|
L’objectif visé par les gestionnaires de ce fonds était d´utiliser ces bidous pour graisser la patte aux décideurs d’autres pays, afin de décrocher des contrats juteux. À ce jour, il a été établi que Siemens a dépensé 1,3 milliards d’euro pour soudoyer des personnalités gouvernementales à travers le monde depuis 1999. Une partie de ce pognon aurait été dépensée en Afrique, notamment en Libye et au Nigéria, et en Russie.
Un ancien cadre de Siemens, impliqué de près dans la gestion de cette caisse noire de corruption, a expliqué tout récemment aux autorités judiciaires de Munich, en Allemagne, que le directoire de Siemens sous Heinreich von Pierer était au fait de ladite caisse, et aurait avalisé l’opération.
Même au moment où la corruption des officiels étrangers par les firmes allemandes devint passible de poursuites judiciaires en Allemagne sous le premier gouvernement Schröder – Fischer en 1999, la cellule chargée de la gestion de cette caisse noire au sein de Siemens raffina plutôt ses astuces pour mieux masquer ces pratiques scabreuses, et surtout pour contourner la nouvelle loi.
Par le fait, la culture de corruption, de tricherie et de fraude est solidement ancrée dans les mentalités, les « us » et « coutumes » de ce côté-ci du Rhin. Il y a une leçon non-écrite qui encourage la filouterie ; elle s´énonce comme suit : « Veux-tu devenir riche ? Eh bien, filoute ton prochain à chaque occasion. N´oublie jamais de te pomponner par la suite pour ne pas éveiller des soupçons, pour jeter la poudre aux yeux de ceux qui pourraient être perspicaces et subodorer tes astuces. Dissimule tes coups de Jarnac et de Trafalgar pour tromper la vigilance de tes adversaires et de tes amis, car, s´ils éventent tes entourloupettes, ta réputation est à jamais ruinée. »
Ceci rejoint ce qu’Ousmane Sembène fait dire à Dieng, un de ses protagonistes de son roman « Le Mandat » : « L´honnêteté est un délit de nos jours. Moi aussi, je vais me vêtir de la peau de l´hyène. » En Allemagne, l´honnêteté est un crime. Et ceci n´est pas de la fiction.
C´est la raison pour laquelle le journaliste allemand Ulrich Wickert publia, dans la dernière décennie du siècle dernier, un livre intitulé : « Der Ehrliche ist der Dumme », ce qui veut dire en français : « Etre honnête, c´est être bête ». Wickert y décrit et dénonce la filouterie généralisée qui sévit en Allemagne, et qui est devenue un véritable violon d´Ingres dans ce pays d´Europe centrale. Ce qui incite des multitudes à considérer ceux qui aspirent à être productifs par l´honnêteté comme des microbes dont il faudrait absolument – coûte que coûte, vaille que vaille – se débarrasser.
Par ailleurs, la médisance, la calomnie et la manœuvre psychologique sont des moyens généralement recommandés pour survivre, se faire remarquer ou s´imposer face au prochain. C´est ainsi qu´un groupe d´élèves français, séjournant il y a quelques mois à Berlin, fut pris à rebrousse-poil lorsque les élèves allemands leur demandaient s´ils se lavaient.
Il s´agissait pour ces jeunes Allemands de manÅ“uvrer psychologiquement les petits Français dans le dessein de les déstabiliser et de touiller leur sérénité, le but ultime étant d´impressionner les Français, de se faire remarquer et surtout de « s´imposer » face aux Français. Les jeunes Français n´y virent que du feu.
Au chapitre « vol technologique », le géant allemand du logiciel des affaires SAP a été traîné devant les tribunaux aux États-Unis pour « Vol à grande échelle d´information sensibles » par son concurrent américain Oracle.
Lorsque ce scandale s´ébruita, SAP nia tout en bloc, promettant de ficeler un dossier solide pour prouver que les allégations de la firme américaine relevaient de la fabulation. Au fur et à mesure que les accusations d´Oracle s´avéraient, SAP optait pour une solution à l´amiable du différend. À l´heure actuelle, l´affaire est en instance aux États-Unis.
Il est à noter que certains pays ont souvent recours à la filouterie technologique pour réaliser leurs progrès en la matière. L´historien allemand Michael Stürmer expliquait naguère, au cours d´une causerie télévisée, que le transfert technologique s´opère parfois par la tricherie. Pendant cette émission, il fut assez sincère pour reconnaître que même l´Allemagne a souvent eu recours à ce moyen.
C´est pourquoi il est saugrenu de la part de certains meneurs politiques et économiques en Allemagne de tomber sur le râble à la Chine, l´accusant de ne pas faire assez pour prendre des mesures énergiques contre la piraterie des produits et marques allemands. Ne ferait-on pas mieux en Allemagne d´inculquer d´abord aux enfants, aux élèves et étudiants, au menu fretin, aux meneurs politiques et économiques, tout comme aux vedettes d´ailleurs, qu´une richesse acquise par le moindre effort joint à la filouterie est non seulement un traquenard mais aussi méphitique ? Tôt ou tard, la filouterie finit toujours par rattraper son auteur. |Mathias Victorien Ntep
[1]
|