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Devenir banquier n’était pas vraiment sa vocation. Du moins quand il était jeune. Après une enfance passée en grande partie en Belgique et des études secondaires en Suisse, il se rend aux États-Unis, dans le Massachussets, où il obtient, en 1972, un diplôme d’ingénieur en nucléaire, puis, en 1980, un MBA en finance à la Louisiana State University, après avoir entre temps travaillé à la Conalco, une filiale d’AluSuisse.
En 1981, après dix ans passés aux États-Unis, ce Congolais né en 1953 à Likasi, dans le Katanga, choisit de rentrer au pays, qui s’appelait alors Zaïre où il assumera plusieurs fonctions, dont les plus hautes, à la Citibank de Kinshasa, avant de rejoindre en 1997, à la demande du président congolais Laurent Désiré Kabila, la BCC, où il lancera un an plus tard le franc congolais.
Dans cette partie autobiographique baptisée « Un destin africain », Masangu évoque, avec beaucoup de pudeur, son handicap physique, qui deviendra une force, son père, figure emblématique, sévère mais dont les conseils se sont toujours révélés justes, sa femme et ses enfants. Il nous parle aussi des années de braise de la RDC - celles de la guerre -, de la mort de Laurent Désiré Kabila, de son fils Joseph qui lui succède, de la transition et de sa joie à prendre part aux élections de 2006. Et des difficultés qu’il a pu parfois rencontrer pour assumer sa mission, dans un contexte qui fut plus d’une fois difficile.
Dans une deuxième partie, l’homme fait place au banquier. Un banquier à la double casquette - celle de gouverneur à la tête de l’Institut congolais d’émission et celle de président de l’Association des banques centrales africaines, depuis août 2009, qui nous donne son point de vue sur la RDC et sur l’avenir de l’Afrique. Et ce dernier d’évoquer la situation économique congolaise, le contrat chinois et les relations avec le FMI, tout en donnant, au passage, quelques recettes pour faire sauter les goulots d’étranglement qui freinent le décollage du pays. Malgré les difficultés que rencontrent la RDC et, plus généralement, l’Afrique, Masangu reste optimiste. Car selon lui, « il ne peut y avoir de développement sans la croissance ». Or, force est de constater, souligne-t-il, que l’Afrique a enregistré ces dix dernières années une croissance moyenne entre 5 et 6 %, et la RDC, de plus ou moins 5,6 % de 2002 à 2009. Et qu’elle attire de plus en plus d’investissements directs étrangers.
Reste que la croissance ne suffit pas. Pour que les potentialités du continent deviennent des réalités, Jean-Claude Masangu invite l’Afrique tout entière à fédérer ses énergies autour de l’idéal du progrès et encourage les pays africains à développer la formation tous azimuts, pour permettre à leurs citoyens d’acquérir savoir et savoir-faire, à apurer leurs dettes – une option rendue possible par le programme dit « pays pauvres très endettés », PPTE, à la grande satisfaction du gouverneur – à mettre l’accent sur l’agriculture et à renforcer les infrastructures économiques de base pour améliorer la compétitivité. Enfin, défenseur d’un panafricanisme version années 2000, Masangu invite les pays du continent à constituer de vastes ensembles régionaux avant de parvenir à créer une monnaie unique dans un horizon proche. Un choix clairement affirmé par les gouverneurs des banques centrales africaines lors de la 33ème réunion du Conseil des gouverneurs d’Afrique, qui s’est tenue à Kinshasa en août dernier.
Claude Massangu, (Kinshasa, août 2009)| Photo M.D (AEM)
Dans la perspective de la constitution de ces grands regroupements sous-régionaux, et puisqu’il faudra choisir de n’appartenir qu’à un seul d’entre eux, Masangu préconise de rattacher, dans un premier temps, la RDC à la SADC (Communauté des Etats de l’Afrique Australe), dont cette dernière a pris, en septembre dernier, la présidence pour un an. Une manière pour celle-ci de bénéficier des avancées de certains pays membres de cette zone, avant de l’arrimer, dans un second temps, à la CEEAC (Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale), dont elle pourrait être le moteur dans le futur.
Si Masangu invite, à juste titre, les pays occidentaux, prompts à « donner des leçons de bonne gouvernance et de démocratie », à réviser leur approche en Afrique, et les institutions financières internationales à se réformer et à imaginer des modèles innovants de financement, en prenant exemple sur la Chine, on peut regretter toutefois qu’il ne se soit pas montré plus incisif à l’égard des pays africains. Peu d’analyse critique, en effet, des politiques menées en Afrique depuis les indépendances. Silence ou presque, également, sur celles des dirigeants congolais. Comme s’il n’y avait rien à dire sur la responsabilité des régimes africains, passés ou en place, en RDC ou ailleurs, dans les échecs enregistrés en Afrique, qui ont contribué à plomber plus d’une économie et à appauvrir les populations. | Muriel Devey (AEM).
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