AFRIQUECHOS.CH
newsletter
Rechercher
 
Traduction
_L'INFO A LA SOURCE

_

 


 


ACCUEIL

L’Afrique dans la nasse de la crise financière
samedi 20 décembre 2008 Benjamin Bilombot Bitadys (correspondance particulière)
JPEG - 60 ko

Évidemment, bien sûr, on brûlerait d’envie d’explorer et dévoquer d’autres thémes. Plus souriants, comme l’arrivée de la barge pétrolière de la SNPC au large de Pointe-Noire au Congo-Brazzaville , plus réconfortants, comme la baisse des prix des produits agricoles . Plus ambitieux, comme l’ingénieuse idée de création des marchés boursiers au Gabon, en Angola ou le sommet sur le développement durable ténu au Congo-Brazzaville pour préserver l’avenir de la planète. Plus dramatique, comme la guerre au Nord-Kivu à l’Est du Congo Démocratique.


Mais voilà, quand on est confronté à un événement dont Alan Greenspan juge qu’il ne s’en produit qu’un seul par siècle, on n’a guère d’autre choix que de parler de la crise financière. Les pays pauvres, " ceux qui souffriront le plus de la crise financière et qui en sont le moins responsables ", selon le mot du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, observent, impavides, démunis, incrédules à quelle sauce ils vont être dévorés. la planète entière est désormais aux oukases de la Bourse. L ’Afrique qui tire essentiellement ses recettes d’exportation de la vente des matières premières a quelques soucis à se faire étant donné que la principale Bourse des matières premières est soumise au rythme des cotations. Sortira-t-elle indemne de cette passe boursière dont on ignore l’issue ?

L’onde de choc

Deux décennies après le krach boursier d’Octobre 1987, l’économie mondiale est de nouveau en proie à une tourmente financière dont le point de départ n’est autre que le pays de l’oncle Sam qui a conservé, depuis 1929, sa capacité de perturbation de l’économie mondiale. La crise financière qui s’est donc déclenchée sur le marché américain des prêts hypothécaires à risque en août 2007 s’est propagée comme une traînée de poudre , contaminant le reste l’économie réelle des pays avancés comme celle des pays en développement. Comme l’a déclaré à plusieurs reprises Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du FMI, aucun pays ne sera à l’abri du refroidissement en cours, car la mondialisation a rendu les économies dépendantes les unes des autres(Le Monde, 16 Octobre 2008). Abdoulaye Wade, le président du Sénégal, a eu tort de ricaner sur la crise financière car, le nuage des sup prime ne s’est pas arrêté à la frontière de l’Afrique. C’est une plaisanterie de mauvais aloi au moment où la Banque Mondiale pévoit une croissance mondiale de 0,9 % et un recul du commerce international de 2 %. Même les formidables croissances chinoise et indienne ont commencé à pâtir du déclin de la demande américaine et du renchérissement des prix des matières premières.

Les dominos de la crise

LE CHOC provoqué, lundi 15 septembre 2008, par l’annonce de la mise en faillite de la banque d’affaires Lehman Brothers(où travaillaient les Maradona, Mbemba Tostao et Zidane de la finance), le rachat précipité de Merrill Lynch, a fait vaciller les places financières du monde entier. Sur les marchés asiatiques, qui étaient fermés lundi, l’indice Nikkei a reculé mardi de 4,95 %, tandis que la place de Hongkong perdait 5,23 % et celle de Shanghai 4,47 %. Après leur journée noire de lundi, la baisse se poursuivait aussi en Europe, où Paris, Londres et Francfort reculaient de l’ordre de 1,5 % après avoir cédé respectivement 3,78 %, 3,92 % et 2,74 % la veille. Quelques heures après avoir vu l’indice Dow Jones à Wall Street terminer en baisse de 4,42 %. La Bourse de Moscou a fermé ses portes pendant trois jours, et Dimitri Melvedef et Vladimir Poutine, que pourtant pas grand-chose n’effraie, ont pris peur à l’idée d’être la prochaine victime collatérale de la crise des subprimes. Les investisseurs ont été pris de tournis. " Il ne s’est pas passé autant en une journée dans toute l’histoire financière depuis le grand krach de 1929 ", a indiqué Marcus Droga, directeur associé de Macquarie Private Wealth, à l’agence Dow Jones. Alan Greenspan, l’ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed), a affirmé de son côté que la crise actuelle était " un événement qui se produit une fois tous les cinquante ans, probablement une fois par siècle ". Aux Etats-Unis comme en Europe, le secteur financier a été la principale victime de la correction boursière. Mais si la baisse a été sévère, le " krach " tant redouté, soit une baisse de plus de 10 % en une seule séance, a toutefois été évité. Notamment grâce à l’intervention des banques centrales(Le Monde, 16 Septembre 2008). À l’évidence cette tempête boursière n’a pas d’effets directs sur le continent africain du fait de la faiblesse des places financières africaines, mis à part l’Afrique du Sud qui est la plaque tournante de la finance en Afrique. À quelque chose malheur est bon : l’Afrique qui ne pèse que pour 3 % dans le commerce mondial, 1 % des flux financiers qui circulent dans le monde et dont les banques sont peu intégrées sera peu touchée par les faillites bancaires. Il n’en reste pas moins que l’on puisse se préoccuper sur ses conséquences quant à l’évolution des cours des matières premières dont l’Afrique est un important exportateur. Logiquement, l’Afrique devrait être affectée par la bourrasque financière américaine. Trois origines sur les conséquences économiques sont envisageables : les fluctuations monétaires, l’évolution des cours du fait d’éventuelles spéculations ou encore leur évolution en raison d’une évolution des fondamentaux . En d’autres termes, la crise financière devrait modifier la position de l’Afrique sur le marché mondial c’est-à-dire à l’achat et à la vente de certains produits.

