’est ce qui justifie encore les «  Accords secrets » si ce n’est la duplicité des accordéons ? Qui peut encore expliquer aux populations africaines qu’à l’âge des technologies de l’information, il puisse encore exister des accords signés en leur nom auxquels ils n’ont pas accès ?

On chante, pourtant et partout, l’hymne à la démocratie, sans pour autant se soumettre à la rigueur de la comptabilité de nos actes de politiciens élus, usurpés ou aspirants. Le rêve des élites devient alors le cauchemar des populations hagardes et désespérées. Et on arrive encore à dormir, au moment où on sait que le nouveau-né manquera d’aspirine pour calmer sa douleur initiale, condamné d’avoir fait le choix à la vie, sans y être consulté. Cet enfant dont la probabilité de fêter son cinquième anniversaire est égale à sa chance d’avoir vu le jour par rapport à la position de ses géniteurs sur la courbe de Lorentz.

La dialectique du faux est finalement bien celle du fauve, dévoreuse des espérances et répugnante à tout point de vue. Arrêtons donc ce cirque des perrons, messieurs !

Monsieur Sarkozy, cette Afrique des perrons que vous affectionnez tant se conjugue désormais au passé. Vous avez raison : notre sort est entre nos mains. Raison de plus de vous demander de faire partir vos militaires de notre continent. L’Afrique profonde, celle que je connais, ne veut pas d’une renégociation des accords de défense, elle aspire à la neutralité militaire sur sa terre. Elle ne veut d’aucune armée étrangère sur son sol parce qu’elle est souveraine.

L’Afrique que je sens au plus profond de mon âme ne veut plus de l’arrimage du Franc CFA à l’Euro via le défunt Franc Français avec ses comptes d’opérations auprès du Trésor Public Français. Quelle aberration monétaire ! Qu’est-ce qui nous lie économiquement et géographiquement pour que notre pseudo monnaie soit sous le couvert de la vôtre ? Dites-le moi Monsieur Sarkozy !

Notre continent est une terre d’avenir. Un continent dont la capacité à juguler ses défis dépend intrinsèquement de la facture de ses hommes et de ses femmes, mais surtout de la vision de ses leaders politiques et de son capital humain. Qui n’aurez pas voulu avoir le sous-sol africain ? Sûrement pas la France qui s’y maintient aux forçats ! Regardez le cas ivoirien : vous y avez déployé le plus grand contingent militaire dans l’Histoire de la France au monde. Même Napoléon n’a pas fait pareille malgré son impérialisme avéré ! Pourquoi ? Je laisse aux Africains le soin d’y répondre.

Chère Afrique, mes chers frères et mes chères sœurs,

Reconfigurer la dynamique du développement africain devient pour nous une nécessité incontournable si nous voulons transformer cet extraordinaire atout qui constitue le socle même de notre déploiement continental dans un espace géographique où nous dominons notre foi pour une Afrique qui brille de milles feux.

Nous rêvons d’un continent moderne qui maîtrise la trajectoire de ses aspirations. Nous pouvons simplifier nos attentes en les transformant en fuel de la projection d’un futur prometteur. L’Afrique est un idéal pour les Africains. Elle a les moyens de son rayonnement à condition que nous demeurions courageux.

Ni la France, ni les institutions internationales, ni encore moins les divers partenaires au développement n’ont jamais développé un pays. Le système de ces rapports est justement établi de sorte que, dès lors qu’on en dépend, on en devient tributaire, donc confiné dans le cycle de cette dépendance qui justement n’est le propre que des peuples arriérés et aliénés.

Il nous faut vite sortir de cette logique de l’assistanat intéressé, qui, en réalité, n’est qu’un vaste marché des dupes dans lequel nos peuples sont confinés à perpétuité. Il nous faut penser et innover. Il nous faut être courageux car seul le courage libère. L’Afrique n’a besoin de la tutelle de qui que ce soit. Et les crises et guerres suscitées ailleurs que nous avons vécues dans notre chair en sont les preuves les plus tangibles.

Chère Afrique,

Avec moi, je vous invite au rêve. Le rêve de notre autonomie et de notre indépendance économique et politique. Nous sommes souverains. Nous sommes libres. Libre de nous développer, libre de choisir les partenaires qui sont les plus aptes à nous accompagner dans notre développement.

Mais pour être vraiment libres, il est indispensable de contrôler nos grandes orientations politiques et économiques, sans quoi, aucun développement digne de ce nom n’est possible.

À travers le Plan de Développement Général que nous entendons proposer prochainement à l’Afrique tout entière, nous allons détailler les stratégies à mettre en place pour acquérir cette liberté légitime et restaurer notre dignité bafouée.

Nous vous expliquerons par exemple comment la largeur de nos réserves en devises étrangères pourraient affiner notre habilité à manipuler les taux de change de nos monnaies mais aussi les revers en terme de coût opportuns, les coûts dits quasi-fiscaux qui constituent l’écart des atouts à faible rendements détenus par les gestionnaires patrimoniaux et le coût moyen de la dette interne qui est endorsée par nos gouvernements.

