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La dette, l’autre casserole du Congo-Brazzaville
lundi 13 juillet 2009 Benjamin Bilombot Bitadys (correspondance particulière)
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Le pétrole contribue à près de 76% au budget de l’État et à 95% des exportations de la République du Congo

C’est peu gloser que d’affirmer que les relations entre les institutions financières internationales et le Congo-Brazzaville sont au beau fixe. Ce pays pétrolier d’Afrique centrale, qui a toujours entretenu de relations tumultueuses avec la communauté financière pour ses piètres prouesses macroéconomiques, se voit désormais décerner un blanc-seing de la bonne gouvernance. Le bon Dieu sans confession ! La Banque Mondiale, le F.M.I, le Club de Paris et le Club de Londres se sont lancés dans une sorte de concours Lépine de la finance internationale. De leur côté, les grandes capitales occidentales et les cabinets de lobbying ne sont pas à la marge.


La tête dans les étoiles

En matière financière, le Congo-Brazzaville est dans un petit nuage. Ça n’arrête pas. Les bonnes nouvelles tombent du ciel, comme par hasard. La lune de miel se poursuit jusqu’au point d’achèvement de l’initiative pays pauvres très endettés (PPTE). C’est, clairement, l’objectif visé par les autorités du Congo-Brazzaville. Et, ça marche ! Il ne se passe pas un trimestre ou un semestre sans que la dette du Congo-Brazzaville ne puisse bénéficier d’une réduction, d’une annulation, d’un rééchelonnement, d’un moratoire, d’un allégement… Et ceci à la grande satisfaction des autorités en charge de la conduite de la politique économique du Congo-Brazzaville dont la dette totale s’élevait à 9’200 milliards de francs CFA en 2007 soit 133 % du PIB. C’est énorme ! En effet, le Congo Brazzaville est aujourd’hui préoccupé par l’aboutissement de son cheminement vers le point d’achèvement de l’Initiative PPTE, étape décisive au terme de laquelle les allégements intérimaires déjà obtenus et portant exclusivement sur les flux, seraient complétés par d’autres allégements encore plus substantiels calculés sur l’ensemble du stock de la dette

À tout seigneur, tout honneur

C’est Paris qui a ouvert le bal de la philanthropie de la dette, comme par enchantement, montrant ainsi la voie à la communauté financière internationale. Par Décret n°2008-162 du 21 février 2008, la France confirmait une annulation de 780 millions d’euros. Les créanciers du Club de Paris, le 11 décembre 2008, accordaient un allègement de la dette publique extérieure du Congo-Brazzaville, suite à l’approbation, le 8 décembre 2008, par le Fonds Monétaire International d’un nouvel arrangement de trois ans au titre de la Facilité pour la Réduction de la Pauvreté et pour la Croissance. 643 millions de dollars ont été annulés immédiatement et 119 millions de dollars ont été rééchelonnés.

L’Italie, représentée par son ambassadeur, Angelo Travaglini, a annulé, le 07 mars 2009, la totalité de la dette du Congo-Brazzaville, dans le cadre de ce dernier accord, soit plus de 53 millions d’euros (Mwinda, 12 Mars 2009).

C’était ensuite le tour de Berlin et Francfort de s’y coller en mettant la main à la pâte (à la poche, serait-on tenté de dire !). Le gouvernement allemand annulait ainsi, le 10 Avril 2009, 22 milliards de francs CFA (44 millions de dollars américains) sur les crédits commerciaux et rééchelonnés sur 48 ans, dont 16 de différé d’amortissement, 6 milliards de Francs CFA (12 millions de dollars US) de la dette du Congo-Brazzaville. L’accord relatif à cette annulation et à ce rééchelonnement a été signé par le ministre congolais de l’Économie, des Finances et du Budget, Pacifique Issobeïka et l’ambassadeur d’Allemagne au Congo-Brazzaville, Dr Ayel Wieshaupt. L’accord porte sur l’annulation de l’ensemble des crédits commerciaux en principal et en intérêt dus au titre des accords conclus entre le gouvernement congolais et l’Allemagne. « Ces annulations ainsi que ces rééchelonnements confirment le caractère déterminant de la coopération qui unit le Congo-Brazzaville et l’Allemagne » a déclaré M. Pacifique Issobeïka, soulignant que cet accord, qui porte solution à l’obstacle majeur au développement du Congo-Brazzaville, permettra de relancer et de diversifier les relations économiques entre les deux pays (Infopagecongo, 11 Avril 2009).

La course effrénée à la générosité financière internationale ne pouvait se refermer sans le bouquet final du pays de l’oncle Sam qui a annulé totalement la dette du Congo-Brazzaville d’un montant de sept milliards de Francs CFA. Le document relatif à cette annulation a été signé le 12 juin à Brazzaville entre l’ambassadeur des États-Unis au Congo-Brazzaville, Allan Eastan, et le ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Pacifique Issoïbeka. « Cet accord bilatéral a annulé la dette de prêt accordé par la Banque américaine d’export/import et le Département américain de l’Agriculture. Conformément à la politique américaine sur la dette pour les pays ayant atteint le point de décision sur la nécessité des pays pauvres très endettés en application de manière satisfaisante du programme de réforme macroéconomique par le FMI », a précisé le diplomate américain. « Il annule à 100% la dette du Congo-Brazzaville ainsi que les charges y afférentes. » Ainsi, ce document fait suite à plusieurs autres signés entre les deux pays dans le cadre du rééchelonnement de la dette. Le premier a été signé le 26 juin 1987. Les autres ont suivi, respectivement les 6 mai et 21 novembre 1994, les 6 mai et 8 juillet 2005 et le 31 janvier 2007. Cet acte témoigne donc de l’intérêt que les États-Unis d’Amérique de Barak Obama, Tim Getner et Hilary Clinton accordent à la réussite du programme de la facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance au Congo-Brazzaville, a signifié le ministre congolais des Finances. « Nous souhaitons donc, qu’à l’avenir, cette coopération se diversifie, notamment en faveur des grands projets structurants qui concourent au développement économique et social du Congo-Brazzaville », a-t-il déclaré (PANA, 12 Juin 2009) .

