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Florian Marsaud ‘Mundele Swede’ : « Papa Wemba m’avait approché et Koffi Olomide est venu me voir plusieurs fois »
lundi 28 septembre 2009 Jossart Muanza(AEM)
Un Français qui évolue dans un orchestre de musique traditionnelle à Kinshasa : cela aurait pu rester juste une anecdote et le Blanc une simple attraction sans plus. Mais l’aventure de Florian Marsaud surnommé « Mundele Swede » au sein du groupe de Chiga Chiga a été une entreprise artistique sérieuse. La surprenante recrue s’est appliquée consciencieusement dans l’apprentissage des danses congolaises au point de susciter l’intérêt des grosses pointures comme Papa Wemba et Koffi Olomide pour ne citer que ceux-là. À son retour en France, Mundele Swede « amena » le groupe Véritable succès Swede Swede de Kintambo en tournée avant de retrouver son « frère noir » Chiga Chiga au studio vingt ans après. Entretien avec un artiste, un homme, un Européen marqué à vie par l’humanité, la générosité et le foisonnement culturel qu’il a connus à Kinshasa.

AFRIQU’ÉCHOS MAGAZINE (AEM) : Vous intervenez au chant dans une chanson du nouvel album de Chiga Chiga, c’est une première…

FLORIAN MARSAUD (FM) : Effectivement, car je ne suis pas chanteur. Je suis un simple mélomane, sinon dans la vie active, je suis dans le métier de la banque et professeur d’économie à l’Université d’Auvergne. Pour avoir vécu au Congo de 1989 à 1991, j’aime la musique africaine, notamment celle du Bénin, de Centrafrique et surtout celle du Congo qui est une référence. Lors de mon séjour en RDC, j’allais souvent assister aux concerts et j’ai beaucoup de respect pour la musique traditionnelle qui est extrêmement dansante et variée.

AEM : Comment s’est nouée la collaboration avec Chiga Chiga ?

FM : C’est une amie, Madeleine Tandisa, qui m’avait invité à une production du groupe au sein duquel évoluait son frère Emma en tant que danseur, c’est à cette occasion que j’ai connu Chiga-Chiga. C’était en 1990 et à l’époque il y avait une grande rivalité entre le Véritable Succès Swede Swede de Kintambo de Chiga Chiga et le Swede Swede de Boketshu Premier. D’un côté il y avait le talent et une vraie voix, et de l’autre le paraître, la Sape. J ’ai donc été séduit par la voix et le talent de Chiga Chiga.

AEM : Et cela vous a décidé d’intégrer le groupe ?

FM : J’ai effectivement intégré le groupe en septembre 1990 alors que j’étais à Kinshasa pour mon service national pour la caisse nationale de coopération internationale. Malgré mon emploi du temps, je m’arrangeais au mieux pour participer aux répétitions de danse que dirigeait Emma. Ma présence aux séances de répétitions et sur scène était devenue une attraction pour les Congolais qui voyaient un Blanc exhiber leurs danses traditionnelles. Grâce à cela, nous avions rempli des stades et fait pas mal de scènes. Je me souviens encore de notre énorme succès à l’Esplanade du Palais du peuple devant une foule estimée à 100 000 personnes. Le succès du groupe était tel que Papa Wemba m’a souvent approché et Koffi Olomide est venu me voir... Comme le groupe avait le vent en poupe, j’ai facilité l’organisation d’une tournée européenne en 1991 (2)avec l’appui du centre culturel français. Ce qui avait permis au groupe de participer au festival d’Aurillac en Auvergne. Je n’avais, cependant, pas participé aux concerts de cette tournée car je ne voulais, en aucun cas, voler la vedette à Chiga Chiga car c’est lui qui possède toutes les qualités vocales et artistiques.

« 

Les gens vont retrouver ma voix, la voix de Mundele Swede qu’ils ont connue, avec des cris d’animation.

 »

AEM : Et puis la nouvelle aventure de cet album ?

FM : Chiga et Chiga et ses musiciens se sont installés en Europe. Les années ont passé et je n’avais plus aucun contact avec lui jusqu’à cet enregistrement d’une chanson sur son nouvel album(1) . Un morceau très festif pour consacrer ces retrouvailles, et sur lequel j’interviens en français et Chiga en lingala. C’est un morceau très moderne et très dansant, qui va faire bouger dans les boîtes. Alors que les gens parlent de la crise, cette chanson va sortir beaucoup d’entre eux de ce quotidien sombre...C’est un morceau très original sur lequel les gens vont retrouver ma voix, la voix de Mundele Swede qu’ils ont connue, avec des cris d’animation.

AEM : Et comment vous sentez l’album ?

