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RD Congo : Chronologie de la guerre du Kivu (août – décembre 2008)
mercredi 31 décembre 2008 Alain Bischoff*
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Une jeune fille du Kivu réfugiée en octobre 2008 dans un camp près de Goma. Ses yeux, incroyablement expressifs et intelligents, témoignent tout à la fois d’une tristesse indicible et de l’espoir dans un avenir meilleur.|Photo : Finbarr O’Reilly, Reuters

Août

28 : Réouverture des hostilités par Nkunda et son CNDP contre les FARDC au Nord-Kivu, en violation de l’accord de Nairobi (nov. 2007) sur le rapatriement au Rwanda des FDLR et de l’ « acte d’engagement » de Goma (janv. 2008) sur le désarmement et la démobilisation des milices armées congolaises.


Octobre

8 : Laurent Nkunda s’empare du camp militaire de Rumangabo (50 km au nord de Goma). Les FARDC en reprennent peu après le contrôle. Depuis le mois d’août, 100 000 habitants du Nord-Kivu ont dû quitter leurs habitations.

9 : Le gouvernement de Kinshasa accuse le Rwanda, qui dément immédiatement, d’avoir engagé des troupes aux côtés du CNDP.

13 : Bernard Kouchner à Luxembourg déclare : «  Tout est à nouveau dans le chaos. Nous redoutons qu’à nouveau des massacres massifs effrayants ne reprennent dans cette partie de l’est et le Kivu ». La Conférence épiscopale nationale du Congo craint que « ces guerres récurrentes (…) ne deviennent un paravent pour couvrir le pillage des ressources naturelles » et invite la communauté internationale « Ã  prendre des mesures effectives et efficaces (…) pour obliger les bandes armées à respecter les actes d’engagement auxquels elles ont souscrit ».

26 : Le CNDP reprend le contrôle de Rumangabo. La foule prend à partie la MONUC, à Goma.

27 : 20 000 civils fuient, en direction de Goma, la localité de Kibumba (35 km au nord de Goma) attaquée par le CNDP. Deux véhicules blindés de la MONUC sont détruits, plusieurs casques bleus blessés. Le général Diaz, commandant espagnol de la MONUC, annonce sa démission. Un nouveau gouvernement est en place à Kinshasa, Adolphe Muzito est premier ministre. Rutshuru tombe aux mains de la rébellion.

28 : Des hélicoptères de combat de la MONUC ouvrent le feu sur les rebelles de Nkunda dans la zone de Kibumba. Le Conseil de sécurité de l’ONU se contente de « condamner fermement » les offensives rebelles et d’exprimer son « soutien » aux efforts de la MONUC sans donner suite à la demande de renforts présentée par le chef de la MONUC, Alan Doss.

29 : Les FARDC abandonnent Goma, capitale du Nord-Kivu, pour se replier vers le sud en direction de Bukavu (Sud-Kivu). Javier Solana, diplomate en chef de l’UE, appelle à la «  retenue » et ajoute que «  les civils sont une fois de plus les victimes principales des violences en cours  ». Le Conseil de sécurité de l’ONU, réuni à New York, adopte à l’unanimité des quinze membres une déclaration non contraignante condamnant l’offensive de Nkunda et demande à ce qu’il soit mis «  fin aux opérations  ». Dans le même temps, Bernard Kouchner annonce que la France, qui préside l’UE jusqu’à fin décembre, est favorable à un déploiement européen de 1500 hommes en RDC pour mettre fin aux violences. Le gouverneur du Nord-Kivu affirme que tous les déplacés qui se trouvaient à une dizaine de kilomètres au nord de Goma «  se déversent dans la ville créant une panique générale parmi la population ». La secrétaire d’État adjointe américaine aux Affaires africaines, Jendayi Frazer, depuis Nairobi, prévient les rebelles de Nkunda qu’« ils ne devraient pas rentrer dans la ville de Goma. Ils seraient tenus pour responsables de ce qui se passe (à Goma) ». La porte-parole de la MONUC à Goma, Sylvie Van der Wildenberg rappelle la nécessité de sécuriser les centres urbains et dénonce «  la politique du CNDP qui consiste à pousser les déplacés vers les villes ». Le CNDP qui s’est arrêté à une dizaine de kilomètres au nord de Goma, proclame, le soir du 29, «  un cessez-le-feu unilatéral » pour « ne pas paniquer la population de Goma ». L’Assemblée nationale congolaise à Kinshasa se prononce à l’unanimité pour des négociations directes avec Nkunda.

