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« Vous les journalistes, apprenez à venir à l’heure ! sinon... » nous lance souriant et ironique le sociologue Djouldé Lay a . « Mais enfin, nous arrivons bien à l’heure, docteur » lui répond un confrère. Et le vieux chercheur de pouffer avant de nous souhaiter « un bon travail ».
Nous sommes à l’entrée du parc national W . Malgré le bon état de notre véhicule, nous avons une heure de retard sur l’horaire prévu. Mais c’est normal ! Car, sur les 195 km qui séparent Niamey du parc, il faut parcourir environ 156 km sur une voie latéritique truffée de nids de poule et de cascades. Au bout, s’offre un paysage attrayant : une vaste clairière parsemée d’arbres et d’arbustes de toutes tailles.
Le nombre de touristes qui affluent va crescendo au fil des années. Ils viennent admirer ce qui n’existe plus chez eux. Site d’importance mondiale pour la conservation de la biodiversité et l’éducation à la nature, le parc W est un melting pot d’espèces naturelles. On y compte plus de 100 espèces de mammifères, 337 variétés d’oiseaux et 112 espèces de poissons. Paysage ensavané, le parc recèle plus de 500 espèces végétales, dont beaucoup regorgent de vertus médicinales.
D’abord prospecté en 1926 par le docteur Flasson , cette région sera ensuite administrée en régime de forêts domaniales avant de prendre à partir de 1954 le nom de parc national.
« Puisque tout le monde est là , allons à la découverte du site de la Mékrou », ordonne Dominique Dulieux , le coordonnateur scientifique de cette expédition. La journée est consacrée à une visite de sites archéologiques sur la Mékrou..
Visite guidée au coeur du parc "W"
Un kaléidoscope de ressources naturelles...
L’endroit est serein. Seuls les ronronnements des moteurs de nos véhicules ajoutés aux piaillements aîgus des oiseaux trahissent le calme par moments. Les sentiers sont tortueux et rocailleux. Parfois, des singes et des antilopes, apparemment perturbés par notre intrusion, s’échappent à vive allure. A quelques jets de pierre, au milieu des marécages, s’étend la Tapoa. Cet affluent du fleuve Niger, où viennent s’abreuver les animaux sauvages, est en décrue. Sur l’autre rive, des enfants puisent de l’eau pour leur approvisionnement. D’autres s’amusent à donner des coups de bâton sur la surface, pour taquiner un éléphanteau qui prend sa douche. De sa trompe, il lance un énorme jet d’eau. Le barrissement qui s’ensuit nous fait tressaillir. Là -bas, à quelques pas, nos photographes en chasse d’images se dérobent. « Ouf ! mais qui a dérangé ce pachyderme ? », s’inquiète l’un d’eux. Le garde forestier rassure : « Ne craignez rien ». Dans les arbres, un troupeau d’antilopes paît, imperturbable. Juchés sur des branches d’arbres, des singes crient. « Ils se moquent de nous peut-être », suggère notre guide. C’est bien l’humeur de ces animaux.
Un éléphanteau se prélassant dans la *Tapoa’’
Une province archéologique...
Trente minutes plus tard, nous voilà sur le site de la Mékrou. L’équipe des neuf consultants, placée sous l’autorité du professeur Boubé Gado , archéologue à l’Institut de recherches en sciences humaines de l’université de Niamey, entame ses fouilles. Au fond du ravin où coule la Mékrou, gisent des céramiques et divers autres outils qui auraient été utilisés par l’homme préhistorique. L’érosion provoquée par l’eau est très visible à cet endroit, nettement creusé par rapport au niveau initial.
Le parc W constitue, en effet sur la plan culturel, un carrefour entre l’histoire et l’archéologie. Le lit mineur de la Mékrou a abrité le développement de certaines industries du paléolithique et du néolithique. Les bifaces (outils de pierre taillée sur les deux faces) qui essaiment sur ce site sont les témoins d’un peuplement préhistorique conséquent et d’un peuplement historique abondant dans cette zone. Ce qui est confirmé par les conclusions des recherches archéologiques qui ont commencé, dans la Mékrou, vers 1986. pour le grand émerveillement du professeur Jean-Baptiste Kiéthéga, archéologue burkinabé : « il y a vraiment une inégalité dans la recherche. Car au Burkina, nous n’avons pas encore commencé à fouiller véritablement les sites du parc... ». Son collègue Alexis Adandé ajoute que « c’est une aubaine qui doit permettre de consolider les capacités de recherche entre les trois pays qui se partagent la zone du W... ».
Cette région de Boumba a aussi connu l’ère des Foulmangani, un peuple de métis gourmantchés et peuls, probablement entre le 15é et le 17é siècle. La mine de Lantana, elle ,a vu le jour à l’apogée de l’âge de des céramiques.
Le parc national W , un kaléidoscope d’espèces animales
Ecologie contre développement ?
De nos jours, les pressions exercées par l’homme (braconnage, pâturage illégal et feux sauvages), l’érosion et l’ensablement des 32 mares identifiées constituent autant de menaces pour la faune et la flore du parc. Mais le projet de barrage sur la Mékrou est la plus sérieuse.
« La réalisation de ce barrage constitue une priorité nationale qui permettra de réduire relativement la dépendance énergétique du pays » affirment les autorités nigériennes. Et la président de la République du Niger a clairement manifesté sa volonté de voir ce barrage se réaliser rapidement. Cette priorité serait partagée par son homologue béninois. La zone concernée se situant entre le Niger et le Bénin, la concession a été accordée par un établissement public international, une structure spécialement mise en place par les deux Etats.
Aujourd’hui, ce projet provoque une levée de boucliers de la part des protecteurs de la richesse écologique de la zone, défendus notamment par Eco-Systèmes protégés en Afrique sahélienne (Ecopas) . De fait, le parc n’est plus une propriété nationale mais un patrimoine mondial, consacré par l’UNESCO. Dès lors, toute entreprise sur ce site protégé requiert l’implication de nombreux partenaires et surtout la prise en compte de la protection de l’environnement dans le parc.
La réalisation d’une centrale électrique sur ce site-dédié au tourisme et aux recherches scientifiques-provoquera nécessairement son déclassement. En outre, une telle infrastructure inondera de façon substantielle le W , ce qui - du coup - constituera une véritable menace pour les espèces qui y vivent. A cela, il faut ajouter l’émergence d’activités connexes, la pêche et l’agriculture notamment. C’est pourquoi, le projet de construction de ce barrage est refusé par Ecopas dont le programme exclut toute emprise qui serait susceptible de détruire la richesse biologique du parc et d’entraver les recherches scientifiques. « ECOPAS a une volonté d’appuyer les recherches scientifiques qui contribueront à préserver cette région » tranche M. Dulieux , coordonnateur scientifique du programme.
Entre le souci de préserver l’écologie et les impératifs du développement économique, l’historien Mahamane Karimoun , spécialiste de la zone prône « la nécessité de faire un travail qui permettra de créer une interaction entre l’homme et sa périphérie »...« surtout, insiste-il, que le parc est le dernier espace boisé de notre pays. Et c’est au scientifique de préserver des éléments d’appréciations objective à l’homme politique.. ». Pour le moment, les appels des scientifiques ne semblent pas avoir été entendus. Saïdou Djibril| Envoyé spécial A.E.M
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