Comme vous le savez, les gouvernements comme les nôtres souffrent de pertes dues à la gestion des réserves monétaires en devises qui sont, par essence, purement fiscales. Cependant, les contre-performances fiscales existent même en l’absence de crise monétaire. Le cas de la zone Franc CFA (UEMOA, CEMAC) en est un exemple patent car en dépit de sa détention d’une quantité importante de réserves en devises étrangères, notamment en dollar US, nous faisons défaut d’une véritable panoplie d’atouts financiers, mobiliers et immobiliers. Par conséquent, nos monnaies, dans leur configuration actuelle, resteront perpétuellement contre performantes au motif que nous n’en contrôlons pas l’orientation politique.

Mes chers frères et sœurs d’Afrique, la monnaie d’une nation demeure son principal outil de développement. Sans une monnaie souveraine, tout effort de développement serait tiré vers le bas par ceux-là même qui contrôlent notre monnaie. Nous pouvons comprendre que les Présidents Houphouët et Senghor aient confiés la gestion du FCFA à la France au moment des indépendances. Mais cette vision n’est plus à l’ordre du jour cinquante ans plus tard.

Nous devons nous désengager du schéma ancien et nous tourner vers ce qui arrange nos populations, à savoir créer notre propre monnaie africaine avec ou sans l’accord des donneurs de leçons.

Nous en avons l’expertise, nous en connaissons les mécanismes et nous pouvons le faire en un temps record.

Les grands enjeux de l’heure pour le développement de notre continent s’articulent autour de la stimulation de la demande de notre marché domestique, sous régional et continental ; de la stimulation de la production et de la productivité de nos richesses nationales ; de la mise en place d’un mécanisme innovateur de la relativité des prix des biens et services ; de la restauration de l’imperfection des données statistiques en affinant une politique anti-inflationniste avant-gardiste à travers les effets de catalysâtes monétaires de change en réserves étrangères sur le court terme par anticipation pour les mêmes effets sur le long terme.

Nous irons plus loin en affirmant que nos réserves sont des indicateurs importants en terme de démonstration de l’habilité de la solvabilité des emprunts externes, de l’habilité de la défense monétaire et devraient être utilisés pour démontrer les rating de crédit de nos nations, la propulsant ainsi directement dans le concert des économies hautement organisées.

L’Afrique n’attend rien de vous, Monsieur Sarkozy, pour la simple raison que vous n’avez réellement pas grand-chose à lui offrir. L’aide au développement que la France lui accorde est dérisoire comparée à ce qu’elle en tire. Gardez donc votre carotte, car l’Afrique arrosera désormais son propre potager ! Je vous promets que nous nous tournerons sur nous-mêmes et vers d’autres horizons pour nous en sortir.

Vous plaidez pour un ensemble Afrique/France fort ? Laissez-moi vous dire ceci. L’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) est le cadre mondial pour règlementer le commerce et les échanges mondiaux et l’Afrique ne devrait accepter qu’aucune autre association de pays, fut-elle l’UE ou la France, ne se substitue à ce cadre mondial pour venir lui proposer un marché de dupes par la porte de derrière. L’OMC ainsi que toute l’Afrique doivent donc attirer l’attention de l’UE et surtout celle de la France sur l’illégalité et l’indécence de son action envers les petites nations démunies qui n’ont pas suffisamment de gabarit pour se faire entendre. On doit sortir de la connivence de l’oppression commerciale imposée au continent africain par une action concertée de refus collectif et non négociable.

Enfin, l’Afrique, pour une fois, doit accepter le sacrifice de se voir « fermer » le marché français en lieu et place du refus de sacrifier sa future génération contre une supposée aide européenne dont elle n’a nullement besoin. Fermer le marché européen ou français à l’Afrique, c’est aussi lui ouvrir d’autres marchés aussi porteurs sinon nettement plus avantageux. L’Afrique a besoin de compétitivité, de compétition, de la concurrence, de l’ouverture de ses marchés vers des horizons plus prometteurs et de sa capacité d’orienter ses choix commerciaux sans restrictions dans un monde en pleine mutation.

Plus que jamais, il est opportun aujourd’hui de remettre en cause la lettre et l’esprit de toute forme d’accord UE-ACP de type APE et de se tourner vers le cadre mondial qu’est l’OMC pour une harmonisation à l’échelle planétaire, sans préférence aucune. Cette responsabilité incombe à nos dirigeants mais aussi à nos intellectuels et technocrates ainsi qu’à l’ensemble de nos populations qu’il faudra éduquer, former, soigner et en faire les vecteurs du développement décomplexé d’une Afrique nouvelle.

La question n’est pas de savoir si l’accord proposé est équitable ou de réclamer un nouvel accord de type APE mais plutôt de changer complètement de direction en s’interdisant toute forme d’accord en dehors de l’OMC.

Monsieur Sarkozy, votre pitoyable discours de Dakar reflète toute la pauvreté de votre âme ainsi que l’étendue de votre inculture. En attendant de vous voir un jour tenir un tel discours à l’Université d’Abidjan-Cocody, en Cote d’Ivoire, sur ma terre natale que votre pays tente de déstabiliser afin d’y maintenir son joug vomi par nos populations, je vous exhorte à plus d’humilité et au respect de l’Afrique.|Mamadou Ly*

 [1]


 
Notes:

[1] *Mamadou Ly, Président Directeur-Général,

Lyscale Riskgrade & Lybrosis Capital Bank,

Londres, Royaume-Uni

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