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Paul Kagame (à gauche) et Kabila (4e à droite) avec Olusegun Obasanjo (3e de gauche à droite) | Photo d’archives

30 : Karel de Gucht, ministre belge des Affaires étrangères, estime «  qu’une action militaire européenne [avait] du sens », proposant l’envoi de «  2000 à 3000 soldats bien équipés  ». Britanniques et Allemands s’opposent à ce scénario. La France recadre sa position : à l’issue d’une réunion au Quai d’Orsay avec le chef de la diplomatie européenne Javier Solana, en présence du conseiller diplomatique de l’Élysée, Jean-Daniel Levitte, Bernard Kouchner renonce à sa proposition de la veille : «  il ne faut pas imaginer que des troupes européennes vont se battre aux côtés de la MONUC ». L’ONG humanitaire britannique OXFAM annonce la suspension de ses opérations à Goma en raison des affrontements. La veille, l’ONG britannique ActionAid avait fait de même. La situation humanitaire est « catastrophique » selon le CICR. L’UNICEF redoute des épidémies. Le nombre des déplacés est estimé à 250 000. À Kinshasa, Jendayi Frazer, a déclaré soutenir «  les efforts de toute initiative européenne visant à envoyer une équipe multinationale pour faire régner la paix ».

31 : Bernard Kouchner estime que l’est de la RDC est le théâtre d’un « massacre comme il n’y en a probablement jamais eu en Afrique qui est en train de se dérouler presque sous nos yeux, avec plus d’un million de réfugiés, avec des attaques très précises, des mutilations sexuelles qui font partie des actes élémentaires de la guerre dans cet endroit ». Le HCR accuse des soldats gouvernementaux de la RDC de « pillages, viols et meurtres » commis à Goma ces derniers jours, malgré le cessez-le-feu. Une responsable onusienne, Navanethem Pillay, appelle « le gouvernement à prendre les mesures nécessaires dans les plus brefs délais pour contrôler ses soldats et protéger la population civile ». « Plusieurs camps de personnes déplacées près de la ville de Rutshuru dans le Nord-Kivu, à 90 km au nord de Goma, ont été vidés par la force, pillés et brûlés » a dénoncé le HCR, imputant ces exactions au CNDP. Depuis Kigali, Louis Michel, commissaire européen à l’Aide humanitaire, déclare que « les présidents rwandais et congolais ont donné leur accord pour participer à un sommet international pour ramener la paix dans l’est du Congo ».

Novembre

1er : Nkunda organise une cérémonie officielle de mise en place d’une nouvelle administration, sous contrôle du CNDP, à Rutshuru, préfigurant un futur « Tutsiland » dans le Nord-Kivu.

1er/2 : Samedi 1er novembre, les chefs de la diplomatie britannique (David Miliband) et française (Bernard Kouchner), rencontrent Paul Kagamé à Kigali puis, dimanche 2 novembre, le président de l’Union africaine, en Tanzanie, pour trouver une issue à la crise. L’Union africaine, qui a condamné le 31 octobre l’offensive de Nkunda , annonce la tenue d’un prochain sommet à Nairobi. À Kichanga, Nkunda déclare : « Nous voulons une négociation directe avec le gouvernement [de Kinshasa]. J’attends la réponse. C’est leur choix de refuser ces négociations avec nous. Mais nous allons les pousser à avoir ces négociations, sinon les faire partir du pouvoir ».

3 : Un premier convoi humanitaire escorté par l’ONU rallie Rutshuru, en zone rebelle.

4 : Des combats opposent le CNDP à des miliciens Maï-Maï près de Rutshuru, à Kiwanja (80 km au nord de Goma), en proximité immédiate d’une base de la MONUC. Alain Le Roy, haut responsable de l’ONU au Kivu, réclame des « troupes supplémentaires » pour la MONUC.

