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Aggravation de la crise Angola-RDC : La Taag suspend ses vols vers la RDC
dimanche 11 octobre 2009 Jossart Muanza(AEM)
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Des centaines d’expulsés angolais, que des transporteurs congolais refusent d’embarquer à bord de leurs véhicules, arrivent de Matadi à pied jusqu’à la frontière de Luvo

Le gouvernement angolais a décidé, le jeudi 8 octobre, de suspendre les vols de la compagnie aérienne nationale TAAG vers la République Démocratique du Congo jusqu’à « la clarification sur l’expulsion des Angolais dont beaucoup vivaient régulièrement dans ce pays », a annoncé, dans un communiqué, le ministère des relations extérieures. L’Angola juge, en effet, « disproportionnée et excessive » la mesure d’expulsion votée par le Parlement congolais et qui viserait « tous les Angolais, sans aucune exception ». Pour Luanda : « Il n’y a rien de comparable avec la décision légale et légitime que le gouvernement angolais a prise de renvoyer chez eux des clandestins de plusieurs nationalités, parmi lesquels des Congolais qui se livraient impunément à l’exploration et au trafic illicite de diamants ainsi qu’à d’autres actes répréhensibles ».


C’est l’explication qu’a également développée le chef d’état-major des Forces armées angolaises (FAA) : « Depuis 2002, nous remarquons que cette situation s’est aggravée de plus en plus. Entre 2003 et 2004, les FAA ont été appelées à participer à une opération conjointe avec la Police nationale, pour identifier et retirer des nationaux ou étrangers de ces zones. Cette opération, appelée "Brilhante", menée entre 2003 et 2005, s’est soldée par l’interpellation d’environ 120.000 étrangers illégaux dont 115.000 étaient des ressortissants de la RDC. Une autre action du genre, l’opération "Toupeira", entre 2007 et 2008, a permis l’arrestation et l’expulsion, en seulement 37 jours, de 56.000 étrangers illégaux. Cette année, de mai à septembre, s’est réalisée l’opération "Crise" avec 48.000 personnes dont 26.000 étrangers. »

« Si Luanda optait pour une réponse "oeil pour œil, dent pour dent" la RDC serait le plus grand perdant »

Le général Francisco Furtado rappelle, par ailleurs, qu’au moins un million de ressortissants de la République Démocratique du Congo vivent illégalement en Angola. Cependant, il estime que l’expulsion des Angolais ne doit pas mériter une réponse semblable de la part du gouvernement congolais. Il souligne en passant que si Luanda optait pour une réponse « oeil pour oeil, dent pour dent » ce serait la RDC qui en serait le plus grand perdant. Ces propos ont été mal accueillis par les bakongos qui se sont dits étonnés par l’ ignorance de certains dignitaires du gouvernement angolais qui, selon eux, ne savent pas faire la différence entre les "regressados" (Angolais rentrés du Congo) et les ressortissants congolais.

En attendant, son pays est en train de tout mettre en oeuvre pour garantir « de meilleures conditions d’accueil de leurs concitoyens » et « pallier à la précarité de la situation humanitaire dans laquelle ils se trouvent » tout en appelant la RDC au respect du droit International afin de permette que le retour des Angolais se fasse de manière organisée et que leurs vies et biens soient respectés.

Le gouvernement angolais souhaite des solutions sur la base du droit International et a évoqué des contacts au plus haut niveau avec les autorités de la RDC : « Nous pensons qu’il y a urgence, dans un premier temps, d’essayer, au plus haut niveau, de sensibiliser pour contenir la situation et, dans une seconde phase, de travailler au niveau des commissions bilatérales sur l’analyse des questions liées à la frontière, de manière générale, et sur celles des citoyens étrangers et des réfugiés dans chacun des deux pays. »