Ces accords font suite au procès-verbal relatif à la consolidation de la dette du Congo-Brazzaville signé à Paris le 11 décembre 2008 par les pays membres du Club de Paris. Par ailleurs, les autorités du Congo-Brazzaville, par l’entremise de Pacifique Issoïbeka, ont assuré leurs cosignataires de l’engagement du gouvernement à faire bon usage des ressources résultant de ces annulations. Faudrait-il les croire ? Les promesses n’engageant que ceux qui les entendent, rien n’est moins sûr ! Au Congo-Brazzaville, annulation et réduction de dette ne riment pas avec bonne gouvernance des finances publiques. En dépit donc des mesures de réduction-annulation-restructuration de la communauté financière internationale, la dette totale se situe à hauteur de 6000 milliards de Francs CFA. Sa dimension donne le tournis au regard de l’aisance financière de ce petit émirat pétrolier et forestier ! Malgré la bienveillance, malgré tout, le Congo-Brazzaville continue d’empiler des dettes, puisque les comptes publics et sociaux étaient toujours dans le rouge. Chassez le naturel, il revient au galop !

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Le gouvernement a lancé, en 2008 le projet de développement agricole et de réhabilitation des pistes agricoles (Pdarp). Ce projet d’un montant total de 40 millions de dollars devrait être exécuté sur une période de cinq ans dans huit des dix départements administratifs du pays.

Le cholestérol de l’économie

Le déficit du budget se creuse depuis plusieurs années. C’est désormais un fait économique incontournable et implacable. Et voilà que l’on se demande gravement : « Le Congo-Brazzaville va-t-il échapper à la rigueur budgétaire ? » Comme si, en présence des dérapages des finances de nos administrations, une gestion plus saine des deniers de l’État et des collectivités locales n’eût pas été, de toute façon, indispensable ! Comme si, après trente ans d’accumulation des déficits budgétaires, et donc de la dette, le Congo-Brazzaville pouvait continuer sans souci à cacher ses déficits sous le tapis ! Vertu ou bonne gestion, le fait est que le Congo-Brazzaville n’échappera pas à une forme de rigueur budgétaire, que le terme plaise ou pas. En 1980-1990, elle était déjà à l’ordre du jour des négociations avec le F.M.I et la Banque Mondiale à l’occasion de la mise en place des premiers programmes d’ajustements structurels (P.A.S). Elle l’est encore plus aujourd’hui. Les comptes publics et sociaux, plombés par une conjoncture plutôt morose (baisse du prix des matières premières, révision à la baisse du taux de croissance autour de 6,8 %…) penchent de plus en plus dangereusement dans la mauvaise direction. Alors oui, il faudra beaucoup de rigueur pour rétablir l’équilibre macroéconomique des finances publiques du Congo-Brazzaville. Mais comme le cholestérol, il y a la bonne et la mauvaise rigueur. La seconde est celle qui consiste à augmenter les prélèvements. Cette solution fiscale est à exclure. Le Congo-Brazzaville enregistre déjà l’un des taux de prélèvements obligatoires les plus élevés de la CEMAC. Ce n’est donc pas en chargeant davantage la barque que l’on obtiendra une situation plus saine et une croissance plus élevée. La bonne rigueur, en revanche, est celle qui consiste à réduire intelligemment les dépenses inutiles (route de l’Équateur, marchés à plusieurs étages à Oyo, mausolée de Brazza, clientélisme politique) et à privilégier les investissements productifs (BTP, santé, éducation, nouvelles technologies, secteur industriel, protection de l’environnement, tourisme, artisanat, PME…).

L’endettement est un rite économique incontournable. Son efficacité dépend de son usage. Le ralentissement de la croissance et le dérapage des déficits renvoient le gouvernement et le Parlement à leurs responsabilités. Dans ses discours, Ronald Reagan commandait d’« affamer la bête » (starve the beast ) pour réduire les dépenses de l’État fédéral. Puis il laissa des déficits publics colossaux. Au Congo-Brazzaville, l’administration Sassou Nguesso, rompue à la magie du verbe, passe d’un slogan à un autre en laissant filer les déficits budgétaires. L’heure de vérité approche. Pour éviter la mauvaise rigueur (la hausse des impôts), la bonne rigueur est nécessaire. D’ordinaire, qui paie ses dettes s’enrichit. Au Congo-Brazzaville, celui à qui l’on remet ses dettes a du mal à s’en remettre.|Benjamin Bilombot Bitadys (correspondance particulière)


 
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