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Avec le parti socialiste au pouvoir pendant des décennies le credo n’était plus l’idéal progressiste mais l’embourgeoisement ostensible d’une classe politique qui s’engraissait à vue d’œil en encrassant l’espérance des lendemains moins durs pour le commun des Sénégalais. Quand le parti libéral, le PDS d’Abdoulaye Wade, arrive aux affaires en annonçant le « sopi » (changement), il va susciter la transhumance qui fera traverser la rue à de nombreux caciques du parti socialiste afin de ne pas trop s’éloigner de la mangeoire. Quant à ce qui resta de l’opposition il ne lui resta que ses yeux pour pleurer avec le peuple. Pendant ce temps, la relève interne au PDS, incarnée par Idrissa Seck, se fourvoya lamentablement permettant la réélection, par dépit, d’ Abdoulaye Wade. Qui pourrait léguer la présidence à son fils Karim Wade malgré le récent numéro d’enfant prodigue que vient de jouer l’ancien fils spirituel Idrissa Seck.
Il semblait écrit, en effet, que ce dernier allait succéder à Wade dont il avait été premier ministre et directeur de campagne. Sauf que le mentor et le fils putatif avaient des calendriers pas très accordés. Le vieux voulait rempiler tandis que le jeunot s’y voyait déjà conforté par un bilan des plus catastrophiques du président en place. En plus, téméraire, il voulait y arriver avec des fonds publics secrets dont le président lui avait confié juste la garde. Incarcéré, il ira jusqu’à signer une reconnaissance de détournement qui ruina ses chances d’être élu président. Il aura beau sortir des DVD dénonçant les turpitudes de Wade, Idrissa Seck réunira à peine 15 % de voix loin derrière Wade vainqueur dès le premier tour. Trois ans plus tard, il retourne chercher l’onction du « père » et d’annoncer sans bégayer : « Tous les malentendus qui ont pu avoir lieu entre nous ont été levés. Ce sont des retrouvailles sincères, totales et non ambiguës qui viennent d’être proclamées ».
L’ancien premier ministre Idrissa Seck| Photo d’archives : AFP
Oubliées donc les accusations réciproques de détournement de fonds publics, sauf que dans l’antichambre du pouvoir le fils biologique du président s’y est installé avec sa cour qui ne s’est pas privée de dénoncer ce retour à la maison très calculé. La « Génération du concret », mouvement des proches de Karim Wade a déclaré qu’elle ne pouvait pas avaliser « une telle forfaiture au nom du retour à une certaine morale politique et du bannissement des volte-face et autres reniements perpétuels ». Et d’asséner : « Les retrouvailles de la famille libérale devraient être fondées sur l’éthique. Voilà pourquoi nous sommes contre ces retrouvailles et avons décidé de nous battre ». Quelques jours plus tard, la candidature de Karim Wade pour la mairie de Dakar, en mars prochain, était annoncée.
En revenant à la maison, Idrissa Seck espérait se voir offrir, dans pas longtemps, le fauteuil présidentiel par un président qui a réussi à faire le vide en débauchant des opposants ou en prospérant sur la faiblesse de ses adversaires. Mais c’était oublier que la nature a horreur du vide et que celui qu’il a laissé a été occupé naturellement par Karim. Ce dernier montre déjà un appétit gargantuesque en chassant la mairie de la capitale pour sa première fonction politique. Tout le monde a dû se pousser afin de faire la place au fils. Un fils qui n’hésitera pas à pousser, pas seulement les anciens, mais aussi les murs pour installer la dynastie.|Botowamungu Kalome (AEM)
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