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AFRIQU’ECHOS MAGAZINE (AEM) : 48 ans après l’accession de la République démocratique du Congo à l’indépendance, quel bilan feriez-vous ?
CHRISTOPHE NGOYI MUTAMBA (CNM) : Le constat est macabre avec une crise multiforme, avec des dirigeants en proie à l’aliénation, qui ont abruti et démotivé le peuple congolais dans la prise en charge de son propre destin. D’où un scénario répétitif d’échecs qui nécessite un changement de paradigmes et d’un nouveau discours politique.
AEM : Il s’est tenu à Goma, une conférence sur la sécurité, la paix et le développement des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu qui avait été sanctionnée par des recommandations signées par tous les participants. Outre cette conférence, l’Assemblée nationale a voté une loi d’amnistie pour tous les belligérants, mais les forces de Laurent Nkunda semblent avoir violé ces accords ?
CNM : Lors de la convocation de cette conférence, nous avions été l’une des rares forces politiques et sociales à avoir émis des réserves quant au bien-fondé et au sérieux des résolutions qui devaient en découler. Et cela compte tenu du manque de sincérité et de responsabilité des acteurs en présence. Personne n’ignore que le régime rwandais constitue la base arrière intéressée de Laurent Nkunda. Ce même régime ne prend pas au sérieux les animateurs des institutions étatiques de la RDC, car ayant réussi à les infiltrer. Si bien que le Rwanda cherche à régler ses propres problèmes à partir du territoire congolais tout en s’accommodant d’un accord de non-agression signé avec le Président Joseph Kabila à Sun City. D’ailleurs, le Chef de l’État congolais a outrepassé la bonne foi jusqu’à accorder l’amnistie aux bandits qui continuent à semer la terreur auprès de la population.
En sus, le leadership congolais au pouvoir en RDC ne transpirant pas de valeurs intrinsèques de la nation congolaise, il n’est pas étonnant que les accords ne soient pas respectés par des partenaires. Pour couper court, le peuple congolais doit tirer les conséquences de ce énième leurre qui a occasionné des ponctions significatives dans la caisse du trésor public par ce temps de disette.
AEM : Le Président Joseph Kabila a été élu sur base de son programme appelé « les Cinq chantiers », qui doit se réaliser durant son quinquennat, croyez-vous à la réalisation effective de ce grand programme ?
CNM : Le président de la République n’a pas les ressources financières, ni le charisme nécessaires pour l’aboutissement des chantiers multiples pour la RDC. Personnellement, je n’ai jamais cru à la réalisation desdits chantiers. Nous sommes habitués au battage médiatique des « 5 chantiers » et à l’exhibition des engins dont les travaux ont du mal à démarrer. Comme si dans nos villages, il suffisait de faire la procession avec des houes pour se réveiller le lendemain pour procéder à la récolte sans avoir cultivé au préalable.
AEM : Et la place de la femme dans l’action du gouvernement ?
CNM : D’abord je crois en la femme en général et congolaise en particulier. Son émancipation est plus qu’une obligation qui incombe à toute la nation congolaise. Le rôle de régulation de la société que doit assumer la femme en tant que maman procède de la conception de l’être humain jusqu’ à sa responsabilisation au sein de la société. Par ailleurs, en tant qu’acteur du développement, elle doit jouer un rôle sans complexe à tous les niveaux de la société à condition qu’elle soit mieux édifiée sur les objectifs vitaux de la nation.
AEM : Vous étiez candidat malheureux à la députation nationale aux dernières élections, allez-vous vous présenter à nouveau en 2010 ?
CNM : La décision sera prise lors de la convention de Synergie Congo Culturel et Développement(SCCD). Néanmoins, au regard de ce qui se passe, je pense sans rien anticiper, que la nation congolaise mérite mieux à tous les niveaux.
AEM : Un message en guise de conclusion.
CNM : Je voudrais souligner que le concept « démocratie » ne constitue pas une référence simple ou univoque au point d’être instrumentalisé. La démocratie doit produire des effets pour le développement humain. Ce n’est possible que si chaque acteur dans le système démocratique joue librement son rôle sur base des valeurs fondamentales et des principes requis. C’est à cette condition que l’osmose entre la base et le sommet, en d’autres termes la dialectique projective entre gouvernants et gouvernés peut engendrer un développement durable.| Propos recueillis par Christian Wilfrid Diankabakana (AEM), Kinshasa, RDC
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