La chute des cours des matières premières

Les marchés de matières premières sont essentiellement des marchés à terme. Ils organisent le marché des produits dérivés. Les produits dérivés constituent un contrat dont la valeur dérive de la valeur anticipée d’un actif ou d’un taux d’intérêt. Ils représentent une promesse de vendre ou d’acheter à terme une action, une obligation, une marchandise ou une devise. Avec la crise financière américaine, on pourrait assister à un revirement des investisseurs des marchés occidentaux vers les marchés des matières premières comme New York, Chicago ou Londres. Si, on admet que les marchés à terme sont à 80% des marchés de spéculation, on pourrait alors penser qu’il y ait une corrélation dans le sens où il y aurait un report des investisseurs. Toutefois, il existe des fondamentaux qui sont assez porteurs sur certains de ces marchés et on devrait s’attendre cette fin d’année 2008 et le début d’année 2009 à des déficits sur le zinc, le pétrole, le fer, le cuivre, le café, le cacao et le sucre. Il est important de souligner que les cours des produits agricoles, dont l’Afrique est exportateur non négligeable, sont très volatiles. Les produits industriels sont les plus touchés par la crise financière venue des Etats-Unis(cuivre, or, aluminium diamant, pétrole, fer... ). Les importations des pays d’Asie et les exportations des pays occidentaux vers cette partie du monde connaîtront cette année une baisse qui se traduirait inéluctablement par une réduction de la demande mondiale des matières premières. Ce fléchissement aura pour conséquence immédiate une chute des recettes d’exportation des pays africains. Conséquence : accroissement des déficits budgétaires et une dégradation des finances publiques. Certains analystes accordent une place de choix aux fondamentaux par rapport à la spéculation, tout en soulignant leur interaction évidente étant entendu que c’est le propre des marchés à terme. Si la tempête boursière a un impact sur les matières premières, c’est au travers de ses implications sur l’offre et la demande. En cet automne 2008, la chute des prix des matières premières par rapport à leurs sommets de juin et de juillet se poursuit : le pétrole creuse le plancher des 50 dollars le baril. Le cours du barril enfonce pllancher après plancher. La baisse est tout aussi forte pour les métaux non ferreux que sont le cuivre ou l’aluminium, la palme revenant au nickel qui a perdu 80 % de sa valeur par rapport à ses sommets - excessifs - de mai 2007 ; des diminutions de l’ordre de 30 % pour l’acier et le minerai de fer provoquent déjà la panique dans la sidérurgie mondiale. Ce retournement spectaculaire de conjoncture économique s’explique par la baisse de la demande mondiale liée à la récession de la quasi-totalité des pays occidentaux et au ralentissement de la croissance des " grands émergents " au premier rang desquels on trouve la Chine, devenue en quelques années le pivot de la plupart des marchés de matières premières. Et puis il y a aussi l’impact de la crise financière et le retrait des capitaux en recherche de diversification qui s’étaient surtout investis sur les marchés d’indices(marchés spéculatifs où sévissent les edge funds à la recherche de placements à forts taux de rendements). En ces temps de crise financière et de recul de " l’économie réelle ", la baisse des prix des matières premières est une aubaine pour les pays consommateurs et un cauchemar pour les pays exportateurs dont les recettes d’exportation fondent comme neige au soleil(Le Monde, 24 Novembre 2008). En conséquence, cet impact sera plus important sur les produits "industriels" comme le cuivre, le cobalt, le pétrole ou l’aluminium que sur les produits "softs c’est-à-dire le café, le sucre, le cacao, l’arachide etc.