5/6 : Le CNDP massacre plus d’une centaine d’habitants de Kiwanja, sous les yeux des casques bleus de l’ONU qui laissent faire, retranchés dans leur camp à quelques centaines de mètres.

6 : Le CNDP s’empare de Nyanzale (80 km au nord-ouest de Goma) ainsi que de Kikuku, à 9 km plus au nord, s’ouvrant la route vers Kanyabayonga, ville qui verrouille le nord de la province.

7 : Ouverture à Nairobi d’une réunion des chefs d’État de la région en présence de Jean Ping (Union africaine), de Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations-Unies, et d’Olesegun Obasanjo, nommé depuis le 3 novembre, envoyé spécial de l’ONU au Kivu. En fin de journée, ses participants, chefs d’État africains, représentants de l’Union africaine et des Nations unies se déclarent d’accord pour exiger un « cessez-le-feu immédiat » et l’ouverture d’un couloir humanitaire. Le CNDP, qui rejetait par avance les conclusions du sommet qu’il qualifie de « sommet pour rien » continue à exiger des négociations directes avec Joseph Kabila. En avalisant le projet de déploiement d’une force africaine, le sommet de Nairobi consacre l’abandon du projet français de force européenne au Kivu.

9 : Des combats opposent, sur un nouveau front, le CNDP à des groupes armés pro-gouvernementaux (Maï-Maï et FDLR) à Ngungu (en limite des provinces du Nord et du Sud-Kivu, à 60 km à l’ouest de Goma), «  porte d’entrée pour le Sud-Kivu » selon le porte-parole militaire de l’ONU, provoquant la fuite de milliers de civils. Le cessez-le-feu demandé à la suite du sommet international de Nairobi est totalement ignoré.

10/11 : Pillages et exactions à grande échelle commis par les FARDC à Kanyabayonga, Kaïna et Kirumba (100 km au nord de Goma) ; plusieurs villages sont mis à sac sur la route reliant ces localités, sur une trentaine de kilomètres.

14 : le HCR annonce vouloir déplacer « en quelques jours » des dizaines de milliers de réfugiés des 2 camps de Kibati (à une dizaine de km au nord de Goma) dans un nouveau camp, moins exposé aux combats, à Mugunga (ouest de Goma).

15/16 : Lors de la réunion de la SADC à Johannesburg, le président Kabila demande, sans l’obtenir, l’intervention de ses alliés, notamment de l’Angola et du Zimbabwe.

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Olesegun Obasanjo, émissaire de l’ONU avec Nkunda à Jomba, le 16 novembre 2008|Photo : AFP

16 : Après avoir rencontré le président Kabila (le 14) à Kinshasa, Olesegun Obasanjo, émissaire de l’ONU, se rend à Jomba pour discuter avec Nkunda ; à l’issue de cette réunion, Obasanjo laisse entendre qu’il comprend les revendications de Nkunda : «  Je sais maintenant ce que Nkunda veut. Je sais qu’un cessez-le-feu est comme danser le tango : on ne peut pas être seul ». Selon Obasanjo « la cause de la paix avance ».

17 : Les FARDC évacuent Kanyabayonga. Les Maï-Maï, indignés par la fuite de l’armée gouvernementale tentent de bloquer les FARDC dans leur débandade. Le chef d’état-major des FARDC est limogé, le lieutenant-général Didier Etumba le remplace.

18 : À Paris, le ministre congolais de la communication, Lambert Mende Omalanga, dénonce le rôle d’un lobby minier dans la guerre : « M. Nkunda n’a pas plus d’un millier d’hommes à lui, mais il est l’instrument d’un lobby beaucoup plus puissant : celui des gens qui ont pris l’habitude de piller les ressources minières de cette région. Ils veulent maintenir le chaos et sentent leurs intérêts menacés par le rétablissement de l’État ». Le ministre met en cause « pas seulement le Rwanda mais un réseau d’affairistes congolais et étrangers » impliqués dans l’exploitation et le commerce du coltan.

