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RDC : La fierté retrouvée
lundi 30 mars 2009 Botowamungu Kalome (AEM)
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Nicolas Sarkozy et le président de la RDC Joseph Kabila arrivent au parlement, le 26 mars 2009 à Kinshasa|Photo : © AFP|

Quand le 15 juillet 2008 Joseph Kabila arrive en France pour une visite officielle, il n’est accueilli « que » par un secrétaire d’État. Du pain bénit pour ses détracteurs qui y voient un signe marquant de manque de considération de la part de la France. Un certain Mackson se lâcha même dans Afriqu’Echos : « Vous n’allez pas me dire que Sarkozy est souffrant. C’est vraiment pitoyable de voir un président aussi complexé. Pauvre Afrique, car cette absence en dit long. Réfléchissez ». Jeudi 26 mars, Nicolas Sarkozy arrive à Kinshasa en visite officielle et n’est accueilli à l’aéroport « que » par le premier ministre Adolphe Muzito. Joseph Kabila a offert à son hôte exactement le même protocole que celui dont il avait bénéficié en France.


Joseph Kabila n’a donc pas fait de complexe, ni de zèle. La fin de la Françafrique ne sera pas mise en Å“uvre unilatéralement par Sarkozy, elle le sera également par l’abandon des postures infantilisantes de la part de nos dirigeants. Cela veut notamment dire un protocole équivalent chez les uns et les autres. Koffi Annan, à l’époque secrétaire général de l’Onu en séjour à Kinshasa, avait commis la « maladresse » de recevoir l’opposition avant de rencontrer le président congolais, ce dernier l’a ignoré jusqu’à son départ de Kinshasa. Quand les ambassadeurs des pays de l’Union européenne jouent volontairement au bouclier humain à la résidence de Jean-Pierre Bemba, Kabila n’empêche pas son armée de canarder et ne s’en excuse pas.

Il commence à me plaire le petit Joseph : il ne paye pas de mine, il n’a pas la même verve oratoire mystificatrice que Mobutu, il n’instrumentalise pas la fibre patriotique des Congolais comme ce dernier, il n’exprime pas abruptement et maladroitement ses positions comme son prédécesseur Laurent-Désiré… et pourtant il n’a pas moins de caractère et de fierté que ses deux prédécesseurs. En plus, il semble jouir de la baraka qui le voit gratifier sa présidence du trophée du premier Championnat d’Afrique des Nations de football sous la férule du… Maréchal Santos Muntubile. Trente-cinq ans que le peuple congolais attendait cela !

C’est après qu’il soit disparu que le président Mobutu a exercé une vraie fascination sur moi. Imaginez que tous les jours à 18 heures sur La Voix du Zaïre, dans l’émission des Forces armées zaïroises, il faisait croire aux Zaïrois qu’ils avaient l’armée la plus redoutable de l’Afrique : «  Soki nalobaka : Oyo ekoya eya, natiaka motema na ngai na ba bérets rouges, na ba bérets verts, na ba fantassins oyo toza na bango…  ». Traduisez : «  Si j’ai toujours claironné : Advienne que pourra, c’est parce que j’ai une totale confiance en nos bérets rouges, en nos bérets verts et en nos fantassins ». Mais avec le recul, l’on se rend compte qu’à part Faya-Largeau au Tchad contre les forces libyennes et Moba où les Faz avaient bombardé un village de pêcheurs déserté par les rebelles, l’on a du mal à répertorier plus de hauts faits militaires de l’autoproclamé maréchal Mobutu. Qui n’a gagné aucune guerre sans l’aide étrangère : française, marocaine en l’occurrence et même des mercenaires. Puis, le sanguinaire Paul Kagamé et sa marionnette Laurent-Désiré Kabila passèrent par là : les crocs et les griffes du « léopard » étaient factices, sa redoutable armée ne l’était que dans le baratin de son entourage. Et les Congolais perdirent leur fierté devant une armée rwandaise arrogante sévissant dans le nord-est de leur pays. Même au football, l’équipe nationale rwandaise s’offrit le luxe de battre celle de la RDC. Ç ’en était trop pour la fierté congolaise.

Léopards triomphants, Sarkozy emphatique… Tout va bien

Joseph Kabila donne souvent l’impression de tout céder à ses adversaires. Quand des critiques s’abattent sur lui, il ne dément jamais donnant du crédit à des accusations tantôt vraisemblables, tantôt farfelues. Mais au final, les gros psychodrames annoncés n’adviennent jamais et il en sort toujours grandi, renforcé. Humilié à plusieurs reprises, ainsi que son armée, par Laurent Nkundabatware coaché par Paul Kagamé, Kabila va mener une diplomatie de fourmi qui aboutit à un rapport de l’Onu qui met hors d’état de nuire ce funeste duo. Quand ses opposants s’offusquent de la manière utilisée (opération militaire conjointe), le président congolais fait taire les critiques par des résultats spectaculaires obtenus dans les échéances très brèves comme annoncées.

Dans la foulée, privée piteusement de la prochaine phase finale de la Coupe d’Afriques des Nations, l’équipe nationale de football de la RDC va remporter la première édition du Championnat d’Afrique des Nations après un coup de fil dopant passé la veille de la finale par le président de la République à l’entraîneur et au capitaine. Autre fait significatif, cette équipe était coachée par un fils du pays.

Période faste, en effet, en termes d’image comme l’attestent ces quelques passages du discours de Nicolas Sarkozy au parlement congolais : «  L’Afrique bat au même rythme que le reste du monde. Et le cÅ“ur de l’Afrique, il bat ici, en République Démocratique du Congo (…) Je ne suis pas venu saluer un pays comme les autres. Je suis venu saluer un pays que la France porte dans son cÅ“ur. Je suis venu saluer un géant ! (…) La vocation du Congo n’est pas d’être le maillon faible de l’Afrique centrale, mais sa colonne vertébrale, la puissance garante de sa stabilité, la locomotive de toute l’économie régionale, un acteur de poids en Afrique, à l’ONU, à l’OMC, dans la Francophonie et bien ailleurs. (…) En sus d’une nature opulente, vous disposez d’un capital précieux : votre peuple, sa jeunesse, son dynamisme, sa créativité ». Rien à voir avec le discours de Dakar du même Sarkozy qui avait qualifié quasiment les Africains d’un peuple sans Histoire et sans perspective.

Mais tout de même…

Les Congolais ont là quelques raisons d’estimer qu’ils sont en train de retrouver leur fierté mais certaines attitudes posent problème. L’unanimité emportée par Sarkozy dans la classe politique et dans les médias kinois dénotent de beaucoup de crédulité, presque de la naïveté. Autant d’euphorie inexpliquée autour d’un simple discours qui ne révèle pas le moindre engagement clair et fort si ce n’est une vague promesse d’aider à l’annulation de la dette… sous conditions.

Aussi, l’on a un peu du mal à comprendre les objectifs réels poursuivis par l’épouse du chef de l’État, Olive Lembe, qui vient de décréter une tournée dans toutes les provinces des « Léopards ». Qui financera cette opération pas du tout nécessaire ? Un peu de respect pour les Congolais qui attendent mieux et autre chose que cette longue, interminable et coûteuse opération de marketing politique d’un autre âge. Les Congolais attendent qu’on les mette plutôt au travail que de leur proposer de festoyer encore et encore fût-il pour montrer qu’ils sont un peuple fier.| Botowamungu Kalome (AEM)


 
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