FM : Cet album, dont vous avez d’ailleurs pu écouter des extraits au studio à Neuchâtel, est une dynamite, un album de grande classe, empreint du creuset culturel de toutes les ethnies de la RDC , avec le chant et des choeurs d’une chanteuse suisse, une pépite, un véritable joyau, incisif, percutant, pour lequel rien n’a été laissé au hasard. Chiga Chiga est quelqu’un de très professionnel, qui ne fait pas de caprice de star, très respectueux de son public, et qui ne renie pas ses origines. Quelqu’un de très ouvert à toutes les influences mondiales. Cet album dédié aux femmes, au public féminin, c’est de la vraie world music du creuset central, une contribution à l’évolution de la musique africaine.

AEM : Chiga Chiga est-il resté le même vingt ans après ?

FM : Je trouve qu’en vingt ans il a beaucoup appris au contact des expériences musicales occidentales, qu’il a acquis de la maturité et là c’est un monsieur de la chanson. Il se nourrit de toutes les musiques, il a mûri et avec ça il a gardé ses origines, la tête sur les épaules... Il parle, il pense pays, il aime les autres. Sans faire de politique, de théories, il pense à tous les Congolais, son pays est tout pour lui, il aime tous ses compatriotes de toutes les provinces.

AEM : On parle également de votre participation à un clip ?

FM : Effectivement. Un clip de l’un des titres de cet album sera tourné en octobre à Paris par un vidéaste français de renom, un professionnel de la photo et cinéaste qui a déjà réalisé des courts métrages... Ce tournage se fera sur tous les monuments parisiens, une manière de faire un clin d’oeil à Paris... Nous avons pensé à faire une résonance du premier pays, de la première ville qui a accueilli Chiga Chiga et son groupe en 1991.

« La RDC m’a beaucoup donné »

AEM : Une tournée est prévue en Afrique, notamment en RDC pour la promotion de cet album, en feriez-vous partie ?

FM : En deux ans, le Congo m’a beaucoup donné... À L’époque, Mobutu avait même promis de me décorer de l’ordre national du Léopard mais j’avais refusé à cause de mon statut. Le peuple congolais est d’une humanité que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Comme je l’avais souligné dans une interview avec l’un de vos confrères de France, en France on danse mais en Afrique le corps vibre, il y a du plaisir à danser. J’ai encore, en tête, le regard de ces mamans qui m’admiraient comme si j’étais leur enfant et de celui de ces enfants comme si j’étais leur héros. Ce sera donc un plaisir de retrouver tous ces gens, de leur rendre ce qu’ils m’ont donné. Le Congo me manque, tout comme l’Afrique, je vois souvent dans mes rêves la couleur de la terre africaine, sa richesse, l’humanité, avec toujours le même regard, la joie de vivre. Le Congo est ma deuxième patrie de coeur, même si, c’est vrai, je n’ai pas de passeport congolais, j’aime bien mes amis congolais, j’aime beaucoup discuter avec eux. Je serai donc ravi de retrouver des amis, de revoir des têtes...

AEM : Enfin, quel est votre avis sur l’évolution de la musique congolaise ?

FM : Rien ne me surprend par ce qui arrive, je parle ici du style rap auquel de plus en plus de jeunes congolais s’exercent ; c’est intéressant mais pas durable, ce n’est pas suffisamment construit, pas créatif. Pas étonnant donc que leurs produits ne trouvent pas facilement preneur... Ce n’est pas lié à l’histoire de leur pays et il n’y a pas de création. Contrairement à ceux qui ont marqué l’histoire de leur pays avec des paroles et des thèmes forts et intéressants : Zaïko Langa Langa, Tabu Ley, Tshala Muana, Koffi Olomide et Papa Wemba. Heureusement que la musique de Chiga Chiga s’inscrit dans la durée. |Propos recueillis par Jossart Muanza (AEM)

A LIRE EGALEMENT SUR

Digitalcongo.net>>>>

Africatime.com>>>>


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Notes:

[1] (1 ) Présentation officielle à Lausanne de l’album Nsombe de Chiga Chiga le samedi 28 novembre 2009 au Centre Pluriculturel et social d’Ouchy (CPO ), Chemin de Beau-Rivage 2, Lausanne , non loin du Musée Olympique.

(2) Le groupe était alors composé d’une dizaine de musiciens dont Don Camilo, Vicky Tolo, Costa Rica, Mimi Orange, Le Beau, Kennedy Mbala, Mopeko Las, Lozizi Poster, Sadam Chéri Bokoko, Shada. Outre le festival d’Auriac, ils se sont ensuite produits en Belgique, en Suède, en Norvège, en Allemagne, et enfin en Suisse.

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