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Le FMI et l’Afrique : À la croisée des chemins
vendredi 30 octobre 2009 Mohamadou SY « Siré »*
Dominique Strauss- Kahn « DSK », le directeur général du FMI veut instituer, à l’image de l’Organisation mondiale du Commerce, une sorte de « cour de justice »

Le Fonds monétaire international (Fmi) s’est encore retrouvé au devant de la scène dans l’actualité des média de cette semaine au Sénégal, à travers une tentative de « corruption- cadeau » selon cette institution ou alors de « cadeau de la corruption » selon les d(él)ires du président Wade. Toutefois, Cadeau et/ ou Corruption ont un même dénominateur commun : le « C ». Et le système du Capitalisme (encore un autre « C », le Fmi et la Banque mondiale ainsi que le régime de l’Alternance au Sénégal sont d’obédience libérale) prend en charge moins leur contradiction que leur conciliation dans le cadre d’une Économie de marché.


Ceci étant, les États africains,- surtout ceux au Sud du Sahara- ont les coudées franches pour ne plus devoir grand-chose au titre de leur Dette envers le Fmi pour lui opposer de nouveaux types de business, au moment où le FMI connait une triple crise et va directement vers une restructuration/refondation. Et pour cause : Le Fmi et la Banque mondiale ont vu le jour en 1944 des flans des États- unis et de l’Europe. Juste à la veille de la fin de la seconde guerre, face au vaste chantier de la reconstruction de l’Europe, combiné à une faible circulation internationale des capitaux, le Fmi avait été crée pour deux missions : s’assurer que chaque pays respecte la parité de sa monnaie d’une part ; et d’autre part, permettre à un pays ayant un déficit de sa balance de paiement ( l’écart qui existe entre les importations et les exportations), de continuer à faire du commerce, en bénéficiant de ses prêts, à condition d’adopter des mesures permettant un rééquilibrage de ses échanges. Le Fmi percevait ses ressources par le versement par les États membres au prorata (en fonction) de leur poids dans l’économie mondiale, en contre partie d’un droit de vote (les États unis à eux seuls détenaient 16,8% des droits de votes).

À la fin des années 70, les pays européens pour lesquels le Fmi avait été crée en premier lieu n’avait plus besoin de ses fonds en raison d’un développement de leur marché financier et d’un marché mondial du capital aux conditionnalités plus souples. Pour trouver les moyens de sa survie, le Fmi va se tourner vers les Pays en voie de développement (Pvd) pour devenir un gestionnaire de la crise découlant de leur endettement excessif et n’a dû sa survie qu’à l’endettement excessif des Pvd. En prêtant aux Pvd à un moment où aucun agent économique ne voulait leur prêter des capitaux, le Fmi est devenu le prêteur en dernier ressort de ces Pvd dont notamment les Etats africains, en leur imposant en contre partie, un certain nombre de pratiques d’obédience libérale telle que la déréglementation, la privatisation et la dévaluation, emballées dans le concept de Plan d’ajustements structurels. Avec le retour de la croissance dans les années 1990- 2000, les Pvd devenus entre temps des Pays pauvres très endettés (PPTE) selon toujours les termes du Fmi, ont fini, pour la plupart d’entre eux, à surmonter cette crise de la dette et à rembourser le Fmi en une décennie. C’est à cette date (2000) que le Fmi est entré dans une triple crise.

D’abord dans une crise de légitimé, dans la mesure où on peut se demander à quoi sert une institution dont la mission est d’accorder des prêts aux pays en difficultés si les pays Pvd ne sont plus en difficulté (car, le problème dans ces pays est plus une question de Mal Gouvernance économique que de pauvreté) et que dans les pays développés, le financement du déficit de leur balance de paiement se fait à travers le Marché financier international. D’ailleurs, l’encours des prêts (les montants prêtés) par le Fmi aux Pvd est passé de 60 milliards de dollars en 2004 à 16 milliards de dollars en 2008.