19 : Le CNDP annonce le retrait unilatéral de ses troupes de 40 km sur plusieurs axes du front Nord, notamment entre Kanyabayonga et Nyanzale, ainsi qu’entre Kabasha et Kiwanja, affirmant vouloir donner « une chance à la paix » et « conforter » l’action du médiateur de l’ONU.

20 : Le Conseil de sécurité de l’ONU décide (résolution n° 1843) l’envoi en RDC de 3 000 hommes supplémentaires pour renforcer la MONUC. 23 : Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner souhaite que la mise en examen en France de Mme Rose Kabuyé, une proche du président rwandais, «  pour complicité d’assassinat et association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » - elle est soupçonnée par la justice française d’avoir participé aux préparatifs de l’attentat contre l’avion de l’ancien président hutu rwandais Habyarimana, en avril 1994 – puisse faciliter une reprise des relations diplomatiques entre la France et le Rwanda.

24 : Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, estime, dans un rapport au Conseil de sécurité, que tant les FARDC que les troupes de Nkunda se sont livré à des «  exécutions arbitraires, meurtres de masse, viols et torture  » au Nord-Kivu.

25 : La chef de la diplomatie rwandaise déclare que «  le gouvernement rwandais se réjouirait du rétablissement des relations diplomatiques avec la France rompues en novembre 2006. L’ONG Human Rights Watch (HRW) dénonce les abus du régime Kabila : selon le rapport d’HRW, depuis les élections « censées apporter » la démocratie en RDC « les forces de sécurité gouvernementales ont tué délibérément ou exécuté sommairement au moins 500 opposants présumés et en ont détenu environ 1 000 autres, dont beaucoup ont été torturés ». Le gouvernement de Kinshasa a immédiatement réfuté les conclusions du rapport d’HRW.

26/27 : Environ 13 000 Congolais se réfugient en Ouganda pour fuir les violences et les attaques brutales contre leurs villages par des groupes armés (région d’Ishasha, frontière sud-ouest avec l’Ouganda).

30 : L’ONU saisit verbalement Karel de Gucht de deux demandes : l’une pour que la Belgique accepte l’envoi de soldats pour renforcer les troupes de la MONUC, l’autre pour qu’elle participe à une « force de jonction » (a bridging force), dans l’attente du déploiement des 3000 casques bleus supplémentaires en renfort des 17000 déjà présents en RDC.

Décembre

1er : Bernard Kouchner demande une concertation « urgente » des 27 après la requête de l’ONU aux Européens d’envoyer des troupes pour une « mission intérimaire » en RDC, laissant penser que les pays européens sont prêts à rediscuter l’envoi de troupes au Kivu alors qu’ils n’avaient pu se mettre d’accord sur le sujet le 30 octobre.

2 : Les FDLR reprennent position sur un axe de 40 km environ après le retrait opéré unilatéralement par le CNDP et réinvestissent les localités d’Ishasa, Nyamilima et Kinyandoni.

3 : La Belgique confirme sa participation au renforcement de la MONUC mais elle renonce à envoyer des troupes dans le cadre d’une force européenne, aucun pays n’ayant montré de volonté ni de capacité à dépêcher rapidement des soldats à l’est du Congo.

4 : Par un courrier adressé à Javier Solana, Ban Ki-moon demande une nouvelle fois à l’Union européenne l’envoi « immédiat » d’une force destinée à soutenir la MONUC en RDC, alors que la plupart des 27, y compris la France – qui a abandonné sa position initiale exprimée par Bernard Kouchner le 29 octobre – sont extrêmement réticents à l’idée d’une initiative militaire au Kivu.

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La ministre rwandaise des Affaires étrangères s’entretenant avec son homologue congolais Alexis Thambwe Mwanba à lhôtel Cap Kivu à Goma, le vendredi 5 décembre 2008.|Photo : AP

5 : Alors que jusque là le gouvernement de la RDC avait refusé toute négociation directe avec Nkunda, préférant s’en tenir au cadre défini par le processus de paix « AMANI », le ministre congolais des Affaires étrangères, Alexis Thambwe Mwamba, déclare, à l’issue d’une rencontre à Goma avec son homologue rwandaise, Mme Rosemary Museminali, qu’ «  une rencontre aura lieu entre les représentants du gouvernement de RDC et du CNDP sous les auspices de l’ONU et du médiateur le 8 décembre à Nairobi au Kenya  ». Cette rencontre, qui peut apparaître comme une reculade du gouvernement de Kinshasa, vise à «  formaliser le cessez-le-feu » décrété unilatéralement par le CNDP à la fin octobre.

