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Répression chinoise au Tibet : les Africains doivent sortir de leur mutisme
lundi 7 avril 2008 Rodrigue Kpogli

Depuis quelques semaines, les Tibétains profitent de l’organisation des jeux olympiques à Pékin pour revendiquer le respect de leur culture de la part de la Chine. Pour mémoire, en 1949, l’armée chinoise de Mao ZeDong envahit le Tibet et contraint la petite armée tibétaine à la reddition et à signer le 23 mai 1951, un « Accord en dix-sept points », reconnaissant que le Tibet a toujours fait partie de la Chine. En 1959, le Dalaï-Lama s’exile et renie ce traité. À partir de ce moment, la Chine va déployer une terrible machine afin d’anéantir toute velléité de résistance : écrasement de la culture tibétaine (pillage et destruction des monastères), persécutions et assassinats des religieux (moines), stérilisation des femmes... En 1989, le Dalaï-Lama reçoit le prix Nobel de la paix, des émeutes à Lhassa se terminent dans le sang et la loi martiale est déclarée. En 1994, posséder une photo du Dalaï-Lama est interdit et la répression est accentuée. Bref, en 60 ans, environ 2 millions de Tibétains (le quart de la population) sont morts des suites de l’occupation (au combat, de famine, en prison, exécutés, torturés ou suicidés...).


Aujourd’hui, environ 8 millions de Chinois vivent au Tibet contre 6 millions de Tibétains. Il s’agit là bel et bien d’une colonisation et d’une stratégie d’extermination d’un peuple dont l’histoire a commencé en l’an 127 de notre ère avec l’établissement de la dynsatie Yarlung et qui a connu son unification dès le VIIè siècle.

Cet état de chose est inacceptable. Et il faut avoir le courage de le dire haut et fort. Nous, Africains qui avons connu la colonisation et les crimes consubstantiels à elle et qui subissons aujourd’hui le néocolonialisme dans ses formes les plus désastreuses, sommes le peuple le mieux placé pour dénoncer l’attitude de la Chine au Tibet. Nous sommes fondés à nous élever contre cette colonisation et cette usurpation des terres du Tibet pour trois (3) raisons fondamentales :

La Première : La Chine est membre du Conseil de Sécurité de l’ONU. Elle est donc très influente dans les instances internationales de décisions. Par les prérogatives que lui confère ce titre, elle est tenue de respecter les droits de l’Homme et surtout les libertés des autres peuples. En choisissant de tuer les Tibétains, la Chine viole les normes prescrites par la Charte de l’ONU et l’ensemble des principes du dispositif légal international. En conséquence, la Chine s’inscrit dans l’ordre des USA, de la France, de la Russie, de la Grande-Bretagne ... qui se sont permis et se permettent de massacrer les peuples désarmés mais pourvus de richesses de tous ordres. Ces pratiques ne peuvent qu’encourager d’autres pays et mettre constamment la vie des peuples « faibles » en danger. Les Africains ne doivent pas accepter ou se montrer indifférents lorsque les puissants massacrent les faibles ou les peuples qu’ils ont sciemment affaiblis. Notre survie en dépend.

La seconde : La Chine est très présente en Afrique. Du petit commerce au plus haut niveau de l’État, les Chinois sont partout. Ils inondent le marché africain de leurs produits, écrasant, au passage, les petits commerçants africains qui finissent par couler sous l’asphyxie de la concurrence « déloyale » que les Chinois leur livrent au nez et à la barbe des chefs de circonscriptions africains. La Chine développe, d’autre part, des relations militaires importantes avec les régimes corrompus en formant les gardes prétoriennes africaines aux techniques de tortures et de répression qui sont les siennes au Tibet et à l’égard de ses propres citoyens. Elle soutient même des guerres.

