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Guy-Romain Kinfoussia, président de l’UDR-Mwinda : « Sans consensus, personne n’ira aux élections, même pas Denis Sassou-Nguesso »
lundi 10 novembre 2008 Herman Bangi Bayo(AEM)
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Guy-Romain Kinfoussia, ancien de Saint Cyr et colonel en retraite, est président de l’Union pour la Démocratie et la République UDR-Mwinda.|Photo Ya King, pour AEM

La présidentielle de 2009 est déjà la préoccupation principale de tous les états-majors des partis politiques congolais qui affûtent déjà leurs armes allant de la recherche du consensus et des alliances à la mise en garde du pouvoir sur une tentation de fraude. Vu le taux record de l’abstention aux dernières élections, l’opposition croit en ses chances d’accéder aux affaires mais se méfie des divisions en son sein et des manÅ“uvres probables du pouvoir en place. C’est ce qui ressort de l’interview accordée à Afriqu’Echos Magazine (AEM), Guy-Romain Kinfoussia, ancien de la prestigieuse académie militaire française Saint Cyr et colonel en retraite et président de l’Union pour la Démocratie et la République, parti de l’opposition congolaise.


AFRIQU’ECHOS MAGAZINE (AEM) : Lors de la rentrée politique de votre parti, vous avez lancé le slogan « N’ayez pas peur du changement ». Ce slogan rappelle à la fois le Pape Jean-Paul II et le nouveau président américain, Barack Obama. Le changement ferait-il peur ?

GUY-ROMAIN KINFOUSSIA(GRK) : Ces deux personnages ont changé le cours de l’histoire. Le premier, à travers son message, avait contribué à la chute des régimes totalitaires à travers le monde. Quant à Barack Obama, c’est le premier Noir à accéder aux plus hautes fonctions aux États-Unis d’Amérique en faisant tomber les barrières raciales. Effectivement, le changement fait peur aux gens chez qui on a mis à l’esprit qu’ « après certains c’est le déluge » et que s’ils perdaient le pouvoir, ce serait la chasse à l’homme. Ce message s’adresse à tout le peuple congolais de ne pas avoir peur du changement car le pays va de mal en pis.

AEM : Qu’entendez-vous par changement ?

GRK : Le changement c’est la rupture avec la culture de la mal gouvernance, de la corruption, de la concussion, de l’enrichissement illicite, de l’impunité, bref de toutes les anti-valeurs qui se sont érigées en système de gouvernance. Le changement veut dire la bonne gouvernance, la restauration d’un État de droit, la redistribution de la richesse nationale, la primauté de l’intérêt général sur celui des individus. Le changement, c’est sortir le Congo du tristement célèbre club des pays pauvres très endettés, le PPTE afin d’en faire un pays riche et prospère. C’est paradoxal avec toutes ses ressources de qualifier le Congo de pauvre. Il n’est pas pauvre mais ce sont les Congolais qui le sont.

AEM : Le peuple est-il disposé au changement ?

GRK : Sans nul doute, le désir du changement se lit sur le visage de la quasi majorité des Congolais : des ménagères dont le panier est quasi vide, des fonctionnaires qui n’arrivent plus à nouer les deux bouts du mois, des parents qui n’arrivent plus à payer la scolarité de leurs enfants ou leurs soins médicaux, des Congolais qui passent des jours et des jours sans eau ni électricité… Donc, je peux affirmer que le peuple congolais veut le changement et il aspire au changement.

AEM : Le changement passerait par une victoire aux élections, seriez-vous partie prenante des élections présidentielles de 2009 ?

GRK : Évidemment, c’est l’ambition légitime d’un parti politique de conquérir le pouvoir afin d’appliquer son programme. On ne peut vouloir incarner le changement tout en restant à l’écart du jeu politique. Nous ne laisserons pas nos adversaires gagner par défaut suite à notre abstention. Ne pas faire entendre notre voix pourrait être qualifié de conspiration de silence de la part de nos militants et sympathisants.