6 : Les FDLR réclament l’ouverture d’un dialogue avec Kinshasa et Kigali qui ont adopté le 5 décembre un plan militaire pour les combattre à partir du 1er trimestre 2009. Les opérations de désarmement des FDLR devraient être menées conjointement par les FARDC et la MONUC avec un appui logistique et en renseignements du Rwanda.

7 : Le CNDP menace de quitter la réunion prévue le 8 si le gouvernement de la RDC insistait pour inclure d’autres groupes armés dans les pourparlers.

8 : Rencontre à Nairobi entre représentants du gouvernement de Kinshasa et du CNDP sous l’égide de l’ONU représentée par Olesegun Obasanjo. Soucieux de renouer avec Kigali, Bernard Kouchner, réagissant à la demande de Ban Ki-moon demandant l’envoi d’une bridging force au Kivu, exclut d’envoyer des troupes françaises au sol « car l’aéroport de Goma est trop proche de la frontière rwandaise ».

9 : Selon Obasanjo « des progrès [ont été réalisés] dans la mise en place des fondements des pourparlers sur le fond », prévoyant que cette nouvelle étape serait atteinte « avant Noël ».

10 : Les pourparlers entre le gouvernement congolais et le CNDP sont « bloquées ». Olesegun Obasanjo met en cause l’exigence, par la rébellion, de discussions englobant l’ensemble de la situation de la RDC et pas seulement le conflit du Kivu, ainsi que l’absence de mandat clair des négociateurs du CNDP. Le commissaire européen Louis Michel demande également à Nkunda d’abandonner ses revendications nationales pour se concentrer sur « les causes profondes » du conflit dans l’est du Congo. Et de déclarer également : «  le président Kagamé m’a autorisé à dire à M. Nkunda que (…) son exigence d’avoir une négociation globale sur tous les problèmes de la RDC était inadéquate ». Le CNDP accuse le médiateur de l’ONU de partialité et claque la porte.

12 : Un rapport d’experts de l’ONU accuse le Rwanda de soutenir le CNDP. Il prouve que le Rwanda apporte une aide multiforme au CNDP, notamment dans le recrutement d’enfants-soldats et dans la fourniture d’équipement militaire. Le rapport confirme également que le CNDP et les FDLR détournent à leur profit des sommes colossales en exploitant illégalement les richesses minières du Kivu : le CNDP contrôle la mine de coltan de Bibatama (territoire de Masisi) et vend le minerai à la MUNSAD, une société basée à Goma dirigée par un proche de Nkunda. Le conseil européen, réuni le 12 décembre, écarte l’envoi au Congo d’une mission militaire. Nicolas Sarkozy a estimé que la MONUC était bien suffisante en nombre pour remplir sa mission et a souligné que l’Angola était prêt à envoyer des troupes au Kivu «  à condition que ce soit sous mandat de l’ONU ».

17 : En raison des conclusions des experts de l’ONU, la Suède suspend son versement annuel au Rwanda de 14,5 millions de dollars d’aide budgétaire. Peu avant, les Pays-Bas avaient gelé leur aide de 4 millions de dollars au Rwanda.

20 : À Nairobi, signature par les seuls représentants du gouvernement congolais de la prolongation du cessez-le-feu.

21 : Refus du CNDP de renouveler la trêve. Malgré ce refus, le gouvernement congolais se dit « déterminé à continuer le dialogue ». La reprise des négociations a été fixée au 7 janvier 2009.

22 : Le Conseil de sécurité de l’ONU proroge, en le renforçant le mandat de la MONUC jusqu’à la fin de 2009.

