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AFRIQU’ÉCHOS MAGAZINE (AEM) : Parlez-nous de votre activité au Burkina Faso
LÉA MORIN (LM) : Je travaille pour l’association Munyu des femmes de la Comoé. Munyu signifie patience et tolérance, le nom est bien choisi pour représenter les combats auxquels font face les femmes d’Afrique et d’ailleurs. Cette association, qui a vu le jour en 1992, est venue combler le vide laissé par l’Union des femmes du Burkina Faso (UFB). Son objectif est l’amélioration du statut de la femme en vue de son bien-être et de celui de son enfant. J’ai été chargée, entre autres, de l’alphabétisation des adultes déscolarisés dioula. Ma mission est de trouver des stratégies de mobilisation et de sensibilisation de la population pour son alphabétisation. Après avoir analysé les besoins, les champs d’action, les possibilités réalistes d’action, je propose ensuite des projets afin de répondre à la demande. Il faut créer, en partenariat avec différentes instances, des documents de lecture adaptés aux besoins des communautés villageoises, dont le principal problème des post-alphabétisés est qu’ils cessent de lire, soit par manque de temps, par habitude, mais surtout par manque de documents adaptés.
AEM : Comment avez-vous été accueillie ?
LM : Pour une première expérience sur le sol africain, franchement je suis vraiment très heureuse ! L’accueil est indescriptible, les gens sont souriants, chaleureux, ouverts, généreux... Je n’y suis que depuis la fin janvier mais j’adore et je crains de ne plus vouloir partir à la fin de mon mandat ! Je me doutais que j’allais aimer, mais je ne pensais pas que j’allais m’y trouver si bien !
Cependant je dois avouer qu’il y a deux petites choses qui me font particulièrement réfléchir : Le fait, tout d’abord, de la discrimination positive : les Québécois sont très appréciés ici et je trouve parfois difficile de vivre l’injustice positive que me procure ma couleur et mon origine. Mais bon, il faut dire que d’autres pays, notamment européens, apprécient aussi beaucoup les Québécois et là -bas on a droit au même traitement qu’ici, c’est à dire un peu mieux que celui réservé aux compatriotes, entre autres par les autorités...
Deuxième chose qui me turlupine : le manque de transparence. Comment se fait-il que la plupart des gens ne savent pas qui possède les usines de leur région, comment se fait-il qu’ils ne sachent pas pourquoi plusieurs compagnies d’État ont dû être privatisées et d’ailleurs au profit de qui, comment se fait-il qu’ils ne connaissent pas les lois du libre-échange et ses conséquences sur leur économie interne, comment se fait-il qu’ils croient que leur pays est condamné à la pauvreté... Comment se fait-il que le fatalisme religieux soit plus fort que le sentiment du pouvoir sur sa vie... ? Ces choses qui me tourmentent un peu m’inspirent certainement sur l’importance de l’éducation populaire, notamment celle de Paolo Freire, qui a pu alphabétiser des populations, je crois, avec des textes de lois et des informations. D’une pierre deux coups !
AEM : Combien de temps va durer votre travail volontaire sous le soleil brûlant du pays des hommes intègres et quels sont vos projets futurs ?
LM : Je vais travailler encore pendant deux mois et demi, soit jusqu’à la mi-mai. J’ai ensuite deux mois de vacances en Afrique du Nord et de l’Ouest, pour finalement rentrer au Québec en juillet. Pour l’instant je dois dire que l’après me semble encore loin et comme je sais que tout peut changer à tout moment je ne garde que mes deux options de toujours en tête, comme dit mon papa ; « On traversera la rivière quand on s’y sera rendu ! » Mes options restent : soit de repartir en voyage et y travailler, en Afrique, en Asie, je ne sais où... soit de retourner à l’école en économie et politique. Je sais que peu importe l’ordre, ces deux choses se feront certainement !|
Propos recueillis par Ferdinand Mayega (AEM)
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