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Rappelons, en effet, que Thabo Mbeki a été contraint à la démission par son parti qui lui reprochait d’avoir poussé la justice à mettre les bouchées doubles dans les dossiers dans lesquels est empêtré Jacob Zuma, son rival au sein de l’ANC et donc son successeur potentiel. En voilà donc un qui a ravalé la puissance publique, par le biais de son appareil judiciaire, en un outil au service d’une ambition personnelle. Une méthode inacceptable à plus forte raison encore au sommet de l’État. Les Américains, face à une telle faute, recourent au fameux impeachment. À la limite, on aurait aimé que ça soit le parlement ou la justice qui se soient saisis de ce dossier, mais non ! Il a été traité comme une affaire interne au parti au pouvoir. La logique aurait alors voulu, dans ce cas, que les conséquences ne débordent pas le cadre de l’ANC. Il nous paraît, en tout cas inquiétant, que la destitution d’un président (parce que c’en est une) découle d’une décision interne d’un parti, fût-il, ultra majoritaire.
Du temps de la splendeur de sa terreur, Mobutu avait érigé le déjà parti unique MPR (Mouvement Populaire de la Révolution) en parti-État. Ce qui faisait que l’on était d’abord élu président du parti et on se présentait ensuite à l’élection présidentielle pour permettre au peuple de parachever la formalité. Sans faire à l’ANC l’outrage de l’assimiler au MPR de Mobutu, on peut néanmoins constater que les processus pour mener au sommet de l’État ont de belles ressemblances. La différence se situe juste dans les mécanismes du fonctionnement interne de ces deux partis et dans l’environnement politique. Autant la mainmise du MPR relevait de la dictature, autant la domination de l’ANC découle de son poids électoral. Un poids électoral déterminant comme une prime pour sa lutte contre l’apartheid. Un poids devenu hélas considérable, presqu’hégémonique. Aussi comme une revanche des Noirs trop longtemps opprimés, marginalisés, humiliés. Ce qui a fait dire à l’ancien président et prix Nobel de la paix Frederik De Klerk : « Je voulais une démocratie constitutionnelle et non raciale ».
Faut-il s’en inquiéter ? Oui je le pense car ce type d’influence finit par déployer des tentacules dans le monde économique et dans la haute sphère de l’administration. Heureusement, l’ANC n’a pas cheminé seul sur la voie de la liberté : il y eut des alliés internes comme les communistes et les syndicalistes. L’on peut effectivement penser que la nécessité de l’alliance et du consensus avec ses alliés naturels permettraient de contenir la tentation de toute-puissance, les envies de se muer en un parti-État qui ne dirait pas son nom. À moins que finalement la scission qui menace ce parti ne se réalise et permette, du coup, la naissance d’une force dissidente qui répartirait mieux les forces sur l’échiquier politique. Il n’est pas, en effet, interdit de penser que Thabo Mbeki n’aurait sans doute pas traité la lutte contre le sida avec autant de désinvolture si l’opposition représentait une vraie menace d’alternance ? L’on peut se demander aussi si cet ancien président aurait laissé faire les xénophobes « chasseurs d’immigrés » planifier et exécuter leurs opérations si l’ANC n’avait le sentiment d’être inébranlable ? La scission qui menace l’ANC, si elle se réalisait, ferait que le concept « nation arc-en-ciel » soit plus qu’un slogan, plus qu’un projet de société, plus qu’un vÅ“u politique.|Botowamungu Kalome (AEM)
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