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AFRIQU’ÉCHOS MAGAZINE (AEM) : L’année 2009 a été marquée par le 375ème anniversaire de la fondation de la ville de Trois-Rivières. C’est la deuxième ville historique par sa date de fondation juste derrière Québec qui a fêté ses 400 ans en 2008, quelle avait été la ligne directrice des festivités organisées ?
YVES LÉVESQUE (Y.L) : La fête, d’une manière générale, constitue un moment important dans la vie de chaque individu, d’une société. Si on fête un anniversaire ou se souvient d’un évènement lointain, c’est parce qu’on a un passé. Seulement, s’il est bien de se rappeler du passé, c’est davantage important de construire l’avenir. Pendant toutes ces années, les habitants de cette ville ont posé des actes et Å“uvré pour le développement de cette cité. En ce qui me concerne, le plus important pour la célébration de cet anniversaire a été de se rassembler, de tisser ou retisser des liens. Mon objectif était de faire en sorte que chaque citoyen, à travers ces festivités, devienne fier de sa ville et fasse corps avec celles et ceux qui, avant nous, ont travaillé dur pour bâtir cette cité. Il faut que chaque citoyen ait le sentiment d’appartenance à la nouvelle ville de Trois-Rivières, fusion en 2002 des municipalités de Trois-Rivières ouest, Cap-de-la Madeleine avec l’ancienne ville de Trois-Rivières. L’expérience a toujours prouvé que ce sentiment d’appartenance invite à mieux s’occuper de ce qu’on aime. Quand le sentiment de fierté n’existe pas chez un citoyen pour sa ville, quand il n’existe pas un réel attachement à sa cité, on ne manifeste pas vraiment un réel souci pour sa prospérité et celle de toute la population. Je tiens à m’excuser pour les yeux larmoyants. En effet, je suis très sensible lorsque je dois parler de ma ville parce que j’aime beaucoup cette cité et souhaite laisser un héritage durable et meilleur aux citoyens de ma commune. Comme maire à la tête d’une ville de 130’000 habitants, chaque Trifluvien ( citoyen de Trois-Rivières), a un problème peut-être différent de celui d’un autre. Mais, j’ai le devoir d’avoir une vision globale des problèmes spécifiques afin que chacun trouve l’amorce de la solution à son problème.
AEM : La ville de Trois-Rivières, par sa position géographique, se trouve au cœur du Québec, si vous nous peigniez sa carte postale...
Y.L. : La ville de Trois-Rivières est multiculturelle et possède tous les atouts nécessaires pour une prospérité durable. Nous sommes traversés par de grands fleuves, nous avons un système de transport extraordinaire, un pont, véritable joyau architectural pour les touristes, la villégiature, des bâtiments historiques, de la verdure, etc. Mais, vous pouvez avoir la plus belle maison au monde, seulement, si les gens ne sont pas accueillants, vous n’aurez aucun avantage, aucun gain. C’est ainsi que je souhaite des citoyens heureux et fiers de leur ville. Quand vos citoyens sont accueillants, savent partager et vivre ensemble dans la paix et la joie, vous attirez les gens qui vont s’inspirer de votre hospitalité. Il s’agit d’une carte postale multiculturelle sur laquelle on observe des citoyens se donner la main avec le sourire malgré les divergences d’opinions, les différences de couleur de peau, etc. Un exemple : si vous entrez dans le plus beau restaurant où les employés ont constamment la mine triste, c’est sûr que vous irez ailleurs parce que vous aurez l’impression de ne pas être le bienvenu malgré le fait que vous apportiez de l’argent pour vous faire servir un repas plantureux.
AEM : La ville de Trois-Rivières a été désignée capitale culturelle du Canada en 2009 et cela a été un grand honneur pour votre cité, quelles sont les actions que vous avez menées au cours de cette année pour donner un cachet particulier à cette ville d’histoire et de culture ?
Y.L. : Trois-Rivières est une ville riche en cultures, c’est la capitale canadienne de la poésie. Nous devons en être fiers de ce choix car nous étions en compétition avec d’autres villes moyennes et grandes du Canada. Trois-Rivières est la première ville au Québec à obtenir le titre de capitale culturelle canadienne. Vous conviendrez avec moi que c’est tout un grand succès pour notre cité.
La ville de Trois-Rivières se classe dans la catégorie des villes de 100’000 habitants comme Ottawa, Toronto, Vancouver, Calgary, etc. Pourtant, toutes ces villes ont beaucoup de moyens et une forte densité de population. Ce choix nous a donné une visibilité à l’échelle de tout le Canada. Pour réussir à se faire choisir, il a fallu avoir un rêve, un but ou des objectifs. Preuve que lorsqu’on veut, on peut. C’est un symbole fort de notre rayonnement à travers tout le Canada. Il démontre aux autres régions ou villes du Canada que même si on est petit, on peut être capable de jouer dans la cour des grands.
AEM : Certaines villes du Sud, dans le cadre de la coopération décentralisée, entretiennent des échanges, du partenariat ou du jumelage avec des villes du Nord. Est-ce qu’au niveau de Trois-Rivières, des projets de cette nature existent ?
Y.L. : Nous sommes très ouverts aux échanges ou au partenariat. Nous avons l’obligation morale et sociale d’avoir une vision globale des échanges avec les autres à l’autre bout du monde. Seulement, si je suis ouvert aux échanges, au partenariat, je n’accepte pas le jumelage. Et pour cause : faire un jumelage, c’est comme entretenir un mariage avec une autre ville. Dans ces conditions, tu ne dois plus te jumeler avec une autre municipalité. Si j’accepte de me marier avec vous, je suis tenu de rester fidèle et de ne plus me marier avec tout le monde. Cependant, au niveau de ma ville, je suis ouvert au partenariat avec d’autres villes du monde. L’avantage dans le partenariat, c’est qu’il est possible d’avoir plusieurs partenaires notamment les partenaires d’affaires. C’est ainsi qu’avec une ville du Cameroun, par exemple, nous pouvons développer un partenariat sur le plan culturel. Chacun doit apporter à l’autre ce qu’il a de plus important dans ce domaine. Mais si le partenariat veut s’intéresser à plusieurs secteurs, il y a des possibilités de le faire également. En anglais, on parle du win-win situation. Pour l’instant, nous avons des partenariats avec certaines villes en France et en Italie. Nous sommes ouverts pour des échanges de ce type.
AEM. : Pourriez-vous nous parler du projet de construction d’un train à grande vitesse qui partirait de Québec à Windsor en Ontario non loin d’un État américain comme le Michigan ?
Y.L. : C’est un projet important dont nous souhaitons la réalisation. Trois-Rivières a l’avantage d’être au cœur du Québec, à environ une heure de Montréal ou Québec. Notre proximité avec plusieurs villes américaines est aussi un atout. Trois-Rivières est traversée par l’un des plus importants fleuves au monde. Nous avons deux ports de mer, un aéroport, une université et un réseau ferroviaire pour le transport des marchandises. Malgré tout, il est aussi nécessaire de transporter les gens de façon rapide pour rejoindre d’autres municipalités au Québec et au Canada. Et pour cette raison, on parle d’un TGV. Je serais heureux et réaliste qu’on parle d’un train à haute vitesse (THV). Il est beaucoup moins dispendieux mais tout aussi rapide qu’un TGV. C’est un outil de développement économique majeur. Nous ferons tout ce qui est possible à notre niveau pour défendre ce projet afin qu’il devienne une réalité.
| Propos recueillis par Ferdinand Mayega (AEM), à Trois-Rivières
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