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Thabo Mbeki sous-traite l’immigration
lundi 9 juin 2008 Botowamungu Kalome (AEM)
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46 morts. Rien que cela. C’est le nombre de victimes qu’avait manifestement attendu le président sud-africain pour mettre en place un dispositif efficace pour endiguer les violences xénophobes enregistrées récemment en Afrique du Sud. Jusque là, le gouvernement de Pretoria s’était contenté d’un dispositif policier léger comme pour juste contenir les agressions, sans une réelle volonté de les endiguer et de traquer sérieusement leurs auteurs. Tant pis pour ces immigrés africains qui n’avaient pas compris que dans la nation « arc-en-ciel », toutes les couleurs n’étaient pas forcément les bienvenues.


La stratégie a fait ses preuves ailleurs : dès que ça va mal on jette les immigrés en pâture à des peuples en mal de bouc émissaire. Les politiques tiennent alors un discours que le peuple veut bien entendre et ça donne des propos du genre : «  La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde » dixit Michel Rocard ou ce propos du bien-pensant et ancien président de la République comme Valéry Giscard d’Estaing qui compara sans sourciller l’immigration à l’invasion de la France. Je vous passe bien sûr la poésie de Chirac sur « les bruits et l’odeur ». Sans doute gêné aux entournures par le leadership diplomatique, commercial et économique de son pays à l’échelle continentale, Thabo Mbeki choisit de faire la même chose, mais en plus fin, en plus cynique je veux dire.

La chasse à l’immigré, la traque de l’étranger seront alors sous-traitées par des hordes de Noirs sud-africains que le gouvernement laissa opérer selon le principe de « soupape de sûreté ». De deux choses alors l’une : soit effectivement, en laissant faire Pretoria a « accepté » de laisser ces hordes se défouler de peur de provoquer une implosion sociale en essayant de mater très vite les agressions xénophobes ; soit finalement, cette situation arrangeait le gouvernement qui l’espérait dissuasive pour les candidats potentiels à l’immigration et l’incitation au retour pour ceux qui seraient de trop au pays de Mandela. La dernière possibilité semble emporter ma conviction : Thabo Mbeki avait laissé faire. Le gouvernement sud-africain l’a reconnu : il était au courant, depuis des semaines, de la survenance programmée des violences xénophobes et s’est résolu de ne rien faire en amont. Pire, sa réponse timide durant deux semaines est sans équivoque.

Comme, partout ailleurs, les auteurs de ces violences se retrouveront à l’aube comme la veille avec la même précarité, le même horizon bouché. Des milliers d’immigrés vont plier bagages et repartiront mais rien ne dit que numériquement autant de Noirs sud-africains vont retrouver du travail. Ce qui est cependant sûr, c’est que la plupart de victimes étaient originaires de ceux qu’on appelait « les pays de la ligne de front » qui étaient les plus grands soutiens de l’ANC dans sa lutte contre l’apartheid. Ils avaient écrit avec le peuple sud-africain une histoire fraternelle héroïque entachée aujourd’hui du sang innocent, le prix du cynisme politique de Thabo Mbeki qui a choisi de sous-traiter l’immigration. |Botowamungu Kalome (AEM)


 
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