Cascade d’expulsions des Angolais

Jeudi 8 octobre, le nombre d’Angolais arrivés de la RDC par les frontières des provinces du Zaire, de Cabinda et de Uíge(nord), était estimé à au moins 3500. À la frontière de Kimbata, dans la province de Uíge, on signalait la présence de plus de 1.000 rapatriés alors que le gouverneur provincial Mawete Joao Batista annonçait l’arrivée imminente de 15 000 autres au moins. Les Angolais expulsés dénoncent les atrocités dont ils seraient victimes de la part des autorités migratoires de la RDC affirmant être contraints d’abandonner tout ce qu’ils avaient acquis durant des décennies dans ce pays. Parmi ces Angolais, certains ont résidé pendant plus de 60 ans en RDC. C’est le cas de Nguimbi Sebastião, 77 ans, qui y vivait depuis 1947 : « Si nous vivions illégalement dans ce pays, il serait normal que nous soyons frappés par cette mesure. Cependant, nous avons nos documents, qui nous identifient comme étrangers résidents, je crois qu’il n’y a aucune raison à ce que les autorités migratoires de la RDC procèdent de la sorte ». Ngonde Manuel, 53 ans, vivait à Kinshasa, avec un titre de séjour, mais a tout de même été expulsé laissant tous ses biens : « Après avoir été cueillis dans nos domiciles, nous avons été conduits à la commune où nous avons été soumis à un interrogatoire. Ils nous ont dit que tous ceux qui n’avaient pas le passeport de leur pays d’origine allaient être rapatriés ». De source officielle à Luanda, on signale que 5. 000 Angolais vivant à Goma, dans l’est de la RDC, sont également touchés par cette mesure de « rétorsion ». D’après le témoignage d’un ressortissant angolais, la colère des Congolais s’expliquerait par les mauvais traitements dont seraient victimes les leurs de la part des Angolais. «  Ils estiment être maltraités sur notre terre et que, pour cette raison, nous devons partir de chez eux » a, de son côté, raconté aux journalistes une Angolaise expulsée de cette région.

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On estime à au moins 600 le nombre de personnes expulsées de la RD Congo arrivant quotidiennement à la frontière de Kimbata , dans la province de Uíge

« Des appels radiodiffusés pour l’expulsion des Angolais en guise de représailles »

Dans le Bas-Congo, selon Radio Okapi, des instructeurs angolais de la base de Kitona ont été pris à partie par une foule venue « applaudir l’expulsion des Angolais ». Les militaires angolais ont tiré de coups de feu en l’air et il a fallu l’intervention de la police locale pour restaurer le calme. Aucune victime ni blessé n’est cependant à déplorer contrairement à ce que rapportent certains confrères de Kinshasa, repris par Digitalcongo.net.

Toujours dans la même région, deux stations de radio seraient en train d’inciter les populations à la haine contre les citoyens angolais qui vivent dans le pays, rapporte l’agence angolaise Angop citant des Cabindais qui ont été forcés de quitter la RDC. L’un de ces Angolais, Manuel Ferais, âgé de 61 ans, affirme que les radios RTK et Mongrove de Muanda diffusent des messages appelant la population congolaise à la chasse à l’homme à l’encontre des Angolais présents sur leur sol. Outre ces appels radiodiffusés, des Angolais rapatriés de la RDC pointent comme principaux auteurs de ces persécutions, des Congolais qui ont été expulsés d’Angola au cours des derniers mois.

Climat de haine contre les Bakongo à Luanda

Plusieurs sources concordantes à Luanda font état d’un climat de xénophobie à l’encontre des populations bakongo de la part de leurs concitoyens qui les confondent aux ressortissants de la RDC.

De graves incidents ont été notamment signalés jeudi et vendredi dans quelques zones périphériques de Luanda dont Cipal, Cazenga, ainsi qu’au marché de Quicolo dans la localité de Cacuaco.

Des sources policières signalent également des cas d’agressions des Angolais de l’ethnie bakongo survenus dans le marché Os Kwanzas dans la périphérie de la ville de Luanda.

Dans un communiqué, remis à la presse, un groupe de bakongos fait part de la crainte de cette communauté de voir la situation dégénérer et voir se répéter les événements sanglants des 22, 23 et 24 janvier 1993 au cours desquels plus de 10 000 bakongos ont été massacrés. Principalement dans les zones résidentielles de Palanca, Mabor, Petrangol, Rocha Pinto et à Roque Santeiro, un des plus grands marchés à ciel ouvert d’Afrique.

L’ Angola partage avec la République démocratique du Congo une frontière terrestre commune de plus de 2.000 kilomètres et avec la République du Congo, le premier pays à avoir ordonné les expulsions des Angolais, une bande de plus de 200 kilomètres.

Les rapatriements forcés du Congo-Kinshasa ont commencé lundi après que le Parlement congolais a approuvé une résolution sur l’expulsion des Angolais, en guise de représailles aux opérations de rapatriement des Congolais interpellés dont « plus de 100 000 ont été expulsés cette année, des zones diamantifères de Lundas, Nord et Sud où ils s’adonnaient à l’exploitation illégale des diamants », selon les autorités angolaises. Le Haut Commissariat de l’ONU pour les Réfugiés estime, à l’heure actuelle, à 40.000 le nombre d’Angolais présents en RDC depuis la période de la guerre dans ce pays tout en précisant que ces Angolais sont concernés par un plan de rapatriement progressif, vu que la guerre est finie depuis 2002.|Jossart Muanza (AEM)


 
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