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Émis le 16 mai, le mandat d’arrêt contre Jean-Pierre Bemba a été tenu secret jusqu’à son arrestation, selon la CPI. Certains éléments semblent, cependant, indiquer le contraire. En effet, sans obtenir les garanties de sécurité exigées par l’ancien vice-président pour son retour en RDC, son entourage avait subitement annoncé, la semaine dernière, que Bemba serait de retour au pays le 28 mai. Un retour annoncé aux allures d’une fuite en avant pour cet homme qui était dans le collimateur de la CPI depuis plusieurs années.
Malgré tout, l’entourage de Bemba en Europe contacté tente de présenter une version plus favorable pour son leader qui aurait refusé de retourner à Kinshasa à la demande des Occidentaux. Selon la thèse de ses proches, ces derniers auraient voulu le relancer afin de faire vaciller le pouvoir de Kabila coupable, à leurs yeux, d’avoir signé des contrats avec la Chine qui jouirait de la quasi exclusivité du sous-sol de la RDC pendant au moins quarante ans. Une version romancée difficile à avaler.
La chronique d’une arrestation annoncée depuis fort longtemps
En 2001, Olivier Kamitatu numéro deux du parti de Jean-Pierre Bemba venait de séjourner en Europe et une source nous faisait ce compte-rendu de ses contacts secrets avec des officiels français : « Les Occidentaux pensent que Joseph Kabila ferait un bon président, mais manquerait actuellement d’envergure intellectuelle, il lui faudra des technocrates et des économistes compétents. Olivier Kamitatu a séduit et convaincu les Occidentaux qui lui ont conseillé de se rapprocher de Kabila afin de devenir son Premier ministre après les élections. Ils ont également prévenu Kamitatu que l’avenir de Jean-Pierre Bemba serait plus judiciaire que politique. Je ne peux pas te dire quand, mais Kamitatu va quitter le MLC ».
Cette information se vérifia et Kamitatu ne devint pas Premier ministre par la faute de Gizenga, dont le relatif succès électoral a imposé à Joseph Kabila un tandem improbable obligeant, du coup, Kamitatu de se contenter du ministère du plan. Dès lors, nous avons toujours eu une lecture différente du comportement de Bemba pendant les élections : il lui fallait démontrer que la RDC serait à feu et à sang s’il n’obtenait pas une place de choix sur l’échiquier politique congolais. Une position politique solide, pensait-il sans doute, l’aurait protégé de la CPI comme ce fut le cas durant tout son mandat de vice-président. Nous l’avions déjà supputé à l’époque : en laissant sa garde militaire contester avec virulence les résultats de l’élection présidentielle, Bemba voulait sans doute obtenir des Occidentaux la promesse de l’abandon des poursuites par la CPI.
Ce qu’il faut en retenir
Jean-Pierre Bemba l’aura appris à ses dépens : on ne s’improvise pas chef militaire, moins encore d’une milice hétéroclite, non-rémunérée, sans formation militaire sérieuse, ni encadrement efficient. Aller au-delà de l’ambition de libérer la RDC en intervenant en Centrafrique pour sauver le pouvoir de l’ancien président Ange-Félix Patassé a été une initiative aventureuse et finalement fatale à Jean-Pierre Bemba. Si son arrestation est un immense espoir pour toutes les victimes de crimes de guerre, notamment à l’Est de la RD Congo, elle vient hélas priver la RDC d’un contrepoids politique nécessaire pour estomper le développement des réflexes du parti unique qui gagne, chaque jour davantage, les rangs de la coalition au pouvoir à Kinshasa.|Botowamungu Kalome (AEM)
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