DANS le sillage de la crise des marchés financiers, maïs, blé et soja ont fortement reculé ces derniers mois. Sur le marché à terme de Chicago, vers lequel sont tournés les regards des acteurs des matières premières agricoles mondiales, l’inquiétude grandit. « Les marchés financiers sortent d’une fin d’année 2008 noire, assombrissant nettement les perspectives économiques mondiales et donc les perspectives pour la demande alimentaire . Ainsi le blé, aliment de base pour de nombreuses populations, a affiché son plus bas niveau depuis juillet 2007. Il chuté de 12 % en une semaine, à 5,6350 dollars le boisseau, la mesure de référence correspondant à 25 kilogrammes . Le contrat de maïs, pour sa part, a affiché une baisse de 10 %, à 4,0825 dollars le boisseau, contre 4,54 dollars sept jours plus tôt. Enfin, les graines de soja, dont l’Europe importe les trois quarts de sa consommation pour l’alimentation animale, ont reculé de 8,3 %, à 9,92 dollars. Le cas du maïs et du soja est un peu particulier puisqu’ils évoluent dans un contexte différent de celui du blé. « Ils font partie intégrante du complexe énergie et leurs cours sont influencés par les fluctuations du baril de pétrole », note l’Office national interprofessionnel des grandes cultures (Onigc) dans sa dernière lettre de conjoncture. L’autre facteur qui a provoqué la baisse des cours des matières premières est le niveau record de la récolte au cours de la campagne 2008-2009. Selon le Conseil international des céréales (CIC), la production mondiale, toutes céréales confondues (hors riz), devrait atteindre un record de 1,75 milliard de tonnes. « C’est le blé qui réalise la plus belle performance, notent les experts de l’Office national interprofessionnel des grandes cultures (Onigc). La production a même été revue à la hausse de 2 millions de tonnes, à 676 millions de tonnes, soit 67 millions de tonnes en plus que l’an dernier. Par exemple, la cotation française de la tonne de blé, liée au Marché à terme international de France (Matif), rendue au port de Rouen, a perdu 30 euros, à 157 euros. Le maïs, dont la récolte se passe en ce moment dans des conditions climatiques favorables avec de bons rendements, subit pour l’alimentation du bétail la concurrence des récoltes abondantes de blé fourrager notamment en provenance d’Ukraine ou de Grande-Bretagne. Le maïs a perdu en une semaine près de 2 euros, autour de 129 euros, pour le contrat « rendu Bordeaux ». La chute pourraittoutefois être limitée car, contrairement à l’énergie ou au textile, la consommation de blé, maïs et soja, utilisés pour l’alimentation, dépend moins nettement des secousses de l’environnement économique. Quoi qu’il en soit, à la différence de ce qui se passe avec le pétrole, pour les matières premières agricoles, ce n’est pas la rareté de l’offre qui engendre la volatilité des cours observée actuellement(Le Figaro, 15 Octobre 2008).