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A l’avant plan, assis, l’envoyé spécial du SG de l’ONU, l’ancien président nigerian Olusegun Obasanjo (à à gauche), le ministre kenyan des Affaires étrangères, Moses Wetangula (à droite) ; à l’arrière, le ministre congolais de la Coopération internationale Raymond Tshibanda (2e à partir de la gauche) et Serge Kambasu Ngeve, le secrétaire exécutif du CNDP (2e à partir de la droite) le 8 décembre 2008 à Nairobi.|Photo : AP

Commentaire

Quelques enseignements sont à tirer de la chronologie des évènements :

1.- Il est impossible d’arriver à une solution négociée avec Nkunda dont les revendications se modifient régulièrement et deviennent de plus en plus irréalistes. Seules des mesures contraignantes – qui nécessitent le concours, volontaire ou forcé du gouvernement rwandais, seul à avoir prise sur Nkunda – paraissent en mesure de le stopper dans son aventure. En effet, de fortes pressions économiques sur le Rwanda – par exemple, conditionner l’aide financière internationale au Rwanda à ses initiatives pour annihiler le CNDP et Nkunda – sont seules en mesure de faire bouger les choses. La Suède et les Pays-Bas ont donné l’exemple ; quelques voix s’élèvent au Royaume-Uni, principal soutien du Rwanda avec les États-Unis, pour réclamer l’arrêt du versement à Kigali de dizaines de millions de livres sterling d’aide budgétaire. Toutefois le nÅ“ud du problème reste le pillage des ressources du Kivu : tant que « la communauté internationale » n’aura pas de comportement éthique en la matière, le coltan, l’étain etc… resteront des « minerais de sang » et le Kivu une sorte de Lebensraum rwandais. Aucune solution viable n’apparaît à l’heure actuelle. La « communauté internationale », comprenons l’Occident sous cette appellation énervante, préférera longtemps encore s’appuyer sur le Rwanda, plutôt que sur le Congo dont l’appareil d’État et le gouvernement sont d’une faiblesse inquiétante, pour s’assurer ses besoins en coltan et en cassitérite du Kivu, dont l’exploitation et l’exportation vers les consortiums occidentaux constituent son intérêt primordial.

2.- Le gouvernement de Kinshasa est en position de faiblesse dans la négociation, la situation, tant militaire – avec les échecs cuisants de ses forces armées -, que diplomatique – Kinshasa paraît isolé sur la scène internationale – lui est défavorable.

3.- L’ONU a démontré sa totale impuissance à régler la crise. Elle peine à trouver des renforts pour la MONUC : seuls 600 soldats du Bangladesh et quelques Guatémaltèques (ainsi qu’un avion belge) seraient disponibles à l’heure actuelle sur les 3000 dont l’envoi au Kivu est projeté. La MONUC a fait preuve de son impuissance à remplir son mandat, ne serait-ce que pour assurer la protection des civils dans le cadre du Chapitre VII de la charte des Nations-unies.

4.- L’Union européenne est divisée et se montre incapable de propositions sérieuses. La France porte une responsabilité particulière dans l’échec européen : Nicolas Sarkozy, dont le pays préside le Conseil européen jusqu’à la fin de l’année, a désavoué, le 12 décembre, son ministre des Affaires étrangères qui, le 29 octobre, s’était montré favorable à une intervention militaire européenne, préférant suggérer l’envoi au Kivu de troupes angolaises sous mandat de l’ONU. Les propos du président français laissent perplexe et sont susceptibles - si son souhait de voir l’Angola intervenir était exaucé - d’internationaliser le conflit, faute d’accord préalable du Rwanda. En réalité, tout à leur projet de renouer les relations diplomatiques avec le Rwanda – l’ « affaire Kabuyé », dont l’issue ne peut être que favorable à la chef du protocole de Kagamé, en est le moyen concerté par Paris et Kigali – les Français veulent éviter de s’engager dans un processus où des soldats européens se retrouveraient aux prises avec la rébellion tutsi. |*Alain Bischoff

 [1]


 
Notes:

[1] ( *A. Bischoff, historien, consultant pour l’ Afrique centrale, auteur de « Congo-Kinshasa, la décennie 1997-2007 », Editions du Cygne, avril 2008, 239 p.)

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