Un autre aspect de la présence chinoise en Afrique consiste en la stratégie d’accorder « des prêts à faibles taux et sans conditions » aux pouvoirs africains et de piller, en retour, les richesses minières. Dans les entreprises chinoises implantées en Afrique, les conditions de travail sont rudes, les salaires sont extraordinairement bas, les droits de grève sont systématiquement interdits et les licenciements sont abusifs et sans mesures d’accompagnement. Les bénéfices qu’elles font sont systématiquement renvoyés en Chine. La Chine ne fait pas mieux en Afrique. Sa démarche est identique à celle des pays occidentaux. Pour toutes ces raisons et considérant le rôle que la Chine joue et veut jouer en Afrique, ses agissements au Tibet nous regardent.

La troisième : Les Occidentaux critiquent la colonisation du Tibet. Lorsque l’on sait que ces pays ont pratiqué et continuent de pratiquer la colonisation, leur engagement semble insincère surtout que ce n’est pas aujourd’hui qu’ils découvrent la question tibétaine. Ces pays n’ont pas les mains suffisamment blanches pour se saisir de ce dossier. Les pays occidentaux, dans leur majorité, ont bâti leur fortune sur l’esclavage, la colonisation, l’apartheid, l’extermination des cultures de certains peuples et autres crimes. Comment peuvent-ils légitimement s’indigner que la Chine massacre les Tibétains, pille leurs fabuleuses richesses, interdise leurs pratiques religieuses et prennent leurs terres ? Eux qui ont asphyxié les cultures, langues et religions africaines s’indignent aujourd’hui des mêmes recettes utilisées par la Chine. Eux qui louent publiquement le rôle positif de la colonisation trouvent inacceptable la colonisation du Tibet. Même s’il vaut mieux changer que rester idiot, se sont-ils sondés eux-mêmes avant tout ? Ont-ils fait leur autocritique avant de vouloir donner des leçons ? Eux qui forment la police chinoise (les coopérants occidentaux et principalement français), l’équipent (EADS) et donnent les moyens à la Chine de brouiller les fréquences informatiques (le Groupe Thalès).

Pour tout cela, les Africains qui ont connu la colonisation, semblent le mieux placés pour dénoncer ce qui se passe au Tibet. Les conséquences de la colonisation sont encore vivantes en Afrique. Les sociétés africaines en portent les stigmates et cherchent aujourd’hui à se reconstruire non sans difficultés. Ayant connu ce viol et cette chosification, le pillage et le saccage de notre culture, les Africains ne doivent cautionner, par le silence, ce qui se passe au Tibet. Même si nous sommes à des milliers de kilomètres, nous avons la légitimité suffisante et incontestable pour dire aux Chinois notre indignation face aux crimes au Tibet et manifester notre soutien au courageux peuple tibétain. Sans aucune naïveté ni illusion de changer radicalement le cours des évènements, compte tenu de ce que représente la Chine aujourd’hui sur le plan mondial, nous qui nous sommes toujours battus contre le colonialisme et pour le respect de nos valeurs culturelles africaines, pouvons tout au moins clamer que le combat des Tibétains pour la survie de leur culture est aussi le nôtre. Par ce geste, nous aurons montré, n’en déplaise à nos détracteurs, que nous comptons et militons sans armes nucléaires et au-delà de nos murs, pour un monde plus juste et plus pacifique.

Le président Hu Jintao disait à l’Université de Pretoria en Afrique du Sud, lors de sa tournée en Afrique en 2007 ceci : « En raison des souffrances qu’ils ont endurées et de la lutte qu’ils ont menée- et qu’ils n’oublieront jamais- les Chinois sont catégoriquement opposés au colonialisme et à l’esclavage sous toutes leurs formes. La Chine n’a jamais imposé sa volonté ou des pratiques inégales à d’autres pays et ne le fera jamais à l’avenir ». Le même Hu Jintao peut-il tenir ces propos devant les Tibétains, les Mongols, les Mandchous et les Ouighours ? Cela s’appelle du négationnisme ou tout au moins du révisionnisme contre lesquels les Africains se battent quotidiennement. En conséquence, nous devons manifester toute notre solidarité, fut-elle, verbale aux Tibétains et marquer notre dégoût quant aux agissements de la Chine qui a connu, elle-même, en son temps, une histoire douloureuse. | Correspondance particulière de Rodrigue Kpogli


 
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