Ensuite, à cette crise de légitimité, s’agrège une crise de représentativité, dans la mesure où les pays développés détiennent 69% des droits de vote alors que le Fmi fait l’essentiel (80 %) de ses opérations dans les PPTE et survie grâce aux ressources tirées du remboursement de la dette et de ses intérêts dûe par les PPTE. La réforme adoptée en 2008 n’a fait que superficiellement corrigé le droit de vote mais n’a rien résolu fondamentalement.

Enfin, le Fmi doit surmonter une crise d’efficacité, car de plus en plus , des voix se font entendre, à l’intérieur même de la « boite » pour dire que l’échec des Plans d’ajustements structurels sont à l’origine de toutes les crises politiques et sociales en Afriques. Des voix se lèvent aujourd’hui pour prendre le Fmi, responsable de la déréglementation des marchés de capitaux imposés dans la crise financière asiatique en 1997 et sur la pertinence des remèdes proposés.

Aussi paradoxalement que cela puisse paraitre, la crise de 2008 a renforcé la présence du Fmi sur la scène internationale, en venant en aide à l’Island pour 2 milliards de dollars, à l’Ukraine pour 16 milliards et à la Hongrie pour 13 milliards au cours du second semestre 2008 (l’Afrique s’est davantage tournée vers la BAD pour faire face à la crise). Au lendemain de la crise des « subprimes », tous s’accordent sur la nécessité d’une régulation de la finance mondiale. Le Fmi jouera t-il ce rôle ? On n’en sait pas trop pour le moment. Et c’est là que son directeur général, Dominique Strauss- Kahn « DSK », souhaite prendre la balle au rebond en instituant à l’image de l’Organisation mondiale du Commerce, une sorte de « cour de justice » pour que le Fmi ne reste toujours pas à jouer les sapeurs pompiers à travers le monde. De ces missions de correction et de rectification, DSKM veut adjoindre au Fmi, une mission de prévention, de détection et de sanction. Mais, beaucoup d’États sont hostiles à l’idée de règles financières contraignantes. Les États unis n’imaginent même pas que le Fmi puisse expertiser leur système financier, là où les pays émergents expriment des réserves et réticences à une organisation qui les laisse peu de place. Dans un contexte où le Fmi cherche de la compagnie et que les Pvd cherchent là où passer la nuit, les PPTE doivent éviter adopter le reflexe de cet ancien esclave, qui, même après avoir été affranchi par son ex maitre, lui revient de son propre gré, car incapable de penser, d’agir et d’innover par lui-même et pour lui même, en dehors des routes, chemins et trajectoires que son ex maitre lui avait tracé et des chaines de servitudes qu’un accident de l’Histoire l’avait cloué au pilori. Et c’est justement, aujourd’hui plus que jamais, que les pays africains-surtout au Sud du Sahara- doivent éviter l’approche bilatérale (un seul État qui traite directement avec le Fmi) dans leurs relations d’affaires avec le Fmi pour le substituer à une approche multilatérale (sous régionale). C’est dans ce cadre seulement que les Pvd pourront jouer de tout leur poids pour exiger du Fmi qu’il en fasse autant qu’il en avait fait avec les pays développés, pour les permettre de s’affranchir de « l’Aide ». Par exemple, en s’affranchissant de « ces machins » pour reprendre les termes de De Gaulle, les Pvd pourront attaquer les Marchés financiers pour financer leur croissance et taper à la porte des pays émergents. Car, il est de l’Économie comme il est de la vie. Point de rupture. Sans quoi, face au déséquilibre des forces en présence, le Fmi entrainera les PPTE dans une nouvelle spirale d’endettement en appliquant la politique du « hôtes toi que je m’y mette) qui consiste à demander à ces Etats de se désengager de leur secteur privé productif par la libération et la privatisation tous azimuts, pour y installer sa nièce, la Société financière internationale ( SFI), elle-même fille de la Banque Mondiale. Entre les institutions du Brettons Woods, c’est le même marteau qui frappe, on ne fait que raccourcir la manche.

|Mohamadou SY « Siré »*(correspondance particulière)

* [1]


 
Notes:

[1] Journaliste économique et financier / Conseiller en Intelligence économique

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