AEM : Vous y allez sans conditions ni préalables ?

GRK : Pas du tout ! Vouloir à tout prix organiser les élections sans tenir compte des aspirations d’autres acteurs politiques nous a conduits au fiasco électoral que tout le monde a déploré. Le faible taux de participation, c’est-à-dire près de 10% des inscrits, est un désaveu et un ras-le-bol du peuple. Cela doit pousser, nous acteurs politiques, à en tirer des leçons. Il serait inacceptable d’élire un président de la République par seulement 10% de Congolais.

AEM : Quelles sont les préalables ?

GRK : Ce que nous demandons à nos amis du pouvoir, ce n’est pas de faire l’impossible car cela a déjà existé au Congo. C’est mettre en place une commission électorale indépendante et associer l’opposition à toutes les opérations préélectorales, électorales et post-électorales. Ensuite, faire la révision des listes électorales en procédant par un recensement administratif pour définir le corps électoral. À côte de cela, nous exigeons le financement des partis politiques comme le dit notre constitution et enfin l’accès équitable aux médias publics. Mais avant tout cela, il y a un préalable majeur, toute la classe politique devra se retrouver autour d’une table afin de créer des conditions idoines pour la tenue des élections consensuelles et apaisées.

AEM : Au cas où vous n’obtiendriez pas gain de cause.

GRK : Si le pouvoir actuel refuse ces conditions préalables et s’aventure à faire un passage en force, nous demanderons à notre peuple de barrer la route à cette aventure par tous les moyens non violents. Nous ne voulons pas tomber dans l’extrémité qu’ont connue les peuples du Kenya et du Zimbabwe. Que le gouvernement ne compte pas sur le candidat de l’opposition pour boycotter comme en 2002 l’élection présidentielle de 2009. S’il n’y a aucun consensus, personne, même pas le candidat du RMP n’ira à cette élection. Le peuple souverain fera entendre sa voix. C’est pourquoi, j’exhorte le peuple à une forte mobilisation et à la vigilance pour barrer la route à toute tentative de confiscation de notre démocratie chèrement acquise.

AEM : La crise financière est en train de frapper les économies des pays développés et émergents, le Congo est-il à l’abri ?

GRK : Pas du tout car nous vivons dans la mondialisation avec des économies qui sont en vases communicants. Même si le Gouvernement congolais ne l’a pas encore reconnu, la crise a atteint le Congo. Avec une économie extravertie et de rente qui dépend en grande partie des ressources pétrolières, le gouvernement aura du mal a exécuté le budget avec la baisse vertigineuse du cours du baril du pétrole. Ayant arrêté le budget 2009 avec un baril à 112$ lors que le baril flirte actuellement avec 60 $ ; cela crée une impasse budgétaire à combler pour équilibrer le budget. En plus sur le plan local, il y a baisse des recettes des impôts et taxes sur les produits pétroliers. Le mal du Congo est qu’il consomme des produits qu’il ne produit pas et manque un capitalisme local qui peut mettre en valeur ses ressources.

AEM : On reproche à l’opposition congolaise de manquer de cohérence. Quelle stratégie envisagez-vous face à cette grande machine électorale qu’est le Rassemblement pour la Majorité Présidentielle, le RMP ?

GRK : Nous n’avons pas peur de cela car il a démontré ses limites de mobilisation lors des élections locales. À notre niveau, nous nous organisons avec nos alliés de l’Alliance pour la Nouvelle République : UPADS du président Lissouba et le RDD du président Joachim Yhomby Opango, pour barrer la route aux fossoyeurs de notre pays. Comme nous l’avons dit que les Congolais n’aient pas peur du changement car le changement est inévitable et nous incarnons le changement. | Propos recueillis à Brazzaville par Herman Bangi Bayo (AEM)


 
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