Tarissement des flux financiers

Il est évident que les pays riches, rudement touchés par le typhon financier, concentrés sur le sauvetage de leurs économies, s’apprêtent à réduire leur aide financière en direction de l’Afrique. Le président du Sénégal(encore lui) Abdoulaye Wade a eu beau jeu, cette fois-ci, de comparer les 700 milliards de dollars (555 milliards d’euros) du plan Paulson, aux 13,7 milliards de dollars de l’aide publique au développement(APD) versée annuellement à l’Afrique subsaharienne. Pour contrer cette hémorragie financière internationale, aux conséquences dévastatrices pour l’Afrique, la Banque mondiale a annoncé, le 11 novembre 2008, un quasi-triplement des capacités de prêts de sa filiale travaillant avec les Etats, la Banque internationale de reconstruction et développement (BIRD). Cette initiative vise à contrer les retraits de capitaux privés des pays développés qui pourraient s’accroître avec l’accelération de la crise économique .Selon la Banque mondiale, " les flux privés vers les pays en développement vont baisser de 1 000 milliards de dollars (795 milliards d’euros) en 2007 à environ 530 milliards de dollars en 2009, soit de 7,7 % à 3 % du produit intérieur brut de ces pays"(Le Monde, 12 Novembre 2008). Cette réduction de l’aide publique au développement(APD) se traduira en Afrique par des coupes claires dans les budgets destinés aux programmes sociaux(santé, éducation, protection maternelle et infantile, logements…) et par un gel du financement des infrastructures publiques(ponts, barrages, autoroutes, aéroports, hopitaux, universités, assainissement urbain…). Aussi, la récession dans les pays riches menace le volume des transferts financiers opérés par les émigrés africains (11 milliards en dollars 2007), par l’intermédiaire d’institutions financières très présentes et actives en Afrique : Western Union et Money Graham. Largement financé par ces fonds, fruit de dur labeur et parfois au péril de leur vie, le bâtiment en Afrique connaît une crise parallèle à celle du niveau de vie des diasporas. Mais, alors que le riz malien et sénégalais devenait compétitif, alors que les projets hydroélectriques et éoliens trouvaient des investisseurs étrangers, la baisse des cours des matières premières pourrait contribuer à renforcer la dépendance alimentaire et énergétique de l’Afrique. Les projets de développement gagés sur les recettes d’exportation des matières premières(cuivre, bois, pétrole…) et souvent confiées à des entreprises chinoises risquent ainsi d’être compromis ou d’accroître davantage la dépendance des pays Africains à l’égard de leurs partenaires. La mauvaise gouvernance et les situations de dépendance compromettent aussi les possibilités d’intervention des Etats. Au risque que la crise financière fasse plonger les taux de croissance à un niveau ne permettant plus de compenser le dynamisme démographique. Malgré le regain de tensions politiques dû à l’apparition de nouvelles richesses, malgré une corruption endémique, malgré tout, la crise financière pourrait marquer pour l’Afrique le début d’un véritable envol économique(The Economist, 11 Octobre 2008). Du fait, de sa très faible exposition aux produits sophistiqués de la finance. Evidemment touchée par la crise du crédit, l’Afrique noire pourrait en revanche confirmer son attractivité à l’égard des investisseurs (57 milliards de dollars en 2007, un record), si ces derniers considèrent que le continent n’est finalement guère plus risqué que les pays réputés stables mais en crise. Les investisseurs désertent les produits risqués au profit de ceux considérés comme plus sûrs, c’est le " flight to quality ". Il s’y ajoute désormais le " flight to simplicity " pour privilégier les produits" compréhensibles " quitte à être moins rémunérateurs. L’émergence d’un marché intérieur dans les villes africaines pourrait doper cette tendance, analyse Luc Rigouzzo, directeur général de Proparco, banque d’investissement de l’AFD(Le Monde, 25 Octobre 2008). Ce dynamisme potentiel suffira-t-il à compenser les conséquences dramatiques de la crise ? Quoi qu’il en soit, la demande mondiale des produits "industriels" et des produits "softs" est orientée à la baisse du fait de la crise financière américaine.

En ce début d’année 2009, l ’Afrique se doit d’intégrer cet aspect nouveau de conjoncture économique internationale dans sa stratégie de développement. Les populations africaines qui sont les souffre-douleurs des politiques de stabilisation édictées par la Banque Mondiale et le FMI devraient encore subir le contre choc boursier américain. Il est vrai que l’Afrique ne commerce pas beaucoup avec les Etats-Unis. Mais, l’Europe, qui est le premier partenaire commercial de l’Afrique, entretient des relations commerciales étroites avec les Etats-Unis. Si les échanges entre l’Europe et les Etats-Unis baissent, l’Afrique devrait enregistrer quelques remous. C’est au trvers des prévarications financièrres et monétaires que l’Afrique sera touchée. |Benjamin Bilombot Bitadys (correspondance particulière)


 
0 commentaires
Version à imprimer envoyer l'article par mail title= envoyer par mail Voir les commentaires/Réagir


Dans la même rubrique
 
Cameroun : il est temps d’agir en homme politique pour moderniser nos institutions territoriales 1er 05 2013
Cameroun : quand le silence du peuple se fait complice... 17 04 2013
Monsieur le Président de la république du Cameroun, vous avez toujours une solution : la dissolution 5 04 2013
Cameroun : le grand bordel sénatorial 21 03 2013
MCP : un nouveau « mouvement de revendication des droits civils » du peuple de la RDC 21 03 2013
Godefroid Elongama lance un SOS aux présidents dos Santos et Sassou Nguesso pour la formation des militaires congolais 31 01 2013
Cameroun : Le coût socio-économique d’une mauvaise politique domaniale. 26 12 2012
Cameroun : austérité, précarité, et silence 21 11 2012
La diplomatie africaine à l’épreuve de Barack Obama 8 11 2012
La politique camerounaise prisonnière du court terme 24 09 2012
Lettre à Son Excellence Monsieur Paul Biya, Président de la République du Cameroun 9 08 2012
Cameroun : La fin des subventions aux carburants, un mauvais calcul politique et économique pour le pays 25 07 2012
Au Kivu, l’enfer c’est les autres 20 07 2012
Cameroun : Le temps du débat 9 07 2012
Cameroun : malaise en République 8 06 2012
 
Copyrights ©Afriqu'Echos Magazine 2003-2008. Tous droits réservés.
CP. 304 1024 Ecublens-Lausanne /Suisse
Tél. ++41 79 365 04 24
e-mail:aem@afriquechos.ch webmaster@afriquechos.ch 2008
Design by Multiart